Dès l'année prochaine, la Wallonie ouvre la porte à Uber et autres applications de taxis… mais certains détails du décret font grincer des dents
Pour la fédération des taxis Febet, "ce texte est fait pour attirer Uber. De la part d'un gouvernement de gauche mené par le PS, c'est très étonnant."

- Publié le 03-10-2023 à 12h35

À cette heure, impossible d'utiliser en Wallonie la célèbre application Uber, ou une de ces concurrentes, comme cela se fait dans quantité de grandes villes européennes. Mais les choses devraient changer à partir de l'an prochain. Après Bruxelles et la Flandre, la Wallonie s'est doté d'un nouveau "plan taxi". Un texte approuvé jeudi dernier et qui, comme dans les autres régions, rend possible l'arrivée des plateformes de transport, comme Uber, Heetch et Bolt.
La même terminologie sera désormais utilisée au sud du pays : les taxis traditionnels seront désormais appelés "taxis de station", et les chauffeurs via des applications seront nommés "taxis de rue".
Le ministre Philippe Henry (Ecolo) évoque une "évolution, révolution pour ce secteur nécessaire pour répondre à de nouveaux besoins". Les objectifs affichés par le gouvernement : ouvrir le marché à de nouveaux acteurs permettant notamment d'augmenter l'offre et numériser les démarches, tout en ne "dérégulant" pas le secteur.
Plusieurs pierres d'achoppement ne sont cependant pas encore officiellement tranchées : les prix et le numerus clausus (nombre d'autorisations). Ces sujets feront l'objet d'un ultérieur arrêté gouvernemental. Le cabinet Henry estime que le nouveau cadre devrait être opérationnel "dès le deuxième semestre de l'année prochaine" et que, dès ce moment, les sociétés de "taxis de rue" pourraient débarquer en Wallonie.
Des licences différentes par commune : un "non-sens"
Spécificité du cadre législatif wallon : les licences wallonnes sont communales, contrairement à la Flandre et Bruxelles où elles sont valables dans toute la région.
Petit exemple. Si un chauffeur Uber détient une licence de la ville de Wavre, il ne pourra effectuer de trajet qu'au départ ou en direction de Wavre. Impossible dès lors pour ce chauffeur wavrien de prendre une course à Waterloo en direction de Nivelles une fois son trajet Wavre-Lasne effectué. Exception faite pour les "pré-réservations", dont les contours sont encore flous. De même, un chauffeur peut demander des licences dans différentes entités… mais, vu les 262 communes wallonnes, il verra dans tous les cas ses possibilités de trajet limitées.
Cette dimension strictement communale est fortement dénoncée par Les Engagés, qui décèlent une volonté cachée de freiner l'arrivée des chauffeurs d'application en Wallonie. "Un texte qui vise à ne pas pouvoir développer un service", assène le député Julien Matagne. "Nous n'aurons pas d'opérateur sur le terrain", craint-il.
Cette forte contrainte semble en effet décourager les plateformes de s'installer en terre wallonne. Chez Bolt, grand opérateur européen déjà actif à Bruxelles, on déplore fortement les kilomètres à vide que cette condition implique. "Un non-sens écologique", qui se répercutera aussi sur le prix et n'encouragera pas la desserte des zones périphériques.
"Ce texte est fait pour attirer Uber. De la part d'un gouvernement de gauche mené par le PS, c'est très étonnant.
Malgré cela, Bolt débarquera-t-elle en Wallonie dès la mi-2024 ? "Il est prématuré", nous indique le responsable, qui attend les précisions de l'arrêté pour se prononcer. Contacté, Uber ne fait aucun commentaire à ce stade.
Si le texte est jugé trop restrictif du côté des applications, il est au contraire considéré comme trop permissif par la Fédération Belge des Taxis (Febet). "Ce texte est fait pour attirer Uber. De la part d'un gouvernement de gauche mené par le PS, c'est très étonnant", déplore, "très sceptique", le président de l'association.
Une évaluation du nouveau cadre est prévue un an après son entrée en vigueur.