Plus de 3 tornades par an en Belgique
Chaque épisode orageux draine son lot de phénomènes violents. Le dernier en date, dimanche soir, a provoqué l'apparition de tornades, un fait peu courant en Belgique, mais pas exceptionnel non plus
- Publié le 11-08-2014 à 18h21
- Mis à jour le 12-08-2014 à 07h28

Chaque épisode orageux draine son lot de phénomènes violents. Le dernier en date, dimanche soir, a provoqué l'apparition de tornades, un fait peu courant en Belgique, mais pas exceptionnel non plus Apocalyptique, effrayant, fin du monde… les qualificatifs entendus vendredi à Manhay et dimanche soir à Marbay (et Gozée) se suffisent à eux-mêmes pour qualifier les phénomènes météorologiques subis par la Belgique ces derniers jours. Après les épisodes de grêle, les tornades ont pris le relais. Le ciel tomberait-il littéralement sur la tête des Belges ?
Non. Du moins à en croire l'Institut royal météorologique. Depuis 1982, il comptabilise scrupuleusement les tornades. En moyenne, le pays en vit… 3,5 par an. Sans doute ce chiffre est-il sous-estimé, car toutes les tornades ne provoquent pas de dégâts.
Quid alors de cette dernière semaine ? "On n'est pas encore sûrs qu'il s'agissait de tornades, répond calmement l'IRM. Les prévisionnistes analysent encore les images radar. On sait que si, à un endroit, il est question de tornades, le mot se propage…" Les nombreuses photographies et vidéos prises par des riverains sont autant de témoignages utiles.

Si nécessaire, un prévisionniste se rend sur place pour observer les dommages et en tirer davantage de conclusions. Exemple : des troncs d'arbres arrachés et tordus - victimes d'un mouvement d'air tournant - sont un signe potentiellement révélateur d'une tornade.
Si, après coup, le travail d'enquête des météorologues confirme un tel phénomène, les épisodes tornadiques sont en revanche pratiquement imprévisibles. Ils résultent d'une conjonction d'ingrédients : deux masses d'air, une chaude, l'autre froide, se rencontrent. L'air chaud monte et s'enroule autour du froid, qui descend. Les nuages d'orages sont ainsi plus propices à la formation d'une tornade, mais pas indispensables. Bref, l'équation est rare, mais pas impossible.
Sur 3,5 tornades , ou tubas lorsque la colonne d'air ne touche pas le sol, peu sont d'une violence extrême, du moins en comparaison de celles vécues dans la Vallée des Tornades aux États-Unis. Les cas belges les plus violents mentionnent l'apparition de tornades de niveau EF3.
Pour la petite histoire, et c'est une bien maigre consolation, l'IRM considère toujours la météo de cet été comme étant dans la norme.

Hausses de prime en vue pour les assurances ?
La facture ne cesse de s'alourdir pour les assureurs; qui ont dû faire face depuis début juin à des tempêtes à répétition.
À elle seule, la tempête de grêle de la Pentecôte devrait au bas mot coûter 340 millions d'euros. Du jamais-vu, alors que les dernières grosses "intempéries" avaient coûté une centaine de millions d'euros (inondations de novembre 2010) et environ 160 millions d'euros pour la tempête d'août 2011.
"Jamais un seul orage n'a fait des dégâts semblables", rappelle Stef Leunens, porte-parole chez KBC, qui doit à ce jour faire face à des sinistres en orages, grêle et inondations de l'ordre de 47,5 millions d'euros, dont 41 millions pour la seule tempête de la Pentecôte.
"La tempête de la Pentecôte a causé à elle seule un coût additionnel de 9,5 millions en auto et de 29 millions d'euros en incendie, soit environ 16.000 sinistres", note pour sa part Roxane Reiner, porte-parole chez Belfius Insurance, alors qu'il est encore trop tôt pour avoir une estimation correcte des sinistres des derniers jours.
C'est dire si les assureurs doivent fréquemment sortir leur chéquier, depuis quelques semaines. "La facture est beaucoup plus lourde que l'année dernière à la même époque", souligne Laurence Gijs, porte-parole chez AG Insurance, qui va devoir débourser plusieurs dizaines de millions d'euros pour les différentes catastrophes naturelles enregistrées depuis le début de l'année. Un constat partagé par KBC et Belfius Insurance.
Or, en dernier recours, les dépenses des assureurs se répercutent dans les primes. Est-ce à dire que les primes d'assurance vont prochainement augmenter ? "Ce n'est actuellement pas à l'ordre du jour", assure Belfius Insurance. Comme AG Insurance revoit ses tarifications en fin d'année pour une adaptation au 1er janvier, la compagnie a encore le temps de voir venir avant de prendre une décision formelle. "Au cas où ce genre d'intempéries se reproduirait de façon répétée et plus intense, nous n'excluons pas que ceci aura un impact sur le niveau des primes. Mais jusqu'à présent, nous n'avons pas d'indications en cette direction", remarque Stef Leunens.
Reste la délicate situation des assurés victimes d'inondations à répétition, comme cela a été le cas à Ittre.
Ils ne reçoivent pas forcément un carton rouge (l'assureur et l'assuré peuvent mettre fin au contrat après chaque sinistre).
Le risque est analysé par le gestionnaire. Si la nature du risque a évolué depuis la conclusion du contrat, la prime est revue... à la hausse.

