Pas encore d'Uber, Bolt et Heetch en Wallonie… mais les "e-taxis" pourraient bientôt débarquer: le "plan taxi" wallon sur le point de surgir
Le texte du ministre Henry (Écolo) devrait atterrir dans les prochaines semaines. La fin du désert wallon en termes d'application de chauffeurs ?
- Publié le 16-09-2022 à 12h33
- Mis à jour le 16-09-2022 à 12h34

Leurs noms sont familiers : Uber, Heetch et Bolt. Ces applications de "transport rémunéré de personnes" se sont ancrées – et ce ne fut pas un long fleuve tranquille- dans les villes flamandes et à Bruxelles. Mais à Liège, Charleroi, Mons, Namur… : toujours rien. Le géant du secteur commente : "Uber n'est pas présent en Wallonie et n'a pas, pour le moment, de plans concrets d'y entrer."
La faute évoquée par les autres acteurs : l'absence de cadre légal actualisé. "La législation wallonne ne permet pas le travail des chauffeurs sur les applications. Nous espérons une évolution de la législation dans ce sens dans les prochains mois", indique Heetch. "Le cadre wallon ne permet pas de travailler avec des LVC", confirme Laurent Pantusa, un des responsables de Bolt. "On suit de près ce qui se passe en Wallonie. On a vu qu'il y avait une volonté de faire évoluer le cadre légal. Avoir un cadre légal solide et clair est pour nous une condition."
Et cette situation actuelle alarme l'Association Belge des Chauffeurs de Limousine, fédération représentant les chauffeurs LVC : "On trouve triste que les citoyens wallons soient pénalisés. On est convaincu que l'arrivée des applications va améliorer la mobilité en Wallonie", déplore Fernando Redondo, qui évoque de potentiels nouveaux emplois. La fédération indique avoir été contactée il y a plusieurs mois par le cabinet du ministre wallon de la Mobilité, Philippe Henry (Écolo)… mais depuis plus de nouvelles. Une "lenteur administrative", jugée déplorable : "Il est temps que la Wallonie se réveille."
Un "plan taxi" dans quelques semaines
Mais les choses pourraient changer prochainement. Il nous revient que le gouvernement wallon est sur le point d'accoucher de son "plan taxi". Après le climat explosif connu à Bruxelles, ses manifestations et ses multiples rebondissements juridiques et politiques, la Wallonie a, nous dit une source parlementaire, voulu travailler dans la discrétion, afin d'éviter un "scénario à la bruxelloise".
Le cabinet de Philippe Henry nous confirme que l'"avant-projet de décret relatif aux services de transport individuel de personnes par route" devrait atterrir dans les prochaines semaines. Le texte serait fortement inspiré du "plan taxi" bruxellois et devrait permettre aux applications (comme Uber, Heetch et Bolt) d'effectuer des courses en Wallonie… mais "il va moins loin dans la libéralisation que le décret flamand", précise le cabinet.
Alors que le PS et le MR wallons, partenaires de majorité, demeurent on ne peut plus muets sur la question, le député Écolo Laurent Heyvaert nous dévoile les grandes lignes du décret: "On aura un cadre légal pour que les applications et les taxis puissent coexister. On aura d'un côté les taxis classiques, et les "e-taxis" de l'autre." Ces deux acteurs auront un socle commun de statut, tout en maintenant des spécificités qui rappellent les nouvelles catégories bruxelloises "taxis de rue" et "taxis de station".
Afin d'"éviter les dérives" seront instaurés, comme à Bruxelles, des fourchettes de prix et un numerus clausus définissant le nombre de taxis et de chauffeurs d'application. "Sans oublier la ruralité, qui offre d'autres défis en Wallonie : il faut absolument préserver les taxis du milieu rural, qui jouent un rôle important", assure le député brabançon wallon.
Mais nombreuses sont encore les étapes avant une éventuelle arrivée des plateformes en terre wallonne : procédures parlementaires, concertation du secteur, formalités administratives d'accès à la profession, mise en branle des applications… Sans exclure, Bruxelles en témoigne, des éventuels recours juridiques et levées de boucliers.