Filybul, des ateliers à Profondeville pour tisser du lien : le crochet a été "un échappatoire" pour Marie, en rémission d'un cancer
À Profondeville, Marie remet le fil au goût du jour avec Filybul, ses ateliers où l'aiguille reprend du poil de la laine. Ici, le tricot, le crochet et le macramé font leur grand retour, portés par une génération qui aime autant créer que décompresser.
- Publié le 26-10-2025 à 17h05
- Mis à jour le 26-10-2025 à 17h15

Derrière ses mailles régulières et ses points minutieux, Marie a le cœur en mouvement. Elle tricote, certes, mais ne tient pas en place : le rire facile, le geste vif, l'énergie contagieuse. À 36 ans, celle qui a connu le long silence d'un lit d'hôpital a décidé de se remettre debout à coups d'aiguilles. Et de tendre le fil vers les autres. Son projet s'appelle Filybul : une bulle de création, de respiration et de réparation. "La bulle, c'est ce moment à soi que j'ai voulu créer. On a tous besoin de ralentir, même juste une heure. Les ateliers sont ce temps suspendu, convivial et partagé."
Installée à Profondeville, la trentenaire a une biographie cousue main. Autodidacte, elle a appris en piochant dans les livres, en observant et grâce à un premier défi lancé… par sa maman. "C'est elle qui m'a permis de réaliser mon premier objet au crochet. Ça a été le début de tout."
De l'épreuve à l'élan : recoudre sa confiance
La passion est née il y a sept ans, à un moment de vie cabossé, lorsqu'on annonce à la jeune femme de 29 ans alors qu'elle a un cancer de l'estomac. Un premier point, puis un autre : son projet s'est installé à un moment où tout se défaisait. Marie l'évoque sans pathos dans sa voix, juste la pudeur d'une cicatrice : "J'ai été alitée et j'avais besoin de faire sortir cette énergie et cette frustration. Le crochet a été un échappatoire." De fil en aiguille, Marie a recousu sa confiance et tissé la toile d'un projet à son image : vivant, coloré, profondément humain. "Je voyais que j'y arrivais. Je me disais : tu ne sais peut-être pas vider un lave-vaisselle aujourd'hui mais tu sais faire autre chose." Aujourd'hui en rémission, elle a décidé de devenir auto-entrepreneuse.
Ateliers libres (on progresse à son tempo), ateliers à thème (un projet concret de A à Z), interventions ponctuelles dans des écoles, des boutiques, dans des espaces partagés ou à domicile : la palette est large. "Je voulais rendre ces techniques accessibles à tout le monde. Avant d'investir, on a le droit d'essayer. Pendant les ateliers, tout le matériel est fourni. Les gens testent, voient si ça accroche et puis, s'ils veulent, ils poursuivent."
Côté techniques, la mercerie intérieure de Marie déborde : tricot, crochet, tissage, macramé, punch needle. "Chaque technique a son outil. Certaines se prêtent à des vêtements, d'autres à la déco. Le point commun, c'est la main qui transforme le fil ou le tissu."
Filybul tient aussi la ligne côté budget : des ateliers dès 18 €, "parce que la vie n'est facile pour personne. Je voulais offrir la liberté d'expérimenter." Certains rendez-vous sont également gratuits. "Tous les premiers dimanches du mois, j'anime un atelier chez Dille & Kamille à Namur, offert aux participants." Le loisir créatif sans nœud au portefeuille en somme.
Publics variés, clichés décousus
À qui s'adressent ces moments sous haute tension positive ? À tout le monde. "J'ai des personnes âgées qui viennent pour s'initier et rencontrer du monde mais aussi pour apprendre de nouvelles techniques car tout a beaucoup évolué. J'ai aussi beaucoup de femmes entre 30 et 50 ans, des ados aussi car les réseaux sociaux et la mode ont remis le crochet et le tricot sur le devant de la scène. Et puis des enfants, parce que la plupart de mes ateliers sont accessibles dès 10 ans."
Institutrice maternelle de formation, Marie adapte l'ouvrage au public : "Les enfants s'en sortent souvent très bien : ils se posent moins de questions, ils font." Et au-delà de l'objet, il y a les vertus pédagogiques : "Fil et toucher ont un vrai pouvoir thérapeutique : se recentrer, se concentrer, ralentir. Et puis on travaille aussi le français, les maths… Mine de rien, derrière un motif, il y a beaucoup de logique."
L'époque, elle, démaillote doucement ses clichés. "On n'est plus dans l'image de la mamie qui tricote et recoud les pantalons même si ça reste utile, sourit Marie. On veut porter et utiliser ce qu'on a fait soi-même. On surconsomme beaucoup. Faire de ses mains permet de mesurer la valeur d'un objet, de réparer, de customiser ce qu'on a déjà." Alors si le quotidien vous file entre les doigts, Marie tend le fil pour recommencer. Avec patience, humour et cette énergie lumineuse qu'aucune maladie n'a su détricoter.
> www.filybul.be ou sur les réseaux sociaux @Filybul
Kits maison, manuels malin : des boîtes qui tiennent la route
Filybul, ce sont aussi des boîtes créatives, pensées pour éviter les projets qui finissent en pelotes d'ennui. "J'entends souvent : j'ai acheté un kit et je n'y arrive pas, le matériel n'était pas adapté, les explications pas claires. J'ai voulu faire l'inverse", explique Marie. Elle photographie les étapes, rédige des manuels clairs, sélectionne elle-même les matières. "Ce n'est pas de l'industriel. C'est le matériel que j'utilise au quotidien en atelier."
Avant de se lancer, Marie animait déjà des ateliers dans une mercerie écologique. Un licenciement express l'a poussée à faire le grand saut. "C'était un rêve depuis toujours : permettre aux autres de créer et de s'échapper comme moi je l'ai fait. Le moment est venu de rebondir sur tout ce que j'avais acquis. Je ne me voyais pas faire autre chose."