Pendant le match Ukraine - Belgique, le cœur de Maryna Zanevska sera partagé en deux : "L'Ukraine a plus besoin de cette victoire"
L'ancienne joueuse de tennis, née à Odessa, est devenue belge en 2016 et a porté le maillot de notre pays en Fed Cup.

- Publié le 26-06-2024 à 11h59

Ce mercredi soir, son cœur va battre la chamade. Et seule une qualification conjointe de la Belgique et de l'Ukraine pourra la combler pleinement. Née à Odessa en Ukraine, l'ancienne joueuse de tennis, Maryna Zanevska (30 ans), a pris en 2016 la nationalité de son pays d'adoption : la Belgique. L'adolescente de l'époque a grandi sur notre sol pour devenir une joueuse professionnelle. Et comble de tout, pour cocher toutes les cases dans cet Euro, elle vit en… Allemagne avec son mari.
Maryna, comment allez-vous vivre le match Ukraine - Belgique ?
"Ma situation n'est pas idéale, je soutiens trois équipes dans cet Euro. L'Ukraine, car c'est là où je suis née, là où ma famille se trouve. La Belgique, car c'est là où se trouve ma deuxième maison, où j'ai grandi. Et l'Allemagne, car mon mari est allemand. En fait, j'ai trois chances d'être heureuse ou… malheureuse. J'aimerais que l'Ukraine et la Belgique se qualifient. Je pense sincèrement que la Belgique est meilleure. J'ai été impressionnée par son match contre la Roumanie. Mais l'Ukraine, comme pays, a plus besoin de cette victoire. Je ne veux pas m'étendre sur la guerre mais chaque bonne nouvelle pour le pays est nécessaire. Les Ukrainiens vivent des moments difficiles, et le sport peut les unifier. Mais au final, que le meilleur gagne. Je serai assise devant la télévision en tenant deux drapeaux."
"La Belgique m'a donné l'opportunité de réaliser mon rêve."
Que représente la Belgique pour vous ?
"C'est ma deuxième patrie. La Belgique signifie pour moi un foyer. Parfois, je me sens plus chez moi à Bruxelles qu'à Odessa. J'ai eu l'occasion de représenter la Belgique au plus haut niveau et c'était toujours un honneur. Mon cœur est en Ukraine, parce que ma famille est là-bas et il y a des événements horribles qui s'y déroulent. Mais j'ai toujours eu comme objectif de représenter dignement la Belgique avec respect pour ce pays qui m'a donné beaucoup. Il m'a offert l'opportunité de réaliser mon rêve, je ne l'oublierai jamais."
Est-ce important pour l'Ukraine de participer à l'Euro, pour rappeler à tous que la guerre est encore d'actualité ?
"Ce n'est pas tellement important de rappeler aux gens à travers le monde qu'il y a une guerre en Ukraine. C'est beaucoup plus crucial pour les Ukrainiens. Les émotions vécues lors d'une victoire à l'Euro offrent un petit regain d'énergie. Je connais des gens qui se battent au front, et croyez-moi, ils sont au front et regardent le football. C'est pour cela que j'ai dit que l'Ukraine a plus besoin de cette victoire, sans manquer de respect à l'égard de n'importe quel pays jouant l'Euro. Vous ne pouvez même pas imaginer combien d'émotions et d'énergie positive cela apporte aux citoyens ukrainiens et à l'armée ukrainienne."
Est-ce qu'il y a en Allemagne un grand attrait pour l'Euro ?
"Oui, on vit à Düsseldorf et on ressent une atmosphère très spéciale. Il y a de grandes zones pour les fans, il y a beaucoup de touristes. Tous les bars retransmettent les matchs. Et comme l'Allemagne est qualifiée, cela donne une bonne ambiance."
Cela va être chaud à la maison en cas d'Allemagne - Belgique ou d'Allemagne - Ukraine ?
"Avec mon mari, pendant 90 minutes, nous serons ennemis. Mais après, je suis sûre que nous serons à nouveau mari et femme, à nouveau amoureux (rires)."
"Maintenant, je vis presque sans douleur."
Vous avez mis un terme à votre carrière il y a un an, comment vivez-vous ce choix ?
"Ma vie sans le tennis est différente, mais je vais bien. Le plus important est que je travaille beaucoup sur ma santé, sur mon problème de dos, qui était la raison essentielle de mon arrêt. Les trois premiers mois ont été très difficiles parce que je souffrais énormément. J'ai pris des antidouleurs pendant deux ans. Lorsque j'ai arrêté de les prendre, cela a été un enfer pour moi pendant trois mois. Mais très lentement, je vais mieux. Je continue à faire des séances d'entraînement trois fois par semaine, en plus des traitements de physiothérapie et du yoga. Je fais du sport pour la santé et non pour la performance. J'apprécie le temps à la maison. Ne plus voyager me rend heureuse."
Vous étiez à Roland-Garros cette année en spectatrice. Le tennis vous manque ?
"La raison principale de ma présence, c'était pour suivre des cours de coaching et obtenir ma licence d'entraîneur. C'est utile d'avoir ce diplôme si je veux un jour revenir dans le monde du tennis. Je suis passée à Roland-Garros pour soutenir mon amie Kimberley Zimmermann. J'ai vu beaucoup de gens. Ce fut agréable mais après ce séjour, je suis arrivée à la conclusion que j'ai vraiment fermé ce chapitre de ma vie. Est-ce que le tennis me manque ? Oui, le jeu et l'adrénaline, mais pas tout le reste : les voyages, les hôtels, trimballer ses sacs, les blessures et les douleurs. Jouer au tennis est le meilleur métier au monde et je crois que les joueurs ne réalisent pas toujours la chance qu'ils ont. Je ne suis pas sûre de trouver un autre travail qui m'apporte autant d'émotions. Je l'accepte et je vis autrement : je vis presque sans douleur, je fais du sport pour ma santé, je passe du temps avec ma famille, mes amis, je construis ma vie avec mon mari et je découvre de nouveaux projets."

Quels sont vos projets ?
"Mon principal projet est la fabrication de bougies. Les fabriquer, les vendre, développer mes réseaux sociaux, créer du contenu, gérer tout l'administratif. J'ai récemment organisé quelques ateliers et je vais développer cela pour des anniversaires, un team-building, un enterrement de vie de célibataire, etc. Vous fabriquez des bougies avec moi et vous passez un bon moment avec des collations et des boissons en compagnie d'un groupe d'ami(e) s. Mon objectif était de créer quelque chose de différent, d'unique. Je me prépare pour un grand défilé de mode en août à Düsseldorf, où j'aurai un espace pour présenter mes bougies. Ce qui était autrefois un passe-temps est maintenant un projet commercial très amusant et sérieux. Parfois, je donne des cours de tennis, parfois je fais des séances photo pour des marques. Ma vie est définitivement différente de ce qu'elle était auparavant."