Arnaud Dely, troisième du Mondial de duathlon : "J'ai retrouvé mes jambes en toute fin de course"
Victime de crampes, Arnaud Dely a décroché une miraculeuse médaille de bronze.

- Publié le 08-11-2021 à 11h41
- Mis à jour le 09-11-2021 à 14h49

Et de sept pour Arnaud Dely ! À 24 ans, le citoyen d'Hognoul a décroché samedi, à Avilès, sa septième médaille dans un Euro ou un Mondial de duathlon. Sacré à deux reprises en 2018 lors de sa première année en -23 ans, Arnaud a enchaîné avec trois deuxièmes places, en 2019 et en 2020 (année sans Mondial en raison du Covid-19), avant de décrocher deux fois le bronze, cette saison, pour ses débuts parmi les élites.
Présenté comme l'un des favoris de cette épreuve disputée sur les distances de 10 km à pied, 40 km à vélo et 5 km à pied, notre meilleur duathlète a souffert pour monter sur le podium. Car sa médaille tient d'un miracle comme seul le sport peut en réserver.
Arnaud, racontez-nous donc cette fameuse course…
"Avant le départ, je me sentais bien et la première course à pied, emmenée par les Français, m'a conforté dans ce sentiment car j'étais très à l'aise avec le tempo. Je n'ai pointé le bout du nez en tête qu'après 7 km pour m'assurer que le peloton s'était bien décanté, ce qui était le plus important pour moi. J'étais content de me retrouver dans un groupe de six, à vélo, avec une avance confortable. Je ne pouvais rêver mieux. Mais, après 15 km, j'ai commencé à souffrir de crampes aux ischios. J'ai alors essayé de garder mon calme et de m'alimenter, surtout de bien boire. Hélas, à chaque relance, je ressentais une douleur, parfois si intense que j'étais incapable d'appuyer sur les pédales. Puis, curieusement, le mal s'estompait. Mes adversaires ont bien vu que j'étais dans le dur et ils ont accéléré à plusieurs reprises. Mais je me suis accroché, même si j'avoue que j'ai cru plus d'une fois que c'était terminé pour moi."

Mentalement, ce fut une terrible épreuve, non ?
"J'ai compté les tours et, croyez-moi, ce fut long ! J'étais content de simplement figurer dans ce groupe alors que mon intention initiale était de durcir la course en vue de la seconde partie à pied. Quand Nathan Guerbeur et Vincent Bierinckx ont attaqué sur la fin des 40 km, je n'ai pas pu les suivre. J'étais même le dernier du groupe à rentrer en deuxième transition, tout en espérant pouvoir courir alors que la victoire se jouait à l'avant."
Après le premier des deux tours à pied, vous aviez 49 secondes de retard sur le Français Guerbeur. Le titre s'était envolé…
"Oui ! Je courais comme un canard. Et je me suis arrêté à trois reprises pour m'étirer ! Mais je suis revenu sur Angelo Vandecasteele, alors quatrième, qui m'a dit que Vincent Bierinckx, troisième, devait purger une pénalité de 15 secondes pour avoir mal rangé son casque lors de la transition. Et il était là, devant moi. J'ai essayé de prendre un point de repère pour mesurer mon retard. Il y avait une quinzaine de secondes ! En même temps que je me suis remis à y croire, j'ai retrouvé mes jambes. J'ai couru les deux derniers kilomètres à la moyenne de 2'50/km et j'ai dépassé Vincent, arrêté et terriblement frustré dans le penalty box à 200 m de la ligne d'arrivée, pour décrocher cette médaille de bronze. C'est vraiment incroyable !"
Quel est votre sentiment à l'issue de ce Mondial ?
"Mon sentiment ? Partagé, bien sûr ! Je suis content d'être monté sur le podium, compte tenu des circonstances. Mais je ne peux m'empêcher de penser que, sans ces fichues crampes, j'aurais pu y être sur la plus haute marche… Mais voilà, ce sont les aléas de la course. Je l'avais dit avant : tout peut arriver. Ceci étant, les deux Français, que je connais bien pour disputer les Grands Prix avec eux, étaient les plus complets, samedi. Dont acte. Mon jour viendra, j'en suis sûr !"

Et maintenant, place au repos ?
"Écoutez, mon entraîneur, Pieter Rijnders, voudrait que je m'aligne le 28 novembre à la CrossCup de Roulers, qualificative pour l'Euro. Si je le sens, j'irai ! Mais ce sera sur ma forme actuelle car j'ai besoin de récupérer, même si je ne suis pas du genre à m'arrêter totalement. En tout cas, je n'ai pas de plan d'entraînement pour les deux prochaines semaines."
À plus long terme, vous êtes désormais qualifié pour les Jeux mondiaux. Déjà un fameux objectif pour 2022, non ?
"Exact ! Je pense que nous serons trois duathlètes belges, avec Angelo et Vincent. J'aimerais bien préparer cette échéance avec l'un ou l'autre stage, sans doute en altitude. Mais je dois encore en discuter avec mon entraîneur."
Vous êtes sous contrat, mi-temps, à l'Adeps, pensez-vous les avoir convaincus de vous offrir un plein-temps ?
"J'ai rempli les critères qui m'étaient imposés pour le conserver. Ce n'est déjà pas mal. Mais un plein-temps serait un énorme boost dans ma jeune carrière."
Pensez-vous avoir encore une marge de progression ?
"Oh oui ! J'ai franchi un bon palier cette année, mais l'expérience est capitale dans une discipline comme le duathlon, où il faut pouvoir gérer le physique, l'émotionnel, tout comme la tactique et les aléas de course !"