Mladenovic : la prisonnière de l'US Open qui va toucher 100.000 dollars
La Française, qui doit suivre les mesures strictes du protocole sanitaire car elle a été en contact avec Benoît Paire, a craqué.

- Publié le 03-09-2020 à 13h12
- Mis à jour le 03-09-2020 à 20h10

On ne peut pas savoir ce qu'ils ressentent car on ne vit pas les événements de l'intérieur comme eux, mais il faut avouer qu'entendre certains joueurs ou certaines joueuses se plaindre de leur situation dans la bulle de la bulle à l'US Open est un peu lassant. En prenant la décision de se rendre aux États-Unis, un pays fortement touché par le Covid-19 mais aussi un pays où l'aspect sécuritaire peu prendre des côtés très rigides, les athlètes présents à Flushing Meadows connaissaient les risques qu'ils prenaient. Que les organisateurs allaient tout mettre en œuvre pour éviter que leur tournoi prenne l'eau à cause de l'épidémie du coronavirus. Et c'est pour cela que les mots de Kristina Mladenovic, après son élimination au deuxième tour alors qu'elle menait 6-1, 5-1 service à suivre, font polémique. La Française, en pleurs lors de la conférence de presse d'après match, a dénoncé ouvertement les conditions qui ont été imposées aux joueurs négatifs, comme elle, mais ayant côtoyé Benoît Paire, exclu du tournoi pour un test positif au coronavirus.
"Je suis complètement épuisée, je veux juste remercier l'USTA (NdlR : la fédération américaine) pour cette expérience irréelle. Oui, je suis complètement effondrée. Je jouais super bien, mais je n'ai pas su finir le match. J'étais à un fil. Elle a commencé à remonter au score et petit à petit, je me suis effondrée, je n'ai pas d'autre mot. Je suis à bout. Je n'ai jamais été dans un état pareil. Je suis complètement à bout. C'est un cauchemar ce qu'on vit là. Je n'ai qu'une seule envie, c'est de retrouver ma liberté. Il faut qu'on se batte pour avoir notre liberté. Je voudrais tellement dire plein de choses sur ce qui se passe ici, c'est absolument abominable comment ils nous traitent, mais je n'ai pas envie que ce soit une excuse à ma défaite. Ce n'est pas la faute de l'USTA si je rate mes 4 balles de match. Il ne faut pas qu'on se trompe. Je ne vais pas chercher d'excuse pour le deuxième set : je joue très bien, je suis à un point de rendre la copie parfaite. Mais le troisième set, ce que je ressens, c'est de la détresse, vraiment. Il faudrait s'asseoir pour vous faire une liste de ce qu'on est en train de subir. C'est même pas acceptable ce qu'on vit. Même pour faire un pas à droite, il faut demander la permission. On n'a pas de liberté de mouvement, d'identité, de rien. J'ai l'impression qu'on est des prisonniers, des criminels. Pour le moindre mouvement, il faut demander la permission si on a le droit de le faire alors qu'on est testé tous les jours et qu'on a eu 30 tests négatifs. C'est abominable, les conditions sont atroces. Si j'avais su que jouer 40 minutes aux cartes, avec un masque, avec un joueur qui a été testé positif, mais finalement négatif, cela aurait entraîné ces conséquences, je n'aurais jamais mis les pieds dans ce tournoi. On vit un cauchemar, on est des prisonniers, c'est tout."
Voilà une joueuse qui n'a certainement jamais mis un pied dans un centre pénitentiaire et dont les déclarations contrastent fortement avec celles de nos compatriotes Ysaline Bonaventure et Kirsten Flipkens qui gèrent la même situation, elles ont aussi été mises dans la bulle de la bulle après un contact avec Benoît Paire, avec plus de recul et de philosophie.

"J'ai été perturbée aux entraînements, parce que je me disais que c'était injuste et que je n'avais vraiment pas eu de chance, expliqua la Liégeoise. Maintenant, il faut relativiser aussi. On est sur un Grand Chelem. Et même si on est dans des conditions compliquées, que nous sommes isolés, que je ne peux pas sortir de ma chambre, rien que le fait de savoir ce que l'on va gagner après un seul match de tennis (NdlR : 61.000 dollars pour une défaite au premier tour), cela nous fait retomber les pieds sur terre. On sait que les gens doivent bosser pendant plusieurs années pour gagner ce qu'on va gagner en un match. Donc je n'ai pas fait ma princesse sur ce coup-là."
Une approche assez semblable à celle du Français Adrian Mannarino, lui aussi surveillé de très près : "C'est une organisation un petit peu différente. Le tournoi a été très réactif, a su faire les efforts pour mettre quelque chose en place pour qu'on puisse jouer et qu'on soit en position de défendre nos chances. Tant qu'on est dans le tournoi, je ne pense pas qu'on puisse se plaindre. Ce sont des mesures strictes mais il faut aussi se rendre compte qu'il y a un virus qui circule en ce moment et c'est notre devoir à tous de faire au mieux pour le stopper. Je suis encore dans le tableau à l'US Open, je peux uniquement être content. La situation qui peut être compliquée c'est si, en cas de défaite, on est obligé de rester en quarantaine – pour le moment on n'en sait rien -, cela pourrait mettre en péril la suite de la saison. Mais là, j'ai l'impression de pouvoir défendre mes chances à 100 %."
Quand elle touchera les 100.000 dollars de son deuxième tour à l'US Open, Kristina Mladenovic se rendra peut-être compte que sa bulle à elle, c'est une bulle dorée qui n'a rien de comparable avec une vie en prison. Ce que pense aussi notre chroniqueuse Dominique Monami.