L'effondrement du chapiteau a fait 33 blessés
Le bilan humain de la tornade qui a balayé une partie du village de Marbay (Neufchâteau), dimanche vers 18 h 30, s'est alourdi. L'effondrement du chapiteau de la brocante a fait, au total, 33 blessés dont quatre graves.
"Tous les blessés n'ont pas été transportés à l'hôpital en ambulance. Certains s'y sont rendus, dans la soirée, par leurs propres moyens, précise le bourgmestre Dimitri Fourny. Dimanche en début de soirée, huit blessés, dont quatre dans un état grave, ont été pris en charge par les ambulanciers. Ils souffraient de côtes cassées, d'hématomes à la tête ou de poumons perforés."
Lundi, tous les blessés, à l'exception des quatre grièvement atteints, dont les jours ne sont pas en danger, ont pu rentrer chez eux. Les villageois étaient toujours sous le choc.
Plusieurs toitures ont été endommagées. Le bourgmestre a décidé de faire appel au Fonds des calamités. La police Centre Ardenne a délimité un périmètre de sécurité en attendant la venue de l'expert désigné par le parquet de Neufchâteau. Une information judiciaire a été ouverte afin de s'assurer que toutes les mesures de sécurité avaient été prises par les organisateurs.
Dimanche soir , la tornade a aussi traversé les communes de Sombreffe et Gembloux et a principalement touché trois villages : Bothey, Ligny et Tongrinnes.
Le Resto Franck, situé sur la chaussée de Charleroi, n'a par exemple pas été épargné par le passage de la tornade. C'était sur le coup de 18 h. Plusieurs clients se trouvaient dans l'établissement lorsque le vent a frappé. La toiture d'un commerce voisin s'est envolée et a fini sa course dans la vitrine du restaurant. La toiture du Resto Franck, des chaises et des tables se sont également envolées. "Une personne a été blessée à l'épaule et à une main. Beaucoup d'autres ont été choquées", expliquait le commandant des pompiers de Sambreville Marc Gilbert.
"Entre 10 et 15 habitations ont été touchées à Sombreffe. Les victimes ont déjà pris contact avec leurs assurances et il semble que toutes étaient bien couvertes. Cependant, pour les personnes qui se verraient refuser une intervention de leur assurance, elles peuvent prendre contact avec la commune afin d'introduire une demande d'intervention financière par le Fonds des calamités", a indiqué le bourgmestre de Sombreffe, Philippe Leconte.

D'importants dégâts à Gozée
Ce dimanche soir, de nombreux riverains de la rue Armand Bury ont subi d'importants dégâts. Certaines toitures et de nombreux arbres ont été arrachés à cause de la tornade.
"On n'a pas eu le temps de réagir, tout est allé très vite, se souvient Renato. Les arbres se sont pliés et quelques tuiles se sont envolées. Chez moi, les dégâts sont minimes, je ne compte d'ailleurs pas faire intervenir mon assurance."
Malheureusement pour d'autres, la tornade n'a laissé aucune chance. "Elle a traversé le verger pour ensuite frapper ma maison et emporter une partie de mon toit et ma cheminée, explique Désiré Monseu. Les pompiers, une fois sur place, ont alors bâché le plancher dans les chambres pour éviter les infiltrations d'eau."
Malgré qu'une partie de son toit se soit arrachée, le couple n'a pas souhaité quitter les lieux.
Non loin de là, au croisement de la rue Armand Bury et de la rue Émile Vandervelde, Florence Renaux a subi, elle aussi, des dégâts. "C'était impressionnant et traumatisant pour moi. Une grosse averse s'est abattue sur la maison avant que la tornade ne la frappe. Nous n'avons, d'ailleurs, pas eu le temps de fermer les fenêtres que la tempête était déjà passée. Des branches et des feuilles se sont retrouvées à l'intérieur de ma maison. Mentalement, j'ai été marquée par cette catastrophe naturelle. Je redoute déjà les prochains orages."
Hier matin, les pompiers étaient encore sur les lieux pour constater les dégâts.