Les derniers activistes de Code Rouge quittent l'aéroport de Liège : des évacuations violentes cette nuit, 62 arrestations
Le mouvement Code Rouge a mené deux actions de désobéissance civile visant l'aviation ce samedi après-midi. L'action s'est déroulée à deux endroits. À Liège, 200 activistes étant entrés dans l'entrepôt Alibaba ont été délogés vers 2h du matin ce dimanche. Plusieurs ont été blessés, selon l'organisation. Les dernières personnes ce dimanche matin ont quitté le site. À Anvers, l'action s'est terminée samedi soir, le trafic des jets privés a été paralysé toute la journée.
- Publié le 16-12-2023 à 17h38
- Mis à jour le 17-12-2023 à 18h11
Sur le compte Instagram du mouvement de désobéissance civile "Code Rouge", on a vu des militants bloqués, plaqués au sol ou menottés par des policiers en grand nombre. Sur d'autres comptes, des coups et de la violence envers les militants. L'action de Code Rouge ne s'est pas passée comme prévu. Les forces de l'ordre ont été mises au courant et étaient préparées. Au total, c'est 1200 militants qui se sont mobilisés ce week-end pour bloquer les aéroports de Liège et d'Anvers.
Les derniers activistes présents à Liège ont quitté les lieux vers 13h ce dimanche. L'organisation Code rouge se réjouit du succès de l'action mais déplore "l'intervention musclée de la police".
Le trafic aérien à Anvers a été paralysé
Code Rouge avait l'ambition de bloquer un aéroport de jets privés à Anvers pour dénoncer le secteur de l'aviation et ses conséquences écologiques et sociales. Code Rouge exige, entre autres, la fin des subventions accordées au secteur de l'aviation, une interdiction des jets privés et des transports publics abordables. Le trafic des jets privés a été paralysé malgré l'arrestation de 600 activistes à Anvers. Aucun jet privé n'a décollé à Courtrai et à Anvers ce samedi.
"Nous sommes tellement fiers de ces 1200 activistes qui ont mené une action pacifique contre les vols de luxe inutiles en jet privé et contre des subventions injustifiées à l'aviation. Cette action montre qu'il n'est plus toléré que l'aviation puisse se développer et polluer sans la moindre entrave, et que les coûts soient supportés par chacun de nous. Un premier pas en avant est pour nous l'interdiction des vols en jet privé et la fin des subventions au secteur de l'aviation associée à des investissements importants dans le transport public abordable", déclare Chloé Mikolajczak de Code Rouge.
Edgar Szoc, le président de la Ligue des droits Humains, qui était présent comme observateur légal, a également été arrêté.
"Le droit fondamental à manifester et la liberté d'expression sont directement menacés par ces arrestations", dénonce Chloé Mikolajczak, porte-parole de Code Rouge. "En nous arrêtant de la sorte, la police se range du côté des grands pollueurs dans leur volonté de nous faire taire".
Des activistes blessés à l'aéroport de Liège
À Liège, les activistes ont bloqué le géant chinois de l'e-commerce Alibaba. Samedi soir ils ont pris la décision de prolonger leur action durant la nuit. Sur les 600 activistes présents sur le site, environ 200 ont pu pénétrer dans l'entrepôt du géant de l'e-commerce Alibaba vers 22h "pour l'occuper pacifiquement", relate le mouvement. Ils ont été violemment délogés par la police, rapporte Code rouge ce dimanche matin.
"Environ 150 activistes ont pénétré dans l'entrepôt et endommagé, entre autres, des colis. Il y avait aussi un risque d'intrusion côté espace de l'aéroport, où les avions décollent", justifie dimanche matin la police fédérale. Lors du refoulement, une partie d'entre eux s'est alors attachée. Des dégradations de matériel ont par ailleurs été constatées dans les bureaux d'Alibaba, ce qui a poussé les policiers à procéder à une septantaine d'arrestations judiciaires.
Plusieurs personnes ont été blessées dans l'opération, indique l'organisation. Une activiste a eu le bras cassé. Elle a été emmenée à l'hôpital Mont Légia et doit se faire opérer ce matin. Des cas d'étranglement ont aussi été constatés, et des personnes "ont été frappées". L'information a toutefois été démentie par la police fédérale. Les observateurs légaux ont également été évacués brutalement par des agents de police équipés de protections anti-émeutes, accompagnés de chiens, toujours selon Code rouge.
62 personnes ont été arrêtées judiciairement, sur le motif de dégradation.
"Nous dénonçons ce nouvel usage disproportionné de la force par la police", déclare Louis Droussin, porte-parole de Code Rouge. "Comme hier à Anvers, où des arrestations massives d'activistes ont eu lieu, la police traite les activistes non-violent·es comme des criminel·les, mais nous ne sommes pas les criminels, les criminels sont ceux que nous dénoncons par nos actions, ceux qui en pleine conscience et uniquement pour continuer leur profit continuent à détruire la planète, à contribuer au déréglement climatique et à créer de l'injustice sociale. Notre mouvement citoyen ne se laissera ni décourager, ni intimider."



Malgré ces événements, une centaine de membres est restée sur le site ce dimanche matin, avant de quitter les lieux vers 13h.
