L'US Open vu par Carlos Rodriguez: "L'ambiance la plus explosive"
À quelques heures du début du Grand Chelem, notre consultant livre ses sentiments et ses favoris.

- Publié le 28-08-2022 à 14h57
- Mis à jour le 29-08-2022 à 20h24

Quand il regardera dès lundi prochain l'US Open, de bons souvenirs reviendront à l'esprit de notre consultant, Carlos Rodriguez, qui, en 2003 et 2007, a remporté aux côtés de Justine Henin le Grand Chelem américain. Mais avant cela, l'entraîneur belgo-argentin évoque l'édition 2022.
Les spécificités de l'US Open
"Du bruit, toujours du bruit"
Comme l'Australian Open, Roland-Garros ou Wimbledon, New York possède son propre cachet qui en fait un tournoi unique.
"Avec Justine, on trouvait la ville de New York passionnante avec l'ambiance si particulière de Manhattan où la vie tourne à 2 000 à l'heure. Sur le site du tournoi, dans les tribunes, les fans parlent sans aucune retenue et ils bougent beaucoup. Autour des courts annexes, les gens papotent, il y a du bruit. C'est très particulier. Dans une telle atmosphère, les joueurs doivent s'acclimater au niveau de la concentration pour bien rester dans leur bulle. Sur les grands courts, le Arthur-Ashe ou le Louis Armstrong, il est quasiment impossible d'avoir du silence. Cela vit tout le temps. C'est sur le central de Flushing Meadows que j'ai connu l'ambiance la plus explosive, j'ai eu la chair de poule après un magnifique point au filet entre Justine et Venus. Le stade a explosé. Jamais en 35 ans de carrière je n'ai connu cela ailleurs. Les fans américains soutiennent leurs compatriotes mais respectent aussi les grands champions. Justine a reçu des ovations même après des matchs contre Capriati ou les soeurs Williams."
La der de Serena
"Justine plus forte grâce aux Williams"
L'US Open 2022 devrait être marqué par la retraite à 40 ans de Serena Williams. "C'est une championne au palmarès inégalable. Ma carrière a été marquée par tout le clan Williams. Dans les années 1990, je me suis rendu dans un tournoi au Canada avec Dominique Monami. Dans les qualifications, j'ai découvert Venus et son papa Richard. Comme jeune entraîneur, je l'ai pris en modèle et pendant toute ma carrière, je me suis fait tout petit pour apprendre de leur manière de travailler. Ils ont révolutionné le tennis féminin et j'ai vécu la plus belle période de l'histoire de la WTA. Serena, c'est plus qu'une joueuse. C'était une fierté pour Justine et moi de pouvoir battre une joueuse si douée, puissante et animée d'un grand esprit de compétition. Grâce aux Williams, Justine a grandi."
une favorite ?
"Personne ne sort du lot"
Une fois de plus, le tableau féminin sera très ouvert avec comme l'an dernier une possible surprise en finale comme l'était la victoire d'Emma Raducanu en 2021.
"C'est compliqué de prédire une lauréate. Je vais de déception en déception quand je regarde le circuit féminin. La dernière, c'est l'élimination très sèche de Swiatek à Wimbledon contre Cornet (6-4, 6-2). Je trouve que les filles jouaient mieux avant, qu'elles réfléchissaient plus. Pourtant, les joueuses actuelles ne sont pas moins douées. Pour cet US Open, je ne peux sortir personne du lot, ce serait comme lancer un dé sans savoir sur quelle face il va s'arrêter. Je voudrais qu'une ou deux filles s'imposent sur le circuit de la WTA. On parle beaucoup de Coco Gauff. Mais à Roland, j'ai vu parfois un problème du côté de son coup droit grand comme une maison. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne peut pas remporter l'US Open."
Un favori ?
"Medvedev et Nadal quand même"
Medvedev pourra-t-il réaliser le doublé 2021-2022 et Nadal un triplé en Grand Chelem en 2022 ? C'est bien possible selon notre consultant.
"Medvedev a un peu plus dur depuis quelques semaines mais cela reste un des grands candidats au titre, surtout avec l'absence de Djoko. Nadal, lui, il n'est jamais mort sportivement à partir du moment où il reste en bonne santé. Derrière ces deux joueurs, il y a Kyrgios mais je ne sais pas s'il est capable de garder une certaine régularité pendant deux semaines. Enfin, il y a Tsitsipas mais je suis interpellé par ses dernières performances. Je m'attendais à mieux de lui en 2022. Vu son talent, tu ne peux pas l'écarter d'une short list de candidats au titre mais j'ai du mal."
L'absence de Djokovic
"Je respecte son jusqu'au-boutisme"
Comme à Melbourne, Djokovic sera absent à New York à cause de sa non-vaccination. "Quand tu vois les sacrifices réalisés par le Serbe pour réussir sa carrière et son envie de devenir le plus grand joueur de l'histoire, tu comprends que c'est très, très important pour lui, pour ses convictions, de ne pas se faire vacciner. Il est prêt à sacrifier une partie de sa carrière. Je respecte son jusqu'au-boutisme car cela ne doit pas être facile à vivre. Même si je trouve que c'est mieux de se faire vacciner."
L'association Dehaes-Mertens
"Elise doit repenser sa carrière"
Aux USA, Elise Mertens a entamé une nouvelle collaboration en choisissant Philippe Dehaes comme coach : "Je pense qu'Elise, que je ne connais pas beaucoup, doit repenser sa carrière. Aujourd'hui, elle n'est pas compétitive, j'ai l'impression qu'il lui manque du fond pour atteindre le haut niveau. Et je pense qu'elle devrait repenser son calendrier et sa manière de travailler. Peut-être que dans ce contexte-là, Philippe, que j'ai connu quand il était plus jeune, a une carte à jouer. Je suis persuadé qu'Elise possède les armes pour rejoindre le top 10, mais pas en combinant le simple et le double. Tout dépend de ce qu'elle désire."
La préparation de Goffin
"Une blessure après Wimbledon ?"
David Goffin ne se présente pas à New York dans les meilleures conditions : "J'ai été étonné de ses résultats (quatre défaites pour deux victoires) lors de la tournée américaine. Je pense qu'il a terminé Wimbledon avec une petite blessure et cela a peut-être engendré une perte de confiance. Ce n'est pas impossible. Il a perdu contre des joueurs pas plus forts que lui. J'espère qu'il va rebondir comme il est parvenu à le faire à Wimbledon. David possède tellement de qualités."