Miami 2004 , le berceau de la rivalité entre Rafael Nadal et Roger Federer : "Je ne préfère pas imaginer sa progression"
Il y a 17 ans, le 28 mars 2004 en Floride, Rafael Nadal et Roger Federer s'affrontaient pour la première fois. Trente-neuf autres duels suivront…

- Publié le 27-03-2021 à 23h43
- Mis à jour le 28-03-2021 à 21h55

Absents cette année du Masters 1000 de Miami tout comme leur grand rival Novak Djokovic, Rafael Nadal et Roger Federer possèdent une histoire commune avec le tournoi floridien. C'est sur cette épreuve, il y a tout exactement 17 ans (28 mars 2004), qu'est née l'une des plus grandes rivalités de l'histoire du tennis entre deux compétiteurs qui totalisent aujourd'hui chacun vingt titres en Grand Chelem.
À l'époque, la donne était bien différente puisque Roger Federer débarque à Key Biscayne avec le statut de numéro un mondial après son doublé à l'Australian Open (victoire en finale sur le Russe Marat Safin) et Indian Wells. Au troisième tour, le Suisse qui se remet d'une insolation et d'une gastro-entérite est balayé sur un double 6-3 par un jeune joueur espagnol de 17 ans, 34e mondial, 32e tête de série à Miami et dont le palmarès ATP est encore vierge : Rafael Nadal. Ce jour-là, le futur roi de l'ocre, maillot rouge à manches courtes et bandana blanc sur le front, passe 81 % de ses premières balles et martyrise le Bâlois à l'aide de son coup droit très puissant.
Et même s'il venait de s'offrir le scalp du numéro un mondial, le jeune gaucher restait les pieds sur terre et lucide au moment d'analyser la rencontre : "J'ai bien joué, c'est vrai, peut-être même que j'ai fait le meilleur match de ma vie. Mais il est évident que Roger Federer était loin de son meilleur niveau. S'il l'avait été, je n'aurais eu aucune chance. J'ai joué un tennis presque parfait, parce que j'étais agressif, bien installé à l'intérieur du court et que j'ai pu ainsi bien dominer les échanges."
De son côté, Roger Federer ne semblait pas trop surpris par le niveau de jeu de son futur meilleur ennemi : "J'avais beaucoup entendu parler de lui, je l'avais vu jouer et je n'ai en rien été surpris de sa performance. Mais c'est vrai que, sans être aussi fatigué que lors du match précédent, je sentais que je manquais de jus et de ce temps de réaction immédiat qui aurait été nécessaire pour répondre coup sur coup à son jeu agressif."
La première page d'un livre qui en compte jusqu'à présent quarante était écrite, et il fallait attendre douze mois pour que le chapitre 2 du roman Fedal voit le jour avec comme théâtre identique, le Masters 1000 de Miami, où les deux champions se retrouvaient cette fois en finale. Une première à ce niveau pour Nadal âgé de 18 ans et dix mois. Les deux compères allaient offrir une magnifique rencontre en cinq sets (à l'époque les finales des Masters 1000 se jouaient en trois sets gagnants) où l'Espagnol mena deux manches à zéro, 4-1 dans le troisième set, avant de craquer petit à petit et de voir le Suisse s'imposer au terme d'une rencontre de presque quatre heures (2-6, 6-7, 7-6, 6-3, 6-1).
Cette défaite laissa des traces dans l'esprit du Majorquin : "Le plus dur fut de repenser au jeu de 4-3 au troisième set, où j'avais mené 0-30 sur le service de Roger. Sur le point suivant, sa balle était faute, le ralenti de la télévision (NdlR : l'oeil du faucon n'existait pas encore) l'a confirmé, mais l'arbitre ne l'a pas vue. À 0-40, cela aurait pu changer beaucoup de choses…"
Un an après sa première défaite face à Rafael Nadal, Roger Federer, vainqueur de ce deuxième duel, avait compris que ce jeune joueur espagnol allait lui donner du fil à retordre dans le futur : "Rafael a été fantastique. C'est un super joueur. Son avenir ? Oh non, s'il vous plaît, je ne préfère même pas imaginer la progression de ce gars-là !"
Le Suisse ne pensait pas si bien dire. Quelques semaines plus tard, le jeune Nadal remportait le premier de ses vingt titres en Grand Chelem à Roland-Garros qui deviendra son terrain de jeu préféré avec treize sacres au total.
"Nous sommes de très bons compagnons"
À force de se croiser sur le circuit mondial depuis presque deux décennies, Roger Federer (39 ans) et Rafael Nadal (34 ans) ont tissé un lien particulier qui a débouché, par exemple, sur des matchs exhibition ou de charité disputés pour diverses bonnes causes. Un profond respect unit les deux champions qui n'hésitent pas à se féliciter quand l'un des deux gagne un grand titre.
"Honnêtement, nous nous comprenons très, très bien, expliquait il y a quelques mois encore le Suisse. Ce que j'aime avec Rafa, c'est combien nous sommes ouverts et honnêtes l'un envers l'autre. Nous nous respectons beaucoup. Sommes-nous meilleurs amis ? Je ne pense pas. Il a de meilleurs amis que moi, et moi aussi. Mais au final, c'est une question de respect."
Des propos confirmés par l'Espagnol en 2019 mais aussi la semaine dernière lors d'une interview donnée à un média espagnol.
"Pour moi, le mot amitié est puissant, il implique beaucoup de choses. La barrière de la langue est un obstacle pour que j'établisse une relation aussi forte que de l'amitié avec un joueur, comme Roger, par exemple. On a aussi des styles de vie assez différents. Je ne dirais pas que nous sommes amis, mais de très bons camarades, de très bons compagnons. C'est au fil du temps, de nos duels et notre vie commune sur le circuit que l'on a appris à se connaître et que notre relation s'est améliorée. Il reste que nous ne sommes pas des amis proches. Par exemple, si avant un match, mon genou est douloureux, je ne vais certainement pas lui dire. En revanche, c'est vrai que l'on peut s'appeler à tout moment et discuter presque de n'importe quel sujet."
Difficile d'imaginer une rivalité plus saine que cela…