Rencontre avec l'abbé Fernand Stréber, fan de running: "Debout à 6 h du matin pour aller courir avant la messe"
L'abbé Fernand Stréber a commencé à courir il y a 45 ans pour mieux dormir. En avril, il participera à Namur à son 18e marathon.
- Publié le 13-02-2020 à 14h48
- Mis à jour le 13-02-2020 à 16h43

L'abbé Fernand Stréber a commencé à courir il y a 45 ans pour mieux dormir. En avril, il participera à Namur à son 18e marathon.
Il court il court, le curé. Et cela fait 45 ans que cela dure. Aumônier à la prison de Marche-en-Famenne et chef de service pour les 18 prisons francophones du pays, deux fonctions qu'il exerce chacune à mi-temps, Fernand Stréber, 64 ans, est également prêtre du secteur pastoral de Haversin qui regroupe six villages. Mais entre sa robe de prêtre et ses baskets, il n'a jamais choisi.
"J'ai commencé à courir lorsque j'étais au séminaire Notre-Dame de Namur", se souvient l'abbé Stréber. "J'avais 20 ans. Il y avait à proximité une gare de triage de trains. Je ne parvenais pas à dormir à cause du bruit. Alors je courais, 4 km le long de la Sambre. Et j'ai toujours continué à courir."
Un record à 3h38 sur marathon
Autant dire qu'il en a allongé des kilomètres en 45 ans. Des bornes qu'il ne compte plus ou alors en partie. "Quand j'y pense, je note mes kilomètres", confie l'abbé Stréber. "J'ai presque 50 000 km consignés. Je les atteindrai lors du marathon de Namur, en avril prochain, qui sera mon 18e. J'ai couru mon premier marathon à l'âge de 49 ans. Depuis, je cours un marathon par an. C'est juste arrivé à deux reprises que j'en fasse deux. Mon record est de 3 h 38, lors de mon 3e ou 4e marathon, à Utrecht. Un ami m'avait tiré à vélo et ravitaillé, et faisait une photo à chaque kilomètre."
65 km et 4 sorties par semaine
Bien que très occupé, pour rien au monde l'abbé Stréber ne négligerait son entraînement. "La semaine, je suis tous les jours présent à la prison de Marche. Et le week-end, j'ai deux offices. Je célèbre aussi des funérailles lorsque l'on me demande. J'en suis déjà à trois cette année, toutes hors de mon secteur", explique-t-il encore. "J'ai aussi tout le travail lié à ma fonction de chef de service, dans laquelle je suis seul. Je célèbre aussi des messes en wallon, ma langue d'origine. En fait, je n'ai appris à bien parler le français que plus tard à l'école ; j'ai six formations par an… La course à pied est le seul extra que je me permets. Je n'ai pas de temps pour d'autres loisirs comme aller au cinéma, regarder la télévision… Le premier dimanche de février, j'étais debout à 6 heures du matin pour courir avant la messe, avec la lampe frontale et sous la pluie. Je fais 65 km et 4 sorties par semaine."
"Les blessures ? Je ne connais pas"
En 45 ans de pratique, l'abbé Stréber n'a jamais été blessé, ou alors de manière très épisodique. "Tout ce qui est tendinites ou élongations, je ne connais pas", déclare-t-il. "J'ai bien eu des entorses une ou deux fois. Mais je ne suis jamais resté plus de trois semaines sans courir."
C'est que l'abbé Stréber applique parfaitement en course une qualité qui est sienne dans sa fonction, l'écoute. "J'écoute tout ce qu'on me dit au club, l'ARCH, et notamment Thierry Faveaux, qui me concocte mes plans marathon, sans quoi je me serais déjà blessé. J'ai toujours eu un grand principe pour les compétitions. Je m'octroie toujours au moins autant de jours de récupération que de kilomètres parcourus. Si j'ai fait une course de 10 km, je ne porterai pas de dossard avant deux semaines. Par ailleurs, je n'ai jamais enchaîné deux courses le même week-end. J'écoute aussi mon corps. Je n'ai jamais eu de problèmes d'alcool. Mais je suis abstinent volontaire depuis 15 ans. C'est un choix. Depuis lors, je me sens beaucoup plus libre et je dors mieux. C'est aussi une très bonne chose dans la prévention des blessures, comme une bonne diététique. Je mange quatre ou cinq fruits et légumes par jour, je n'ai jamais fumé, je ne bois pas de stimulant comme le café… J'ai perdu 10 kilos lorsque j'ai arrêté de boire, et rajeuni de dix ans et amélioré mes performances."
80 tours de préau en prison
L'abbé Stréber, de par ses occupations, fréquente souvent les prisons et les personnes qui y séjournent. "Les détenus ne sont pas très orientés course à pied, ils préfèrent d'autres sports. Et puis, ce n'est pas évident de courir en prison. Il y a juste un petit préau. Mais un détenu m'a un jour demandé pour courir. On a fait 80 tours de préau en un peu plus d'une heure. C'est déjà arrivé aussi que je participe à une course avec un détenu ou l'autre, après une remise en liberté."
20 Km de Bruxelles : 23 à la suite et pour offrir des vaches
S'il participe à environ 20 courses par an, deux sont sacrées aux yeux de Fernand Stréber : son marathon annuel mais aussi les 20 km de Bruxelles.
"Chaque année, je joins l'amusement à la solidarité", clame celui qui n'a pas oublié ses racines de fils de cultivateur. "Je n'avais pas 5 ans que je travaillais déjà à la ferme. Le 31 mai, je serai pour la 23e fois de suite au départ des 20 km. Je courrai une fois de plus pour Entraide et Fraternité, pour offrir des vaches à des femmes à Haïti. L'an dernier, j'étais le champion dans l'équipe de l'ONG. Nous étions 80. Avec 2500 euros, c'est moi qui avais récolté le plus de dons. Mais le plus important n'est pas le chiffre mais bien l'action pour venir en aide aux personnes qui ont moins de chances dans la vie."
"36000 raisons de courir"
Il n'y a pas que pour bien dormir que l'abbé Stréber allonge les foulées. "Il y a 36000 bonnes raisons de courir", lâche-t-il. "Je cours pour entretenir ma santé, ma forme et mon bien-être. Je cours aussi pour cultiver ma volonté. La course a également une fonction sociale. Partout où je vais, je retrouve du monde, parce qu'on me connaît. Pouvoir courir, c'est aussi une chance. Beaucoup de gens ne l'ont pas, surtout à mon âge. Cela m'encourage."