La vie de Valentin Poncelet ne va pas changer après sa victoire aux 20 Km: "Je suis un amateur qui s'entraîne comme un pro"
Gagner les 20 Km de Bruxelles était le rêve de Valentin Poncelet. Mais cela ne changera pas sa vie, rythmée entre boulot et entraînements.

- Publié le 28-05-2019 à 10h04
- Mis à jour le 28-05-2019 à 20h47

Gagner les 20 Km de Bruxelles était le rêve de Valentin Poncelet. Mais cela ne changera pas sa vie, rythmée entre boulot et entraînements. Midi tapante. À la sortie du bâtiment d'AG Insurance, au cœur de Bruxelles, on aperçoit Valentin Poncelet. Le vainqueur des derniers 20 km de Bruxelles prend sa pause, comme tout travailleur. Cette fois, l'athlète de l'USBW, 28 ans ce jeudi, ne file pas en direction de la piste d'athlétisme du parc du Cinquantenaire, laissant ses chaussures de running au placard pour évoquer une heure durant, soit le temps qu'il a mis pour boucler les 20 km, sa réalité. Celle d'un athlète adulte de haut niveau en Belgique. "Je suis un amateur qui s'entraîne comme un pro", lâche-t-il spontanément.
Un constat partagé, à de très rares exceptions, par tous ceux qui tutoient les sommets chez nous, que l'on parle des parfois plus médiatisées courses sur route ou des souvent plus relevés meetings sur piste. "Ces 20 km, j'en rêvais depuis des années. Ce fut une journée pleine d'émotions, sourit-il, encore sur son nuage. Il m'a fallu deux jours pour répondre à tous les messages. Sur le coup, je ne m'attendais pas à ça. Aujourd'hui, je réalise un peu plus la portée de ce que j'ai fait. Habituellement, je n'attache aucune importance aux coupes. Mais celle-là, je ne suis pas près de la lâcher…"
Reste qu'avoir franchi la ligne d'arrivée en 1h00.34, soit le temps le plus rapide de ces cinq dernières éditions et le meilleur temps d'un Belge depuis Mohammed Mourhit en 2000, ne changera pas la vie du Brabançon wallon qui vit désormais, en couple, à Anderlecht. Le prize-money, aux 20 km, est inexistant. Tandis que l'intervention de sponsors, réelle, ne constitue qu'un petit bonus qui ne permet pas de vivre la vie d'un sportif dit professionnel.
"Lundi matin, j'étais au boulot, dès 8 h 30 et jusqu'à 18 h. Et après ça, j'ai enchaîné avec un entraînement", dit le plus simplement du monde celui qui, 4 années durant, a suivi un cursus aux États-Unis en économie et business administration avant de poursuivre un post-graduat en Belgique en management sportif à VUB. "Je suis bien conscient que ma vie ne va pas changer parce que j'ai gagné les 20 km. Tous les jours, il faudra se lever pour aller travailler et tous les jours je devrai m'organiser pour placer mon entraînement. Car que je doive y aller à 6 h du matin, à midi ou à minuit, pas question de sauter une séance. Mais c'est mon équilibre, celui que j'ai trouvé et qui me plaît."
Jusqu'à 160 km par semaine
Sans jalouser d'autres disciplines plus rémunératrices ni envier les quelques contre-exemples du paysage de l'athlétisme belge, Valentin Poncelet avoue néanmoins que, malgré une courbe de progression impressionnante ces derniers mois, son rythme de vie ne lui permet pas d'exploiter pleinement son potentiel. Un peu dommage à l'analyse de ce qu'il avait dans les jambes voici dix jours à Bruxelles. "J'ai la chance de récupérer très rapidement, même si j'avoue que je suis cuit quand j'accumule jusqu'à 160 km lors des grosses semaines. Si je ne faisais que courir, je suis persuadé que je serais bien meilleur, que j'irais beaucoup plus vite. En vacances, je gagne par exemple 5 secondes lors de mes séries de 1 000 mètres sur piste. C'est énorme. Ici, je suis obligé de m'adapter en permanence et de me débrouiller seul. Oui, en Belgique, il y a du boulot à faire. Moi, j'ai su m'accrocher et continuer, notamment en bénéficiant d'une bourse qui m'a permis de côtoyer le système américain. Mais bien d'autres athlètes talentueux ont arrêté en cours de route. Si durant les études il existe des possibilités d'aménager ses horaires, il faut bien gagner sa vie à un moment."
Celui qui se définit comme quelqu'un de simple vit cependant sa passion sans aucun regret. "Je ne pense pas que je serais plus épanoui si je recevais la possibilité de ne plus travailler. J'adore mon nouveau job (NdlR : au département sponsoring sportif au sein de son entreprise) et cela fait partie de mon équilibre, même si j'aurais très bien pu, avec moins de réussite, galérer et me planter tant sportivement que professionnellement."
"J'ai déjà été m'entraîner à 23 h"
Quand on s'entraîne beaucoup et qu'on a un agenda chargé, la moindre ouverture dans une journée peut se transformer en séance d'entraînement. Valentin Poncelet, qui chausse ses godasses entre 7 et 10 fois par semaine, n'échappe pas à la règle. "C'est pourquoi j'ai des paires de chaussures un peu partout. Chez moi, au boulot, en voiture… J'ai aussi toujours une tenue complète de sport au boulot. En gros, j'ai toujours un plan B pour m'adapter en fonction des imprévus de la journée." Car pas question pour lui de louper l'un des entraînements concoctés par Fernand Brasseur, son coach de toujours et qui, après Catherine Lallemand, a vu un deuxième de ses athlètes remporter les 20 Km. "Ça m'est déjà arrivé d'aller courir de 23 h à minuit parce que la journée ne m'avait pas permis de m'entraîner. Je me lève aussi régulièrement à 6 heures le matin pour faire une séance. Mais de façon générale, je suis assez bien organisé. Rassurez-vous, il m'arrive d'avoir une vie normale et de me retrouver chez moi, à 19 h, sans devoir penser à aller courir. Et aussi d'aller partager des bons moments autour d'un verre avec des amis. Il y a assez de contraintes dans la vie que je mène pour ne pas m'accorder de temps en temps quelques excès."

"Je veux porter le maillot de la Belgique"
Valentin Poncelet a réalisé son premier rêve sportif en remportant les 20 Km. "Maintenant que j'ai connu ça, je veux les gagner 5 fois ! Et quoi qu'il arrive, je les ferai tous les ans. J'ai envie de revivre ces émotions. Qui plus est, après avoir fait 1h00.34 en ayant couru 19 km tout seul, je me dis qu'il y a encore quelque chose de beau à aller chercher !"
Avant cela, il lui reste un second rêve à accomplir, sur piste, "une véritable école de vie". "Je veux aller à Londres en juillet pour la Coupe d'Europe, avec le maillot de la Belgique. Mettre ce maillot tricolore et pouvoir représenter mon pays, ce que je n'ai encore jamais fait, ce serait magnifique." Une qualification qui devrait être validée dès le 8 juin à Leiden (P-B) avec un chrono attendu sur 10 000 mètres sous les 29.40. "J'ai déjà couru en 29.30 sur route cette année. Je suis donc confiant, même s'il faut toujours rester prudent."