"Club de village", plus petite localité de la D1ACFF, petit stade, petit terrain : comment Stockay arrive à jouer dans la cour des grands
Stockay, promu par surprise en D1ACFF, veut s'implanter durablement en D3 belge malgré son statut de petit Poucet.

- Publié le 20-11-2024 à 13h38

"C'est un terrain de provinciales" : cette phrase, les supporters de Stockay l'ont certainement entendue des centaines de fois des spectateurs adverses qui découvrent le stade de la rue Joseph Wauters, enclavé dans le village de Stockay à Saint-Georges-Sur-Meuse, dans l'arrondissement de Huy-Waremme.
Mais il en faut plus pour énerver les fidèles supporters du club hesbignon. Au contraire, ils en rient aussi. "Nous restons un club de village", sourit Jean-Pierre Dalla Costa, le président qui a repris le club en 2012 et l'a fait passer de la P3 liégeoise à la troisième division belge en douze ans.


Cet entrepreneur de 64 ans, ancien administrateur de Liège en D2 dans les années 2000, ne peut cacher sa fierté d'avoir amené le matricule 2239 dans le Top 50 des clubs en Belgique. On est pourtant très loin des grandes infrastructures de leurs adversaires de cette saison qui ont, pour certains, un passé et un stade de D1. D'ailleurs, la buvette le long du terrain avec un grillage pour éviter toute casse en cas de tirs sur les vitres en témoigne parfaitement : on est clairement dans un tout autre monde que le Tondreau du RAEC Mons ou le Leburton de Tubize.

Une seule buvette pour tout le monde
Aussi petit soit-il, ce stade a ses avantages : il ne faut pas de boussole pour s'y retrouver. En sortant de la buvette, la tribune n'est qu'à trois enjambées à peine et tout nouveau visiteur est accueilli chaleureusement. Pas besoin non plus de trop tendre l'oreille pendant le match, la proximité du terrain permet d'entendre tout ce qu'il se dit sur la pelouse. Un côté familial que le club apprécie et qu'il entend bien conserver. D'ailleurs, là-bas, dans la seule buvette du site, supporters locaux et visiteurs se croisent sans aucun souci. Écharpe rouge de Stockay ou d'une autre couleur, il faut de toute façon passer par la même table de jetons dans le fond de la salle pour se ravitailler et il ne faut pas non plus être trop pressés pour aller au petit coin puisque seules les toilettes dames sont pour l'instant accessibles.
C'est inouï et exceptionnel d'être là où on est mais on sent du respect de la part de nos adversaires.


"On a remis en couleur la buvette et on doit encore continuer à l'agrandir. Les sanitaires hommes seront bientôt en ordre aussi. On aura bientôt une cuisine; on pourra donc accueillir nos réceptions VIP sur le site et non plus à l'extérieur. Ce sera inauguré pour le 15 décembre et la réception de Binche", se félicite le président. De quoi faire passer l'accueil quatre étoiles à cinq étoiles.


Pourtant, le club en arrivant suite à la faillite de Visé en D1ACFF, a dû se plier à certaines exigences. Des tribunes en tubulaires ont, notamment, été ajoutées pour atteindre le nombre de places assises réglementaires. Mais sans pour autant amocher le cachet des gradins qui regorgent de stigmates du passé aux côtés de nouveautés comme un marquoir électronique (un plus grand est installé à côté, en attente de fonctionnement). Stockay a donc amorcé sa mue, surtout en coulisses, mais, l'absence de l'éclairage le démontre, il ne veut pas aller trop vite non plus et ne veut pas métamorphoser un stade qui fait le bonheur des Stockalis depuis des décennies.
"C'est déjà inouï et exceptionnel d'être là où on est", souffle le président qui sait aussi que dans le foot tout peut aller très vite. Il y a un an, lui-même se questionnait sur sa place dans le foot avant de célébrer la montée dans la troisième division belge quelques mois plus tard.
Nouveauté : les stewards

Intégrer ce niveau a aussi amené un autre grand changement dans le paysage du village : les stewards. Jusque-là, jamais ces bénévoles à la veste orange fluo n'avaient été aperçus à Stockay. Désormais, à domicile, ils sont huit avec le chef des stewards et le responsable de sécurité, issus de l'équipe de Seraing, à accompagner le club et les supporters visiteurs et visités. Une présence légère qui n'a pas perturbé les fidèles supporters. "Au début, ils étaient un peu saisis mais on les a laissés s'habituer à nous, nous explique Tony Costanzo, le chef des stewards. Il n'y a jamais de souci; Stockay reste un club familial qui avance avec ses moyens. On est là aussi pour les aider."

