9,79 sur 10 - la folle note attribuée à Jannik Sinner illustre une révolution statistique : "Aider les joueurs à performer"
Apparue dans les retransmissions télévisuelles de l'ATP, la note de performance sur 10 intrigue de plus en plus les amateurs de tennis. Que se cache-t-il derrière ce chiffre ?

- Publié le 06-05-2026 à 11h29
- Mis à jour le 06-05-2026 à 11h37

Le tennis a longtemps vécu sous la dictature du score. Un 6-4, 7-6 racontait une victoire serrée, un 6-1, 6-2 une démonstration, et les statistiques classiques − aces, doubles fautes, premières balles − suffisaient à nourrir l'analyse d'après-match. Ce temps-là est en train de basculer. Depuis plusieurs mois, les retransmissions télévisuelles de l'ATP affichent de plus en plus régulièrement une donnée intrigante : une note de performance sur 10, parfois 8,63, parfois 9,12, parfois même 9,79. Son nom officiel : ATP Tennis Insights Performance Rating.
Derrière ce chiffre, il y a la volonté de répondre à une question que le score ne résout pas toujours : à quel niveau réel un joueur a-t-il évolué ? Car gagner ne signifie pas forcément dominer, tout comme perdre ne signifie pas nécessairement mal jouer. Un joueur peut s'imposer dans la douleur contre un adversaire inférieur et recevoir une note moyenne, tandis qu'un autre peut s'incliner au terme d'un duel de très haute intensité tout en affichant un rendement statistique remarquable. C'est précisément ce que cherche à objectiver ce nouvel outil.

Le chantier a débuté en coulisses, en 2022, lorsque l'ATP, via sa branche technologique Tennis Data Innovations (TDI), a entrepris de centraliser la collecte des données statistiques. En clair : chaque déplacement, chaque zone de frappe, chaque profondeur de balle, chaque schéma tactique devient une donnée exploitable. En septembre 2023, l'instance a officialisé le lancement d'ATP Tennis IQ, plateforme analytique mise à disposition des joueurs, entraîneurs et diffuseurs. "Jamais des analyses de cette qualité n'avaient été aussi accessibles à autant de joueurs", soulignait alors Ross Hutchins, Chief Tour Officer de l'ATP, convaincu que cette révolution statistique allait "aider davantage de joueurs à performer à leur meilleur niveau".
La qualité des coups est analysée mais aussi des indices tactiques.
La fameuse note de match visible par le grand public est l'une des vitrines de cette mutation. Son fonctionnement repose sur plusieurs couches d'analyse simultanées. D'abord la Shot Quality, qui mesure la qualité intrinsèque de chaque coup : vitesse, lift, profondeur, angle, pression infligée à l'adversaire. Ensuite viennent trois indices tactiques majeurs : In Attack, qui évalue la capacité à prendre l'échange à son compte ; Conversion, qui juge l'efficacité quand le joueur est en position favorable ; et Steal, qui mesure au contraire son aptitude à retourner des points mal embarqués. À cela s'ajoutent la gestion des points clés, la tenue au service, la qualité du retour et la difficulté de l'opposition. L'ensemble produit une note unique comprise entre 0 et 10, la moyenne du circuit ATP tournant actuellement autour de 7,44.
En résumé, l'algorithme ne demande pas seulement : "qui a gagné ?", mais bien : comment ce joueur a-t-il imposé son tennis ? Cette nuance change tout. Dans un match spectaculaire, les joueurs n'obtiennent pas automatiquement une note monumentale. Le système valorise avant tout la propreté d'exécution, la constance, la froideur tactique et la réduction maximale des points donnés. Une bataille épique de cinq sets peut ainsi être moins bien cotée qu'une démolition clinique d'une heure si, statistiquement, cette dernière frôle la perfection.
Le meilleur exemple est récent. En finale du Masters 1 000 de Madrid, Jannik Sinner a écrasé Alexander Zverev 6-1, 6-2 en 57 minutes et a reçu un ahurissant 9,79, présenté comme la plus haute note jamais enregistrée depuis la création du système. Une traduction mathématique de ce que l'œil humain percevait déjà : il ne s'agissait plus simplement d'une victoire mais d'un match quasiment sans faiblesse identifiable.
À terme, cette note pourrait bien transformer la manière de lire le tennis. Le score dira toujours qui a gagné. L'ATP Tennis Insights, lui, commence à raconter avec quelle pureté et grâce à quelles armes.
La bonne santé de Blockx, le déclin de Goffin
Pour vérifier si la réalité du terrain correspond à celle des statistiques, on a regardé les notes obtenues ces dernières semaines par deux opposés. D'un côté Alexander Blockx, qui s'est frayé un chemin dans le top 40 et David Goffin, qui glisse lentement mais sûrement vers le top 300. À Madrid, où il a atteint les demi-finales, l'Anversois a reçu les cotations suivantes : 7,73 contre Zverev, 8,53 contre Ruud, 7,41 contre Cerundolo, 8,04 contre Auger-Aliassime, 7,74 contre Nakashima et 7,25 contre Garin. Soit des valeurs supérieures, sauf contre le Chilien, à la moyenne du circuit.
Depuis le début de l'année, le Liégeois, par contre, n'a réussi qu'à deux reprises à atteindre le 7/10 : 7,05 contre Schwaerzler à Lille et 7 face à Zeppieri à Pau. Toutes les autres notes oscillaient entre 5,70 et 6,75. Les chiffres rejoignent donc la réalité.