"Dégradations matérielles importantes"
Laurent Jossart, CEO de Liege Airport, a salué dimanche dans un communiqué "la coordination et la collaboration des équipes de sécurité qui sont rapidement intervenues sur le site", tout en condamnant les dégradations commises par les manifestants à l'intérieur des installations de Cainiao. Aucune précision quant à la nature exacte de celles-ci n'a cependant été communiquée, "mais elles sont importantes", indique-t-on encore à l'aéroport de Liège. Ce dernier se réserve ainsi le droit de déposer plainte afin de réparer les préjudices causés. Quant aux critiques qui lui sont adressées, Laurent Jossart explique avoir toujours été ouvert au dialogue sur le sujet: "C'est une des priorités de notre Master Plan. Il s'agit de trouver des solutions ensemble contre les défis qui nous attendent. (...) En matière environnementale, nous avons débloqué un budget d'investissement de 60 millions d'euros pour tripler notre capacité photovoltaïque, construire des bâtiments aux normes environnementales les plus exigeantes, développer la multimodalité avec le rail", détaille-t-il.
Par cette occupation, les activistes dénoncent l'expansion à grande échelle de l'aéroport sur des terres agricoles. "L'aéroport de Liège est l'aéroport qui grandit le plus rapidement en Europe" déclare Louis Droussin pour Code Rouge. "Des millions d'euros d'argent public supportent cette expansion, qui se fait au détriment de centaines d'hectares de terre agricoles. Dans le cas d'Alibaba, toujours plus de camions et d'avions remplis de marchandises de faible qualité causent toujours plus de nuits blanches pour les habitants. C'est tout simplement injuste. Par cette action de désobéissance civile, nous revendiquons l'abandon de nouvelles expansions des aéroports comme celui de Liège, et une transition concertée collectivement pour le personnel de l'aéropor.", précisait samedi Louis Droussin de Code Rouge.
Même si l'action se voulait pacifique, les coups se perdent entre militants et forces de l'ordre. Sur plusieurs vidéos publiées sur le compte Instagram de Code Rouge, on voit des policiers porter des coups. La matraque à la main, plusieurs militants sont frappés par les représentants de l'ordre.
Les revendications et le justificatif de cette action de désobéissance civile sont les suivants : "Le secteur de l'aviation est désastreux pour le climat et la biodiversité. Il nuit à la santé publique et bénéficie de nombreux allégements fiscaux et de millions de dollars de subventions. Tout cela alors que 80 % de la population mondiale n'a jamais pris l'avion et que seulement 1 % est responsable de la moitié des émissions de l'aviation. Il est grand temps de mettre l'industrie de l'aviation au pas et d'opérer un virage à 180 degrés, en donnant la priorité aux personnes et à la planète."


Une manifestation à Bierset en clôture de l'action
Environ 200 manifestants ont marché dans les rues de Bierset pour montrer leur solidarité avec les activistes du mouvement de désobéissance civile "Code Rouge" dimanche après-midi. Les participants se sont rassemblés vers 14h00 à la gare de Bierset, avant de rejoindre le parking devant le terminal de l'aéroport.
Cette ultime manifestation s'inscrivait dans le cadre de l'action "Code Rouge" qui a débuté samedi après-midi avec l'occupation d'une partie du site de la filiale logistique d'Alibaba à Liège Airport. Elle s'est déroulée sous l'impulsion de plusieurs groupes d'actions locaux connus pour leur combat contre le développement de l'aéroport: Stop Alibaba, le Comité Liège Air Propre (CLAP), FIAN, Occupons le Terrain et les Brigades d'actions paysannes (BAPs).
Avant la marche, Xavier De Wannemaeker a pris la parole devant les activistes de "Code Rouge" pour les féliciter de leur abnégation. Selon lui, le mouvement a empêché à Liège le déchargement de 500 camions et de six avions. "C'est dommage pour la violence hier soir. Nous avons écrit l'Histoire avec l'une des plus grandes actions de désobéissance civile de ces dernières décennies. Pas moins de 1.200 activistes se sont exprimés contre ce secteur de l'aviation socialement injuste, mais en faveur de plus d'investissements dans les transports publics, de nature, de terres agricoles, de santé et de justice climatique".
Une autre action de désobéissance civile a en effet été organisée samedi à l'aéroport de Deurne, près d'Anvers, où les polices locales et fédérale ont interpellé quelque 350 militants de Code Rouge lors d'une action d'occupation visant à mettre à mal le trafic des jets privés. Une cinquantaine de militants avaient d'ailleurs réussi à pénétrer dans l'enceinte de l'aéroport avant d'être arrêtés administrativement.
Une manifestation d'environ 200 personnes y a en outre également eu lieu dimanche, pour les mêmes motifs.
Pour Marie-Hélène, de FIAN Belgique, beaucoup de facteurs devraient pousser le politique à freiner le développement des aéroports: "Ce secteur est pourri, pour les enjeux climatiques, pour les enjeux environnementaux, pour les riverains qui vivent autour des aéroports, mais aussi pour les agriculteurs et les travailleurs", a-t-elle clamé. Il y a quelques mois, cette ASBL qui défend le droit à l'alimentation pour tous, s'était mobilisée avec les brigades paysannes contre l'extension de Bierset, la bétonisation des terres et l'expropriation d'agriculteurs.
D'autres actions sont envisagées en 2024.
