Entre le retour du Covid et une grippe plus virulente cette année, Marc Van Ranst craint une "twindémie": "On doit se préparer à une double vague"
En moyenne en Belgique, 59 % des personnes de 65 ans et plus sont vaccinées contre la grippe, alors qu'une couverture vaccinale de 75% est nécessaire pour atteindre une protection optimale. Le virologue Marc Van Ranst rappelle l'importance de la vaccination auprès des groupes à risques afin de limiter l'ampleur d'une "twindémie", soit une vague grippale et covid dans le même temps. D'ailleurs, l'épidémie grippale devrait être plus forte cette année en Belgique.

- Publié le 20-09-2022 à 11h14
- Mis à jour le 23-09-2022 à 13h41

Malgré la tranquillité générale face au Covid-19, le virus ne va pas disparaître de sitôt et le scénario le plus probable reste celui d'un rebond épidémique à l'automne. Et à l'approche de l'hiver, une épidémie peut en cacher une autre. Après deux ans de pause, la grippe devrait en effet faire son retour en force en Europe et en Belgique. L'Australie, qui est sortie de l'hiver après avoir connu un pic alarmant de cas de Covid et de grippe, a connu une situation préoccupante alors que le pays a mis fin à une augmentation prématurée et rapide des cas de grippe et vient de terminer sa pire saison grippale depuis cinq ans.
"Il est difficile de prédire la sévérité de la prochaine épidémie de grippe chez nous mais l'épidémie en Australie a commencé plus tôt cette année et elle a été plus forte de 50% par rapport à l'année 2020, constate Marc Van Ranst, professeur de virologie et d'épidémiologie à la KU Leuven. Souvent, la sévérité et les souches présentes là-bas sont les mêmes chez nous. De plus, on a eu peu de cas ces deux dernières années donc notre immunité générale est assez faible, ce qui laisse présager une épidémie plus forte cette année".
Dans le même temps, en Australie, le nombre de cas de Covid est monté en flèche. Ce double choc viral est jugé dangereux, les experts l'ont même nommé la "twindémie". Face à cette situation, l'Organisation mondiale de la santé et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies recommandent une couverture vaccinale de 75 % pour la grippe. En Europe, on estime qu'en moyenne, seulement 39 % des personnes âgées de 65 ans et plus sont vaccinées contre la grippe. Et même si la Belgique enregistre un taux de couverture vaccinale de 59%, il lui reste encore du chemin à faire afin d'être optimale. Une combinaison de l'épidémie de grippe et de coronavirus pourrait dès lors entraîner une surcharge du système de santé, et une potentielle augmentation des complications pour les personnes contractant les deux infections en même temps.
Les risques d'un double choc viral
"Il y a un certain risque de voir les deux vagues coexister au même moment, poursuit-il. Si vous avez un covid puis la grippe et que vous n'êtes pas vacciné, vous avez entre 2 et 4 fois plus de risques d'être hospitalisé ou de mourir que si vous avez le covid seulement. Si vous avez la malchance d'être infecté par les deux virus, cela peut vraiment rendre les patients fragiles et très malades. Le message est donc clair, si vous avez plus de 65 ans ou si vous avez des problèmes de santé, il est important de se faire vacciner contre les deux virus, les groupes à risques sont d'ailleurs les mêmes pour les deux épidémies. Je pense que la grippe sera plus sévère cette année chez nous, il est donc prudent de se préparer dans le cadre d'une campagne de vaccination en Belgique".
L'intérêt d'une double vaccination
En Belgique, on estime que 500 000 personnes en moyenne par an sont touchées par la grippe et que 1 cas de grippe sur 1000 nécessite une hospitalisation, d'après Sciensano. "La grippe fait plus de dégâts que les gens ne le pensent. Elle peut entraîner de graves complications, augmentant le risque de crise cardiaque et de pneumonie, même si la personne se trouve en bonne santé, explique le Docteur Aurore Girard, Vice-présidente de la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG). L'influenza met considérablement à l'épreuve les systèmes de santé pendant la saison hivernale. Après deux années de pandémie et de mesures sanitaires, l'immunité de la population, et particulièrement des personnes de plus de 65 ans, est affaiblie.
D'après les spécialistes, il est donc primordial de mener une politique de prévention claire contre la grippe afin de s'assurer que les 65 ans et plus soient également correctement protégés chaque année. Le Conseil Supérieur de la Santé recommande aux personnes à risque et vulnérables de se faire vacciner à partir de mi-octobre, le vaccin offrant une protection optimale après 10 à 15 jours."Du côté du Covid, les chiffres augmentent un petit peu mais il est difficile de tirer des enseignements clairs, note Van Ranst. Ce qu'on voit par contre, c'est que les cas aux soins intensifs n'augmentent pas. Comme chaque année à l'automne, on s'attend à voir une vague d'infection au covid et on craint donc une vague dans les hôpitaux si les personnes à risques et les personnes âgées ne font pas leur rappel contre les deux virus. En les vaccinant, on peut éviter de provoquer des problèmes dans nos hôpitaux, on doit se préparer à cette double vague à venir".
Si une nouvelle vague de covid-19, portée par le sous-variant d'Omicron BA.5, se dessine depuis plusieurs jours en France où on parle de huitième vague, conséquence directe de la rentrée, d'une météo moins clémente et d'une baisse d'immunité de la population, il est difficile de tirer un enseignement clair des chiffres chez nous malgré une légère hausse des infections ces derniers jours. Seul constat qui ne laisse aucun doute, le variant BA5 reste dominant et aucun successeur ne pointe le bout de son nez à ce stade. Mais pour Marc Van Ranst, il faut rester prudent. "Pour le moment, il n'y a pas de nouveau variant mais si BA.5 reste dominant, il pourra encore contaminer ceux qui n'ont pas encore été infectés et ceux dont l'immunité a chuté. A côté de ça, le risque d'un nouveau variant existe et il y en aura certainement un nouveau, ça ne s'arrête jamais", conclut-il.