Il tente de s'emparer de l'arme d'un policier mais est libéré à cause du nouveau Code pénal : Julien Moinil monte à nouveau au créneau
Auditionné ce mardi en commission Justice, le procureur du roi de Bruxelles a détaillé, exemples à l'appui, les failles auxquelles il est confronté au quotidien.

- Publié le 20-10-2026 à 11h45
- Mis à jour le 20-10-2026 à 12h03

Environ 18.000 déferrements depuis le début de l'année dans le cadre des fusillades à Bruxelles, plus de 120 auteurs incarcérés et 15 mineurs placés en IPPJ. Les chiffres communiqués par le procureur du roi de Bruxelles, Julien Moinil, auditionné ce mardi en commission Justice, sont éloquents.
Il a multiplié les exemples concrets pour montrer l'ampleur des failles de la justice. "Cet été, dans un hôpital bruxellois, des policiers accompagnaient un suspect souffrant de maladie mentale. Lors de cette visite, il a essayé de s'emparer de l'arme d'un policier. Heureusement, la vigilance de la police a été très grande : le pire a été évité et le suspect maîtrisé. Vu sa dangerosité, nous avons demandé qu'il soit incarcéré et soumis à un examen psychiatrique, qui s'est déroulé en prison. Le 1er septembre, avec l'entrée en vigueur du nouveau Code pénal, le juge d'instruction a décidé de le libérer, car la tentative de vol n'est plus punie d'une peine de prison mais d'une amende."
Autre cas. "Un suspect a été interpellé en juin pour vente de stupéfiants. Entre sa convocation et son procès, il a récidivé et a été placé sous mandat d'arrêt par le juge d'instruction. En août, le tribunal l'a condamné à 20 mois de prison mais il n'a pas été écroué suite au fait que les peines de moins de trois ans ne sont plus purgées en prison. Il a donc été condamné trois fois et, à chaque fois, il est ressorti le jour même. Pour éviter une incarcération ultérieure, il fait appel. D'où un sentiment d'impunité."
Des comparutions qui n'ont rien d'immédiates
Le procureur a ensuite cité plusieurs mesures de l'accord de gouvernement Arizona dont les effets tardent à se faire sentir. À commencer par la comparution immédiate, censée juger les prévenus dans les délais les plus courts. Pour un dealer, le délai moyen est d'un an du côté néerlandophone, contre quatre mois du côté francophone. "La comparution n'a rien d'immédiat, car nous manquons de magistrats et nous sommes soumis à des contraintes, comme la traduction du dossier dans la langue du suspect."
Autre mesure : la création de chambres spécialisées pour les personnes toxicomanes. "Je rêve d'une justice qui offre un accompagnement aux personnes en errance et qui ne soit pas uniquement répressive. Mais les moyens sociaux et médicaux manquent pour les prendre en charge, tout comme les moyens judiciaires pour organiser des audiences supplémentaires. C'est frustrant."
Un an et demi d'attente pour se faire accompagner
Last but not least… L'accord Arizona prévoit qu'une peine de prison assortie d'un sursis probatoire soit exécutée rapidement. Là encore, on en est loin. "Côté francophone, le délai entre le jugement et le début de la probation (recherche d'emploi, formation, suivi thérapeutique…) est de 18 mois, contre zéro côté néerlandophone. Le condamné entend le jugement, on lui communique les conditions, et le premier entretien de suivi a lieu un an et demi plus tard. Or il devrait avoir lieu dans le mois. Il y a donc un problème au niveau des maisons de justice."
Julien Moinil a également regretté que les grands barons de la drogue incarcérés sortent plus vite de prison que des personnes sans titre de séjour, "car ils ont de l'argent, de bons avocats et la possibilité d'obtenir des mesures de libération anticipée."
Il est enfin revenu sur les brouilleurs installés récemment dans certaines prisons. Selon lui, ils n'empêchent pas les communications vers l'extérieur. "Il y en a six du côté francophone et six du côté néerlandophone. D'après les informations qui me remontent du terrain, quand les détenus sortent de leur cellule pour le préau ou une activité, ils demandent à d'autres détenus d'appeler à leur place et contournent ainsi les brouilleurs. Il faudrait brouiller toute la structure, pas seulement les cellules, même si l'effort est à souligner", conclut-il.