Australian Open – La réussite des anciens universitaires : "C'est un tremplin et plus un mouroir"
Ben Shelton et Learner Tien, notamment, sont les meilleurs exemples d'un système qui permet à de nombreux joueurs de se développer avant de passer pro.

- Publié le 26-01-2026 à 06h00
- Mis à jour le 26-01-2026 à 07h10

Trente-quatre athlètes (25 hommes et 9 femmes) issus du système universitaire américain ont participé cette année, en simple, à l'Australian Open : c'est 24 de plus qu'il y a dix ans. Et certains ont brillé ou sont encore en lice à Melbourne. Learner Tien s'est qualifié pour les quarts en explosant Daniil Medvedev (6-4, 6-0, 6-3), Ben Shelton jouera contre Casper Ruud, ce lundi, pour faire de même et Francisco Cerundolo a vu son parcours se terminer contre Alexander Zverev au début de cette deuxième semaine de l'AO. En voyant ces perfs, la question qu'on peut se poser, c'est de savoir pourquoi le tennis universitaire est-il devenu une voie prisée vers le circuit pro ?
Plus de temps car des carrières plus longues
L'un des premiers facteurs est le temps. Il y a 20 ans, en moyenne, la carrière des joueurs était plus courte, plus ciblée. Une préoccupation aujourd'hui moins marquée comme l'expliquait Howard Endelman, entraîneur de l'université Columbia : "L'âge moyen des 100 meilleurs joueurs est plus élevé que jamais. Ils continuent à jouer jusqu'à 35 ou 36 ans. Avant, un joueur de 30 ans était considéré comme vieux. Donc passer une partie de ses années formatrices à l'université, de 18 à 22 ans, quand on n'est pas directement un ténor de la discipline, est une option intéressante."
Dans un tennis de plus en plus exigeant physiquement et financièrement, rejoindre une université, avec le plus souvent une bourse qui prend en partie ou en totalité les frais de formation, d'hébergement et d'études, s'avère un choix intéressant.
"J'ai visité l'université de Stanford, expliquait Tim Henman, ancien quatrième mondial, il y a quelques semaines. J'ai vu des installations incroyables, avec de très bons courts intérieurs et extérieurs, mais aussi des salles de sport, un service de nutrition et d'autres athlètes qui s'entraînent avec vous."

Ben Shelton, ancien élève de l'Université de Floride, où il a été champion national (NCAA) en simple (2022), et qui est maintenant le joueur issu de cette filière le mieux classé à l'ATP (n°7), affirme qu'il a développé son mental avec les Gators.
Il n'y a pas qu'un seul chemin vers les sommets."
"Cela a été un parcours fou. Beaucoup de joueurs ne vont pas à l'université, donc j'imagine que mon parcours a été un peu différent. je suis la preuve qu'il n'y a pas qu'un seul chemin vers le sommet. C'est un processus continu. J'espère pouvoir inspirer les jeunes qui vont à l'université ou qui y sont déjà, et de leur montrer qu'ils peuvent eux aussi réussir à l'ATP. Quand on est joueur universitaire, il vaut mieux avoir de bonnes notes, sinon on n'est pas admissible. C'est une pression à gérer et ce n'est pas la seule. L'entraîneur ne pense pas qu'à vous, il y a dix joueurs dans l'équipe."
Et la réussite d'anciens universitaires est devenue la meilleure publicité du système : "Mon père, qui était coach, me tendait des feuilles montrant la progression de Cameron Norrie, comment il avait réussi, en trois ans après avoir quitté l'université, à se hisser parmi les 100 meilleurs à l'ATP. Avant, si vous alliez à l'université, votre carrière était terminée, c'était un mouroir. Maintenant, c'est un tremplin."

"Pas encore prêt mentalement"
Plus jeune américain (20 ans) qualifié pour les quarts de finale de l'AO depuis Andy Roddick en 2002, Learner Tien se souvient aussi de son passage à l'Université de Californie du Sud : "J'étais jeune et je ne me sentais pas vraiment prêt mentalement pour le circuit pro. Côté tennis, je n'étais pas encore tout à fait au point non plus. Je pense que le temps de mûrir et de me sentir prêt pour le tennis pro m'a fait du bien."
Le système universitaire US offre également aux joueurs européens ou sud-américains des possibilités de se développer. Ce microcosme n'étant pas ouvert qu'aux Américains comme le confirmait l'Argentin Francisco Cerundolo (ATP 21, 27 ans) qui a quitté Buenos Aires pour fréquenter l'Université de Caroline du Sud en 2017 : "Je suis arrivé là-bas sans connaître personne et personne ne parlait espagnol. J'ai dû améliorer mon anglais. J'ai dû jouer pendant sept à huit mois sur des courts en dur, ce qui m'a permis de développer mon jeu. À l'époque, je n'avais pas le niveau pour devenir pro, je manquais de confiance en moi et je ne voulais pas devenir entraîneur. Je souhaitais explorer d'autres pistes, obtenir un diplôme, et c'est pour cela que je suis allé là-bas."

Dans le tennis féminin, Peyton Stearns, Diana Schnaider, Emma Navarro et Danielle Collins ont ouvert la voie. Collins, ancienne n°7 mondiale et finaliste de l'AO en 2022, déclara d'ailleurs que "remporter deux titres NCAA pour l'Université de Virginie restait deux des plus grands triomphes", avant d'avouer qu'elle "n'aurait pas été heureuse en devenant pro à 17 ou 18 ans. Je n'étais pas assez mature. Je voulais faire des études."