La folle semaine de Rafael Nadal en Belgique : "Arnaque téléphonique, linge sale, match du Real, GSM perdu, mais surtout gentillesse et disponibilité"
En 2011, le Majorquin avait joué une rencontre de Coupe Davis à Charleroi. Organisateurs de l'événement, Benoît Cuisinier et Amélie Bertrand se souviennent…

- Publié le 19-11-2024 à 06h47
- Mis à jour le 19-11-2024 à 12h05

Dans l'incroyable parcours de Rafael Nadal, la période où l'Espagnol est resté le plus longtemps en Belgique, c'est en mars 2011. Numéro un mondial, le Majorquin débarqua pour une semaine à Charleroi dans le cadre d'un match de Coupe Davis.
"Après le tirage au sort, on se disait, ce n'est pas possible, Nadal ne jouera pas la Coupe Davis, se souvient Benoît Cuisinier, organisateur de l'événement. L'Espagne possédait un vivier assez important pour se passer de lui. Quand la fédération espagnole a annoncé la sélection de Nadal, ce fut une vraie folie. Il y a eu un effet Nadal sur la vente des billets. Les trois jours au Spiroudome furent remplis."

L'ancien manager de Justine Henin et d'Amélie Bertrand, qui travailla aussi pour la quadruple lauréate de Roland-Garros, préparèrent sereinement la venue de la star de la petite balle jaune : "On avait un peu l'habitude des personnalités ou des standards qui apparaissent sur les grands tournois : faire attention au niveau de la sécurité et au niveau du public. On avait déjà organisé des rencontres de Coupe d'Europe en basket. Nous étions rodés, mais ça restait quand même quelque chose d'un peu hors du temps. Quand les Espagnols sont arrivés, ils ont été vraiment adorables."
Et malgré un couac provoqué par l'animatrice radio, Maria Del Rio, en début de semaine, les Ibères et Rafael Nadal sont restés très disponibles. "La veille de la conférence de presse, alors que Rafael Nadal dormait, il a été réveillé dans sa chambre d'hôtel par l'animatrice qui a fait croire à la réception de l'hôtel, par téléphone, qu'elle était la maman du Majorquin. C'était problématique, mais nous n'étions pas responsables. Cela dit, si on ne passe pas ce coup de fil à Nadal et que c'est vraiment sa maman… On n'avait pas encore mis un pied dans la salle qu'un stress supplémentaire se présentait. À la conférence de presse, Maria Del Rio est venue avec un paquet de pralines pour s'excuser. Rafa a pris l'excuse et le cadeau, mais il a expliqué à l'animatrice les besoins des sportifs de haut niveau au niveau du sommeil. Surtout quand ils voyagent beaucoup. Il a réagi intelligemment en faisant passer un message."
La disponibilité et la serviabilité du staff belge ont aussi plu à l'homme aux 22 titres en Grand Chelem, comme l'explique Amélie Bertrand. Cette dernière pouvant en témoigner via quelques anecdotes.
Amélie a toujours une photo du slip de Nadal.
"Au début de la semaine, le délégué de l'équipe espagnole vient me voir dans le bureau de l'organisation. Il m'explique qu'un joueur a du linge sale qu'il voudrait faire laver rapidement, mais que ce n'est pas possible à l'hôtel en moins de 48 heures. J'ai directement compris qu'on parlait des vêtements de Nadal. Moi, naïvement, je me suis dit qu'on avait une machine à laver pour les joueurs de Charleroi dans la salle et que je pouvais m'en occuper. Me voilà donc à laver les vêtements de Nadal : c'était marrant."

Un souvenir que n'a pas oublié Benoît Cuisinier : "D'ailleurs, Amélie a toujours une photo du slip de Nadal."
La veille des premières rencontres, c'est un match de football qui a permis à l'organisatrice de vivre une nouvelle expérience avec l'Espagnol : "Il y avait une rencontre du Real Madrid, club dont Nadal est supporter. Le capitaine nous demande s'il y aurait moyen de regarder le match au Spiroudome, parce qu'ils allaient arriver trop tard à l'hôtel pour voir le début. On devait fermer la salle, mais on a installé toute la délégation espagnole dans une loge et ils ont regardé le match. J'étais restée dans mon bureau, et à un moment le délégué est venu me voir pour me demander ce que je faisais. Je lui ai dit que je travaillais. Il m'a dit de venir voir la rencontre avec eux. J'ai dit non, puis il a insisté. Je suis donc montée dans la loge, où il y avait une bonne ambiance. Je me suis retrouvée dans le canapé à regarder le match avec Nadal et les autres joueurs. Je n'ai rien vu de cette rencontre, je les regardais surtout eux."

