Roland-Garros (Finale dames) – Sabalenka et Gauff ont dompté la terre battue : "On m'a toujours dit que cette surface n'était pas pour moi"
La Biélorusse et l'Américaine vont se disputer un premier titre sur l'ocre en Grand Chelem.

- Publié le 07-06-2025 à 07h15

Au début de leur carrière, elles n'étaient pas attendues à ce niveau sur la terre battue. Et pourtant, Aryna Sabalenka et Coco Gauff ont su apprivoiser une surface longtemps capricieuse pour elles. Ce samedi, la finale de Roland opposera deux joueuses qui ont appris à digérer l'ocre, à force de travail. Ce ne sera pas un duel d'expertes de la glissade, de la variation ou de la patience. Ce ne sera pas une opposition typiquement de filles de la terre battue comme l'aurait été un duel entre Iga Swiatek et Jasmine Paolini. Et pourtant, Aryna Sabalenka et Coco Gauff, les deux filles qui dominent actuellement le circuit WTA, seront bien au rendez-vous.
Cette finale, c'est l'histoire de deux joueuses puissantes, brillantes sur le dur, qui sont parvenues à adapter leur jeu pour la surface parisienne. En sept participations dans le tableau principal de Roland, Aryna Sabalenka n'avait jamais fait mieux qu'une demi-finale, en 2023. On pensait que la Biélorusse ne s'exprimerait jamais pleinement à Paris. Son jeu d'attaque est une arme habituelle que l'ocre ralentit. Et pourtant, cette année, la Tigresse de Minsk a trouvé les coups et la lucidité pour atteindre la finale tout en sortant deux spécialistes : la championne olympique Zheng et la quadruple lauréate des lieux, Swiatek. Sa puissance est restée intacte, mais elle s'inscrit désormais dans un schéma plus réfléchi, plus complet.
J'ai travaillé mon lift, mon physique...
"Je pense que pour mon équipe et moi, ce serait fantastique de décrocher le titre ici à Paris, expliquait la Biélorusse après son succès contre Iga Swiatek. Parce qu'on m'a toujours dit que cette surface n'était pas pour moi. Je n'avais pas confiance dans le passé or, ces dernières années, on a développé mon jeu. Je me sens plus à l'aise sur cette surface. J'aime bien jouer sur la terre battue et, gagner ce trophée, ce serait fabuleux pour nous. Je suis prête à me battre sur chaque point, à tout donner pour gagner."

Déjà victorieuse de trois Grands Chelems sur dur, Sabalenka expliqua pendant la quinzaine parisienne ce qu'elle a travaillé pour briller sur la terre : "Je me suis améliorée sur le plan physique, parce que pour la terre battue, c'est essentiel d'être forte dans ce domaine, de pouvoir aller sur chaque balle. J'ai travaillé sur le lift. Je ne dirais pas que les amorties et les coups slicés soient parfaits pour la terre, je pense que c'est mieux sur gazon, mais cela semble fonctionner. Je possède une plus grande diversité de coups. Je peux frapper à plat, je peux mettre de l'effet, je peux revenir et défendre. C'est ce qui fonctionne le mieux pour moi."

Chez Coco Gauff, la mutation a été plus progressive mais tout aussi impressionnante. Finaliste à Paris en 2022 (défaite 6-1, 6-3 contre Swiatek qui la domina aussi en 2023 et 24) à seulement 18 ans, elle y avait surtout brillé par sa combativité. Trois ans plus tard, elle y revient avec une panoplie technique et mentale bien plus étoffée. Son revers slicé, son jeu de jambes et sa lecture des trajectoires se sont peaufinés. Elle sait faire durer l'échange, user ses adversaires, varier les zones. C'est comme cela qu'elle a brisé Loïs Boisson en demi-finale. Le feu qu'elle porte en elle n'a pas disparu, mais il est canalisé.
"Quand j'ai commencé plus jeune, je pensais qu'on jouait de la même manière sur toutes les surfaces, expliqua l'Américaine. Avant la saison européenne et Roland-Garros, je ne pensais pas vraiment au changement de surface. Du dur à l'ocre, c'était une transition facile pour moi. Je le mets au crédit que je glisse aussi sur dur. Quand je suis sur de la terre battue, c'est donc plus facile. Mais il y a quand même des adaptations à réaliser. Et avec le temps, j'ai surtout pris plus confiance en moi."
Sabalenka et Gauff prouvent qu'avec du travail, de l'intelligence et de l'envie, on peut se réinventer. Mais ce samedi, il n'y aura qu'une seule joueuse heureuse…