Bart De Wever superstar dans les sondages : "L'électeur n'impute pas les difficultés du gouvernement à la N-VA mais aux autres partis"
Pourquoi le Premier ministre affiche une popularité spectaculaire et nettement plus importante que celle des autres représentants de l'Arizona ? Réponse avec le politologue Carl Devos (UGent).
- Publié le 03-06-2026 à 08h28
- Mis à jour le 03-06-2026 à 08h31

La popularité de Bart De Wever en Flandre est impressionnante. La VRT parle "d'une domination sans précédent". Et pour cause. Dans le dernier sondage VRT-RTBF-De Standaard, le Premier ministre est plébiscité par un tiers des répondants.
À la question "Quel homme ou femme politique vous représente le mieux en ce moment ?", 30% ont répondu Bart De Wever et 30 % ont répondu "Personne". La deuxième place du podium est occupée par Tom Van Grieken, président du Vlaams Belang. Mais le leader d'extrême droite arrive loin derrière avec seulement 6 % de plébiscite. La troisième place va à Raoul Hedebouw, président du PTB.
La N-VA épargnée
Les autres représentants de la majorité n'arrivent qu'après. Le président de Vooruit, Conner Rousseau ravit la quatrième place (3 %) et le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke la sixième (2 %). Ils sont suivis de trois figures du CD & V : la ministre de la Justice Annnelies Verlinden (2 %), le président Sammy Mahdi (1 %) et le ministre du Budget Vincent Van Peteghem (1 %).
Au niveau des partis, on observe que la N-VA est la seule formation de la majorité à gagner des points (+ 2,1 points de pourcentage) là où ses partenaires de majorité perdent des plumes : -0,1 points pour Vooruit et -0,6 points pour le CD & V. En Wallonie, le dévissage est encore plus flagrant : -8,2 % pour le MR et -0,7 % pour les Engagés.
Clairement, tous les partis de la coalition fédérale encaissent leur participation au pouvoir, à l'exception de la N-VA. Qu'est-ce qui explique cela ?
"Promesses tenues"
"Selon de nombreux électeurs, la N-VA fait ce qu'elle a promis pendant la campagne : remettre le pays en ordre", analyse Carl Devos (UGent). Le politologue rappelle que les nationalistes ont fait campagne en promettant de gouverner la Belgique "à la flamande". Cela implique des réformes socio-économiques (marché du travail, pensions, lutte contre les malades de longue durée, etc.) et un assainissant le budget. "Il y a une grande demande pour cela en Flandre, où le thème central est celui des finances publiques. Vooruit s'inscrit également dans cette logique."
Le professeur gantois souligne que la mise en œuvre du projet de l'Arizona ne se déroule pas sans heurts. "Les chiffres budgétaires continuent de déraper et il y a beaucoup d'accords complexes et de compromis boiteux" mais cela "ne bouscule pas la N-VA et De Wever" pour autant. Ceux qui prennent les coups, ce sont les partenaires.
Plus les présidents critiquent publiquement, plus s'installe l'impression qu'ils contrecarrent la trajectoire de réforme de la coalition Arizona"
"Tout se passe comme si l'électeur flamand appréciait grandement les intentions et les efforts de la N-VA, et estimait que les obstacles sont principalement dressés par d'autres partis, le MR en tête, mais parfois aussi le CD & V et Vooruit. En d'autres termes, la N-VA et Bart De Wever font de leur mieux, mais ils ne peuvent pas faire plus parce que tout le monde dans la coalition ne les soutient pas suffisamment. Plus les présidents critiquent publiquement, plus s'installe l'impression qu'ils contrecarrent la trajectoire de réforme de la coalition Arizona."
Au-dessus de la mêlée
Carl Devos juge que Bart De Wever parvient à s'élever au-dessus de la mêlée. "Il émerge comme un homme d'État". La distance qu'il parvient à garder avec les médias le distingue par exemple d'un Georges-Louis Bouchez qui est omniprésent dans la presse au nord comme au sud du pays.
"Le président du MR recherche sans cesse les médias et la confrontation. Il trace ligne rouge sur ligne rouge, bloque des accords (comme la réforme de la TVA) et complique ainsi le travail de l'Arizona. En Flandre, la perception est que G-L Bouchez a d'abord envoyé la Vivaldi dans le décor et qu'il est maintenant tout aussi nuisible pour l'Arizona. Mais comme Bart De Wever n'est pas Alexander De Croo et que la N-VA n'est pas l'Open VLD [devenu Anders, NdlR] Bouchez ne parvient pas à déstabiliser gravement le gouvernement. Au contraire, ses provocations inutiles lui reviennent en plein visage comme un boomerang."
Enfin, le politologue prédit qu'en cas de déception, les électeurs que le MR a pris à la gauche "retourneront vers leur écurie" tandis que la N-VA ne souffre pas du même problème. "La N-VA a surtout convaincu des électeurs du CD & V et de l'Open VLD, et ceux-ci n'ont aucune raison de s'en détourner, au contraire. BDW est très populaire auprès des électeurs de l'Open VLD, et le CD & V ne sait pas trop quelle position adopter. Le parti est en quête de lui-même, et son président Mahdi tente lui aussi de donner un profil à son parti par le biais de la différenciation et de la confrontation, mais il y parvient difficilement."
