Claude Moniquet : "La politique, c'est fini. Des erreurs? Oui j'en ai fait!"
Claude Moniquet, ex-journaliste à Ciné Revue dans l'Affaire Dutroux et en même temps, agent secret pour les Français : "Non, ça ne me pose pas problème"
- Publié le 12-07-2020 à 08h48
- Mis à jour le 04-10-2020 à 20h50

Omniprésent dans la précédente crise - celle de la menace terroriste et des attentats - Claude Moniquet a disparu des radars. En dépit d'un bon score personnel - 3 526 voix - l'expert en terrorisme et journaliste lancé en politique - les Listes Destexhe puis comme président des Libéraux Démocrates - n'a pu se faire élire en mai 2019. Nous avons retrouvé un Moniquet allégé (25 kilos en moins grâce à la marche et à une alimentation surveillée), et qui a quelque chose à dire : la politique, c'est fini !.
"J'ai fait des erreurs dans ma vie. La plus importante, m'essayer à la politique. Cela m'a coûté du temps. Cela m'a coûté de l'argent personnel, environ 20 000 euros. Ça m'a coûté ma place à RTL chez qui j'étais sous contrat de consultance. Pour un résultat décevant, malgré un score qui me plaçait devant 60 autres qui eux ont été élus. Après cela, le parti a commencé à se déliter et comme beaucoup de partis à la droite du MR, à attirer des gens plus populistes, plus extrêmes sur certains sujets."
C'était paradoxal de vous trouver à la droite de la droite, vous qui à 19 ans militiez à l'extrême gauche ?
J'avais 19 ans, j'en ai 62 et je partage comme Churchill que si on n'est pas de gauche à 20 ans, on n'a pas de cœur, tandis que si on est toujours à gauche à 40, c'est qu'on n'a pas de tête. En France, je serais sarkozyste. Mon ancien parti, dont je ne suis plus le président ni même membre, continue d'exister, je suppose. Ce qu'il fait ne m'intéresse pas. C'est sans regret sinon d'avoir perdu du temps. Alain Destexhe reste un ami. C'est un type bien, Alain, caricaturé de manière injuste. On lui doit la Commission d'enquête Rwanda et le rapport sur la Belgique dans la Shoah, on l'oublie."
Toujours directeur de l'ESISC (European Strategic Intelligence and Security Center), Moniquet se recentre sur son ADN, l'analyse stratégique en lien avec le terrorisme, le crime organisé et les événements distructeurs (avec "i"), dont la crise mondiale due à la pandémie de Covidc 19 fait partie.
"Mon analyse est que la Belgique a plutôt très bien géré la situation. Comme tout le monde, on partait de rien, on naviguait à vue. On a connu les mêmes problèmes liés aux masques et comme les autres pays, changé de discours - utiles, pas utiles- à partir du moment où les masques sont arrivés. En on n'en a pas fini. E En Europe, on va perdre des millions d'emplois. L'argent qu'on a perdu, on ne le le récupérera jamais. Il va y avoir des problèmes psy chez tous ces gens qui ne se remettront pas d'avoir laissé mourir des parents dans les homes. 10.000 morts ? C'est six fois une très grosse grippe mais peut-être que si on n'avait pas confiné, on avait 30 000 ou 100 000 morts. Confiner ou pas ? On n'avait pas le choix."
La crise a profité à qui ?
"Aux Chinois. Désormais, je n'aurai plus de mot hostile envers la Chine parce que les Chinois, ce sont nos futurs maîtres et qu'il ne faut pas se froisser avec nos futurs maîtres (sourire). Ce sont les Chinois qui y ont gagné, les seuls qui ont les moyens économiques, le cash."
La pandémie est partie de Chine ? Un hasard ?
"Je ne suis pas du tout complotiste. Je suis persuadé que c'est un accident mais persuadé aussi que la Chine a manqué de transparence dans la communication, et que ça nous a nui. Je ne vois pas la vague finir avant 12 mois. Ce sera la pire crise économique depuis 1929, malgré la guerre. Elle signe la fin des États-Unis comme première puissance mondiale, à cause de Trump et de sa gestion scandaleuse. Trump n'a pas fait le job."
Wikipédia vous décrit, je cite, comme un "personnage bavard et vaniteux, porté sur l'alcool et sur l'argent".
"Celui qui me décrit ainsi, l'agent Pierre Siramy, de son vrai nom Maurice Duffresse, est mort d'un cancer, paix à ses cendres. Duffresse, qui fut mon chef pendant 3 mois quand j'opérais pour la DGSE (les services français) a été condamné en France pour violation du secret-défense et exposition de personnel protégé, dans un procès dans l'instruction duquel j'ai témoigné contre lui. Vous aurez compris."
Vous avez été agent de terrain pour les services français (pas belges, ni israéliens) tout en collaborant en tant que journaliste à partir de 1995 notamment pour Ciné Revue dans l'affaire Dutroux ? Ça ne vous pose pas de problème ?
"Quand vous êtes espion, vous êtes obligé d'avoir une couverture, ça tombe sous le sens, vous n'avez pas le choix. Le journalisme était une couverture dont je me suis servi pour voyager au Moyen Orient, dans les pays de l'Est. Les services français se sont intéressés aux tueries du Brabant dans la mesure où il pouvait y avoir éventuellement une implication de services belges ou de milieux d'extrême droite. Mais dans aucune affaire, ils ne m'ont demandé d'écrire de manipuler dans un sens ou dans l'autre comme ils ne m'ont jamais demandé de renseignements sur des collègues (journalistes). Pour l'affaire Dutroux, ni pour Ciné Revue ni pour les divers médias français auxquels je collaborais (JDD, Valeurs Actuelles, La Marche du Siècle de Cavada), je travaillais pour la DGSE mais n'ai jamais cherché à manipuler."
Vous passez pour expert en terrorisme. Infaillible ?
"Celui qui, en 40 ans de carrière, affirme ne s'être jamais trompé, c'est soit qu'il a eu beaucoup de chance, soit qu'il ment. Je me suis gouré. J'assume avoir dit que Salah Abdeslam n'était plus en Belgique alors qu'il était à Bruxelles. Quand je l'ai dit sur RTL TVI, je relayais un consensus qui était celui à ce moment des services français et de certains intervenants belge. J'ai péché par orgueil. Cela m'a valu des sarcasmes qu me touchent assez peu vu que j'ai la peau assez dure. Quatre mois plus tôt après la fusillade de Saint Denis, j'étais le premier à affirmer chez Fogiel, sur BFM et ailleurs, qu'Abaaoud avait été tué sur place. Je me basais sur les mêmes sources que celles qui me disaient que Salah ne se trouvait plus en Belgique. Je me trompais. Qui ne se trompe pas ? "