Avant de devoir réagir à un nouvel événement : "Après leur départ, je vais fermer la loge et je vois un GSM dans le divan, là où Nadal était installé. Il l'avait oublié. Je téléphone à Benoît pour lui expliquer et il me dit de lui ramener. J'ai voulu dans un premier temps téléphoner à l'hôtel, mais il n'allait pas me croire après l'histoire avec Maria Del Rio. Je suis donc partie à l'hôtel, où je suis tombée sur le délégué de l'équipe qui m'a remercié."
Autographes, photos, jamais il n'a regardé sa montre.
La venue du Roi de la terre battue dans le Hainaut suscita de nombreuses demandes de la part des fans, des sponsors et des médias. Et là encore, Rafael Nadal se prêta au jeu, avec le sourire.
"Un après-midi pendant la semaine, on avait organisé une rencontre avec nos ramasseurs de balle et quelques enfants, se souvient Benoît Cuisinier. Normalement, c'est minuté. C'était une heure au programme. En voyant le temps avancer, on accélérait les choses pour que tous les enfants puissent en profiter. Jamais Rafa n'a regardé sa montre et on a dépassé l'heure prévue. Il l'a fait avec un grand sourire. Ce sont des petits détails qui montrent le caractère d'une personne, la classe d'un grand champion."

Avec un nouvel exemple à la clé : "Lors du repas de gala, le jeudi, on avait invité les partenaires. Tout le monde voulait sa petite photo avec Nadal. Le Majorquin avait demandé d'être tranquille quand il mangeait, mais était d'accord de nous accorder quinze minutes après pour signer des autographes, etc. Tout s'est tellement fait dans un respect commun qu'il est resté plus longtemps que le quart d'heure convenu. Tout au long de la semaine, Nadal a été classe. Quand il arrivait dans la salle, il disait bonjour à tout le monde."

Malgré la qualification acquise, il joue encore… pour le public
Sportivement, l'Espagne mena 0-2 dès le vendredi, avec notamment une victoire de Rafa sur Ruben Bemelmans. "L'Espagnol a pris le temps de signer des autographes à toutes les personnes autour du court. Cela a duré une plombe. D'habitude, les joueurs, ils signent des autographes aux fans derrière leur siège. Là, il a fait vraiment tout le tour."
Et le samedi soir, la messe était déjà dite pour la Belgique menée 0-3 après le double. "Son pays étant qualifié, Nadal ne devait pas jouer le dimanche. Toni, son oncle, vient me voir et me demande si dimanche, il y aura du monde. Je dis que la salle sera remplie. Seront-ils là pour l'équipe belge, ajoute-t-il ? Je réponds non, ils ont acheté leur place pour voir son neveu. Il me dit d'attendre un quart d'heure. Il est allé voir Rafa et le capitaine de notre équipe nationale. Puis il est revenu pour me dire que je pouvais annoncer que Rafa jouerait le dimanche. Quand tu vois le programme d'un tel joueur, le nombre de matchs qu'il dispute sur une saison, les kilomètres qu'il parcourt. Il vient en Belgique, il gagne son match, son pays est qualifié, il n'a rien à gagner en jouant le dimanche, et le gars, par respect du public, décide de jouer. Alors que la seule chose qu'il risque, c'est de se blesser. C'est dans ces moments-là qu'on voit le vrai visage des gens."
Avant de partir sur la tournée américaine, le Taureau de Manacor offrit un petit cadeau aux organisateurs : "On a reçu deux t-shirts dédicacés, conclut l'ancien agent de Justine Henin. On n'avait rien demandé, mais c'était un cadeau pour nous remercier de l'accueil."