Ce côté village (3300 habitants, plus petite localité de la D1ACFF devant Virton et ses 3600 résidents) et ces petites infrastructures dans un univers de "grands", c'est un peu comme Westerlo en D1A. "Peut-être mieux Dender pour la comparaison", rectifie Marc Grosjean, le directeur général du club. Grand ami du président depuis une vingtaine d'années, l'ancien coach à la longue carte de visite n'est pas là seulement pour serrer des mains. "Peut-être que mon nom apporte une certaine crédibilité mais je ne cherche pas à tirer la couverture à moi, confie-t-il après avoir salué chaque supporter présent dans la buvette. On a dû travailler rapidement pour transformer le club en coulisses. En plus d'un directeur technique et sportif, on a un directeur commercial, on a aussi pas mal de monde (NdlR : en flexy job pour certains) pour nous aider. On devient une petite PME. Aujourd'hui, le club se donne les moyens de s'implanter en troisième division; c'est le sommet qu'il peut atteindre vu ses infrastructures. C'est inédit pour ce club. Qui aurait pu imaginer recevoir le Standard, l'Union ou Charleroi chez nous ? Ce sont de grands noms du foot belge et on les reçoit dans ce stade."
Qui aurait pu imaginer recevoir le Standard ici?



Un terrain qui surprend
Cette ambiance, c'est finalement la marque de fabrique d'un club sans complexe face aux grands de sa série et qui fait de son petit terrain, un atout. "C'est vrai que quand ils débarquent ici, ils sont un peu surpris et ils se demandent : 'C'est quoi ce terrain ?'", rigole Sekou Koné, l'attaquant stockali.

À Stockay, on est content de ce qu'on a et on sait que le travail à fournir reste impressionnant pour continuer à ce niveau. "Je sens qu'on est respecté même si les autres clubs sont assez surpris de notre présence. Je ne ressens jamais du mépris en tout cas, confie Jean-Pierre Dalla Costa. C'est énormément de travail pour le budget (NdlR : entre 400000 et 500000 €) mais on peut compter sur davantage de partenaires grâce à la promotion. C'est la saison des grands changements mais c'est aussi une belle expérience. Pour moi, c'est en même temps une fierté personnelle et beaucoup de tracas pour que le club reste sain. Le jour où on verra que ça ne va plus, on devra lâcher."
Quand ils viennent ici, les adversaires se demandent c'est quoi comme terrain.

Présent sur place dimanche pour scouter les futurs adversaires, Drazen Brnic, l'entraîneur de Tubize, aura certainement prévenu ses troupes pour dimanche : il n'est pas facile de venir s'imposer à Stockay face à l'équipe de Stéphane Demets, arrivé en octobre pour maintenir le club dans cette division. "Les autres équipes savent qu'on est difficile à jouer sur cette pelouse; elle est magique pour nous. Les adversaires se plaignent du terrain mais, nous, on s'en fout, on fait notre taf, lâche Tom Jurdan, le plus ancien du noyau. Quand je suis arrivé il y a cinq ans, en D2ACFF, jamais, je n'aurai imaginé évoluer à ce niveau avec Stockay. Le club a bien changé mais cela reste magnifique grâce à tous les efforts de tout le monde. Ce sera encore mieux dans le futur assurément. En attendant, je sais qu'on a notre place dans ce Top 6 !"

Une place dans les playoffs assurerait d'office le maintien au président Dalla Costa et toute son équipe pour mieux préparer l'avenir. Si évoluer avec onze joueurs régionaux n'est pas possible à ce niveau, le club ne manque pas d'idées pour rester compétitifs. "On est le cinquième club de la province de Liège, déclare Marc Grosjean. Le Standard a beaucoup de jeunes mais ils savent qu'ils ne seront pas tous professionnels. Notre position géographique et notre division nous permettent de nous situer comme club de repêchages pour ces jeunes."
Peu de points négatifs au fond à Stockay. Seulement des souhaits. "C'est dommage qu'à l'extérieur, les matchs se jouent le samedi soir car on ne peut jamais aller encourager l'équipe en déplacement. Ce serait trop tard, souffle Patrice, supporter depuis des décennies. Cela aurait été aussi intéressant d'avoir les Flamands dans notre série. Mais on ne peut pas tout avoir. Le club doit grandir à son rythme."
