Voici les secrets de la nouvelle préparation physique de David Goffin qui travaille avec un vice-champion du monde : "On veut protéger son corps"
Avec son nouveau coach physique, Damien Pierrard, le Liégeois partage des séances avec Elliot Crestan et des joueurs de football de Jupiler Pro League.

- Publié le 04-02-2026 à 12h01

Le Jour J approche. Après plus de trois mois éloignés des courts à cause de problèmes au genou gauche, David Goffin (ATP 115) va reprendre la compétition, la semaine prochaine sur le Challenger 125 de Pau. Pour préparer ce retour dans les meilleures dispositions, le Liégeois s'est lié à un nouveau préparateur physique depuis octobre dernier, Damien Pierrard. Ce dernier possède la particularité de suivre depuis des années le vice-champion du monde du 800 mètres en salle, Elliot Crestan. Pendant de longue minute, l'élève du renommé Guy Namurois, ancien préparateur physique du Standard, nous a expliqué le mécanisme collectif et individuel mis en place pour permettre au Liégeois de poursuivre sa carrière plus sereinement.
Damien, on a vu des vidéos de séances collectives avec David Goffin et Elliot Crestan, comment faites-vous pour entraîner collectivement deux athlètes de disciplines différentes ?
On a un petit groupement que j'ai créé avec Eric Martin qui est ostéopathe et qui travaille beaucoup sur le somato-émotionnel, sur le profilage thérapeutique. C'est une structure pour sportifs de haut niveau où on retrouve notamment David Goffin, Eliott Crestan, Thomas Carmoy (saut en hauteur), Antoine Colassin (Charleroi) et Laurent Lemoine (Zulte-Waregem). C'est dans ce cadre, en fonction des besoins des sportifs, qu'on travaille ensemble.

Dans les faits, cela donne quoi ?
Tous les lundis, ils ont l'opportunité de venir dans notre centre pour se retrouver. Et à certains moments, j'arrive à intégrer la spécificité de David avec la spécificité d'Eliott. Je les amène sur la piste d'athlétisme à Louvain-la-Neuve pour travailler ensemble puisque David et Eliott sont deux sportifs qui ont l'habitude de s'entraîner seuls. Quand ils ont l'opportunité d'être avec d'autres athlètes, on se rend compte qu'il y a un regain de motivation, il y a plus d'énergie positive et des meilleurs résultats.
Un regain de motivation grâce à un travail collectif avec Elliot et les autres."
Pouvez-vous nous parler d'un exercice réalisé avec eux ?
Eliott travaillait sur des 200 et 300 mètres. David, sur sa séance, avait des 120 mètres. Mais David étant un bon coureur, cela me permettait de le faire tirer Eliott et de le challenger sur ses 120 derniers mètres. Et pour les périodes d'échauffement, là c'est assez facile puisque le corps humain s'échauffe de la même manière, plus ou moins.
David Goffin aurait-il fait un bon athlète sur piste ?
Elliot n'aurait pas fait un bon joueur de tennis. Je l'ai déjà vu au padel et ce n'était pas brillant (rires). Mais Elliot m'a dit que David l'avait surpris, qu'il avait été impressionné. David courait 120 mètres et démarrait quand Elliot arrivait six mètres derrière lui. David devait partir, et après, avoir la même vitesse qu'Eliott qui terminait son 200 mètres et tournait en 23.80. David arrivait à prendre la vitesse d'Eliott. Et au sprint final, ils arrivaient ensemble. David parvient à accélérer rapidement et à garder une belle vitesse. Sur quelque chose de relativement court, David aurait pu avoir du répondant en athlétisme. En termes d'endurance, Eliott possède une VMA de 22, David une de 20. Peut-être que sur 800, David aurait eu son mot à dire. David, c'est une bûche physique et un travailleur.
David aurait pu avoir du répondant en athlétisme. Elliot moins au tennis.
Ce travail collectif plaît-il à ces athlètes habitués à la solitude ?
Oui ! Ils échangent. Et c'est vraiment gai. Ils comparent les domaines où ils sont meilleurs. On a travaillé, par exemple, sur un Fast Track, un trampoline en longueur. Quand on faisait de la dissociation des ceintures, donc on faisait bouger les épaules et le bassin dans des directions différentes, on voyait que David était plus à l'aise que Thomas et Eliott qui n'ont pas besoin, dans leur discipline, de cette différenciation. Comme ils sont compétiteurs, ils essayent de se dépasser. Ce qui permet d'avoir chez chacun une base de maîtrise de son corps beaucoup plus large. Et plus la base est large, plus on peut viser une performance plus importante. C'est justement ce que les coachs spécifiques de ces athlètes me demandent : compléter la préparation physique par de tels éléments.

