Raphaël Daco revient sur son défi sportif pour la bonne cause : "J'ai couru 1 000 km pour me rendre utile"
Le Malmédien Raphaël Daco a bouclé un marathon par jour durant 24 journées pour récolter des fonds pour une maison de repos.

- Publié le 11-05-2020 à 19h00
- Mis à jour le 12-05-2020 à 10h09

Le Malmédien Raphaël Daco a bouclé un marathon par jour durant 24 journées pour récolter des fonds pour une maison de repos.
Un marathon, pour certains, est l'objectif d'une vie. Raphaël Daco, lui, en a bouclé 24 à la suite, 24 jours durant. Depuis le 17 avril dernier et jusqu'à ce dimanche 10 mai, son ultime jour de "confinement" avant de reprendre son boulot au sein du Decathlon d'Alleur. Soit un total de 1 008 km sur un parcours, en pleine nature et toujours identique, au départ et à l'arrivée de la résidence du Grand Fa, à Malmedy, une maison de repos et de soins particulièrement touchée par la crise du Covid-19.
Ce qui pourrait sembler être un nouveau défi de tous les excès est en fait un exploit sportif pour la bonne cause de la part d'un vrai phénomène de l'ultra. Raphaël Daco, 38 ans, n'est pas surnommé le Loup pour rien. Un surnom qui lui a été attribué par les organisateurs d'un ultra au Canada où il était le seul Belge. Depuis, il a avalé, en 2018, les 284 km des tracés rouges et noirs du réseau Extratrail en 57 heures avant, un an plus tard, de relier tous les tronçons de ce réseau de parcours de trail étalé sur sept communes à l'est de la Belgique pour un total de 648 bornes en sept jours.
D'abord, comment vous sentez-vous après 24 jours et plus de 1 000 km dans les jambes ?
"Plutôt bien, en fait. Très bien même, car je ressens l'euphorie d'être arrivé au bout. Mais je n'ai pas de douleur spécifique. J'ai juste eu une petite gêne après une dizaine de jours mais, dans l'ensemble, j'ai bien géré cela, dans la continuité de ce que j'avais déjà pu faire comme expérience."
Vous vous êtes élancé le 17 avril. Vous attendiez-vous à atteindre cette barre des 1 000 km ?
"Non, pas du tout. Je ne savais pas où j'allais, en fait, si ce n'est vers la fin du confinement. Mais, vu l'évolution de l'actualité, j'ai réalisé qu'il y avait la possibilité d'aller tutoyer ce vieux rêve qui était de passer la barre symbolique des 1 000 kilomètres. L'engouement autour de mon défi et les encouragements que j'ai reçus chaque jour m'ont aidé à y arriver. Le mental, qui est bien plus important que le physique dans ce type d'effort, a fait le reste."
Mais pourquoi donc avoir voulu vous lancer dans pareille aventure ?
"Face à la crise du Covid-19, énormément de monde se montrait actif et solidaire. De mon côté, je ne suis pas dans le domaine médical, je ne fais pas de masques et je ne suis pas dans une fonction qui me permet d'être dans l'action face à la pandémie. En chômage technique, je me sentais inutile. Comme je m'entraîne beaucoup et que tous mes projets sportifs sont annulés, j'ai cherché à me rendre utile au travers du sport. J'étais en quête d'un projet qui avait besoin de soutien dans ma région et la résidence du Grand Fa est souvent revenue dans les conversations. En ce sens, et même si j'ai couru seul, ce fut une formidable aventure humaine. J'ai appris à connaître les résidents et le personnel. Chaque jour, après mon marathon, j'étais attendu, notamment avec un plateau de fruits. Cela m'a réellement aidé à aller au bout."
Vous n'avez jamais douté ?
"Non, mais j'étais face à l'inconnu. Surtout dans le dernier tiers. Ici, je n'avais pas de compagnons de route comme sur d'autres défis. Ni de staff. Je partais de chez moi et y rentrais tous les jours…"
Courir fut votre vie durant pratiquement un mois !
"C'est peut-être curieux à entendre pour certains, mais j'ai aussi pu garder une vie en dehors de ce défi. Je suis divorcé, avec deux enfants. Si je partais tous les jours vers 9 heures du matin, les mercredis et les dimanches je m'élançais dès 4 heures afin d'être de retour en début de matinée et pouvoir être avec eux. Petit à petit, j'ai trouvé un rythme de vie, incluant un marathon quotidien. Je ne suis pas quelqu'un qui sait rester enfermé. Ce ne fut pas une échappatoire, mais je peux dire que ces 1 000 km m'ont fait du bien !"
"Plus à l'aise de courir un marathon dans la nature que d'aller faire mes courses"
Amoureux de la montagne et de la nature, Raphaël Daco est dans son élément quand il peut s'aventurer seul sur les sentiers. "Il faisait calme, je n'ai vu quasi-personne, à part des animaux. J'étais seul avec moi-même et j'ai vécu quelques moments magiques", évoque-t-il. "C'est un cadre dans lequel je me sens particulièrement bien. C'est bien plus facile pour moi de courir un marathon dans un tel paysage que d'aller faire mes courses dans une grande surface, moment où j'éprouve de la crainte."
À l'avenir, le Malmédien rêve de s'offrir quelques sommets en montagne, en plus de sa pratique de l'ultra. "Mais mes défis prouvent qu'il y a clairement moyen de s'amuser et d'en prendre plein la figure en Belgique !"