Comment êtes-vous arrivé dans le staff de David ?
Fabien Bertrand (NdlR : son préparateur physique) et moi, on a eu le même mentor, Guy Namurois. C'est devenu un ami et on avait la même philosophie de travail. Plusieurs fois il est venu m'aider à Malonne au Bauw Centre, notre quartier général. Depuis qu'il est parti avec Moïse Kouamé, il ne savait plus assurer David. Et comme David était déjà venu au centre, et qu'il m'avait déjà vu travailler avec les autres sportifs, il s'est dit, voilà une piste intéressante, on va voir si je peux travailler avec lui. On a un peu discuté avec Yannis (NdlR : Demeroutis, son coach) et Eric Martin puisqu'on a une méthodologie un peu particulière. Il a adhéré au projet.
En partant en Australie, sa préparation n'aurait pas été complète."
Quelle est cette méthodologie ?
C'est le programme Be ready. On croise l'entraînement traditionnel avec cette approche somato-émotionnelle. Donc comment les émotions vont influencer le corps humain, et un petit peu le profilage thérapeutique qui permet aux sportifs d'apprendre à mieux se connaître. Faire du sport c'est bien, être au top c'est bien, mais il y a souvent beaucoup d'éléments qui peuvent perturber le sportif lors d'une compétition. On essaye d'intervenir sur ces éléments. On a une vision un petit peu plus large en rajoutant toute cette sphère des émotions, et du stress.
Comment David a-t-il travaillé ces trois derniers mois ?
David était en période de réathlétisation. Quand je l'ai récupéré, il était blessé, il avait arrêté sa saison. On a commencé à retravailler pour soigner son genou. Ici, on est en fin de préparation. Je suis de plus en plus en intensité. Ce qui me permettait de le faire courir avec Elliot à des vitesses relativement importantes. Puisqu'on était pour David en dessous des 12 secondes au 100 mètres, qu'on répétait. Alors ce chrono, on va dire que c'est accessible. Oui, mais ce n'est pas quelqu'un qui a l'habitude de faire ça.
Comme David n'est pas toujours en Belgique, comment avez-vous fonctionné ?
Je suis déjà descendu à Grimaud et à Monaco. Même si j'ai d'autres sportifs à gérer, j'ai accepté de partir avec lui toute une série de semaines sur des tournois. Quand ce ne sera pas possible, on travaillera en distanciel. C'est déjà arrivé quand il était à Monaco. Yannis avait prévu des sparring-partners avec des axes de travail. David a 35 ans, il n'a plus besoin d'avoir quelqu'un à côté de lui tout le temps pour dire ce qu'il doit faire. Surtout quand c'est pour reprendre un petit peu des sensations. Au niveau de la préparation physique, on fonctionnait en visio. Je connais les salles à Grimaud et à Monaco, je lui expliquais les exercices au fur et à mesure, et lui, il plaçait toujours son téléphone, pour que je puisse le voir. Avec des athlètes bien éduqués, comme David, on peut travailler de cette manière. Cela nous permet de le suivre, sans devoir faire à chaque fois les déplacements.
David aborde-t-il la suite de sa carrière différemment ?
Il a décidé de prendre maintenant le temps à son compte. En partant cette année en Australie, sa préparation n'aurait pas été complète. On aurait travaillé dans le rush. David a dit : 'Moi j'arrête de penser à cette pression des tournois, on va prendre le temps de reconstruire étape par étape, et quand je me sentirai prêt, eh bien on reprendra le tennis.' Et c'est vraiment ce qui s'est passé. Avec Yannis, on a essayé d'abord de travailler en se disant, on part en Australie, on s'est rendu compte qu'en fait cela n'allait pas être possible, ou alors il allait trop en souffrir, son genou n'allait pas tenir. Donc on est revenu en arrière, on a recommencé beaucoup plus calmement. Et là on arrive en fin de réhabilitation, et touchons du bois, on a de plus en plus de voyants au vert. Il a joué à plusieurs reprises avec Gauthier Onclin, c'était intéressant. On voit que c'est de mieux en mieux, la prochaine étape, c'est le vrai match.
Plus de vélo pour éviter les impacts sur le corps."
Malgré toutes ses qualités, David doit aussi accepter son âge (35 ans) ?
La semaine dernière, par exemple, on a mis deux séances d'endurance sur vélo pour éviter que les genoux ne prennent trop de coups. Il y a l'intensité mais pas les impacts qui usent à la longue. Car je sais qu'il y a des impacts aussi lors des séances de tennis et du travail spécifique de course. Ce sont des petites adaptations pour protéger tout son corps et pas seulement ses genoux. Quand il pédale, c'est mieux pour les chevilles et les hanches. C'est vrai que le problème venait plus de son genou, mais c'est un peu tout le corps qui bénéficie de ce travail alternatif. On a prévu avec David de continuer à travailler l'endurance, pendant toute l'année, de cette manière. Ce qui permettra de refaire plus d'intensité, dans le spécifique le tennis, mais avec moins de séances.
Laisser plus de temps à la récupération."
Il faudra aussi gérer l'enchaînement des tournois ?
Il faut rester réaliste, on n'est pas encore dans de la répétition, de petits sprints par exemple. Au niveau de l'explosivité, notamment, le David de 35 ans n'est pas le David de 20 ans. Mais je pense qu'il pourrait encore surprendre. Mais en sachant qu'enchaîner les matchs sera un peu plus difficile et qu'il faudra peut-être laisser un peu plus de temps à la récupération. À la place de faire du tennis six fois par semaine, on est parti sur quatre séances. Et on fait un autre travail, les autres jours.