Neuf maisons en Belgique
- Publié le 23-01-2007 à 07h15
Chez Emmaüs, chacun doit vivre de son travail
BRUXELLES A la sortie d'études qu'il n'a pas achevées, Jacques Devos a choisi de vivre parmi les déshérités. "C'est un choix de vie que mes enfants ont adopté à leur tour et, maintenant, ce sont mes petits-enfants." Jacques Devos vit au sein de La Poudrière, une communauté qui est née en 1958 à l'initiative de deux prêtres (également moines chez les Oblats) et d'un couple. Ils avaient installé leur maison d'accueil à la Porte de Ninove, à Bruxelles, dans un quartier que l'on appelait le coin du diable. C'est dire... L'adresse : 62, rue d e la Poudrière. D'où le nom de la communauté.
Comme chez Emmaüs, la Poudrière vivait de la récupération d'objets, de vêtements et de meubles; du tri, de la restauration et de la revente. Une deuxième maison fut ouverte en 1963, à Rummen, dans le Brabant wallon, où l'on pratiquait également l'élevage de poules et de porcs et la taille de pommiers dans un verger de deux hectares et demi.
En 1976, l'abbé Pierre demandait à la Poudrière de reprendre la communauté Emmaüs de Drogenbos. Il y eut des hésitations. Les deux communautés ne poursuivaient pas les mêmes objectifs. L'abbé Pierre insista. La Poudrière finit par accepter. Depuis 1984, cette maison a déménagé à Anderlecht et il existe des Poudrières à Péruwelz et à Vilvorde.
Jacques Devos : "En 48 ans, ce sont plus de 4000 personnes qui ont choisi de vivre chez nous ou qui ont été poussées par les événements. Ils sont restés entre huit jours et quelques années. Le temps de se dépanner et de trouver un tremplin. Ou tout simplement de réapprendre à vivre. Selon le mot de l'abbé Pierre : "La vie, c'est quelques années pour apprendre à aimer."
Jacques Devos a souvent rencontré l'abbé Pierre : "Lorsqu'il séjournait à Bruxelles, il venait dormir chez nous, rue de la Poudrière. Mais pendant huit ans, j'ai aussi siégé au sein d'Emmaüs International et là, je l'ai rencontré au moins une fois par mois. Sans compter des voyages en Amérique Latine, en Afrique et en Asie."
Actuellement, les cinq maisons de la Poudrière accueillent une soixantaine de personnes, y compris des familles avec des enfants.
De l'analphabète à l'ingénieur
Dans les maisons Emmaüs de Marchienne et de Lodelinsart, on n'accueille par contre que des hommes. À Emmaüs Quart-Monde (à Mont-sur-Marchienne), ils sont actuellement huit. Guy Renaux : "Cela peut aller de l'analphabète à l'ingénieur qui a pêté les plombs après des conflits familiaux. En passant par ceux qui sortent de prison et qui, souvent, se comportent très bien lorsqu'ils sont chez nous. Mais ce sont des gens qui ont connu de très grandes difficultés et qui trouvent chez nous un logement, le couvert et une structure pour se relancer dans la vie. Ne fût-ce qu'une adresse de référence qui leur donne droit au CPAS."
Mais à Mont-sur-Marchienne comme ailleurs chez Emmaüs, chacun doit vivre de son travail. Et respecter un règlement assez strict : "Nous ne voulons ni de l'alcool ni de la drogue. Pas de vol non plus. Sinon, malgré notre bon coeur, nous sommes contraints de mettre nos compagnons à la porte. Mais, quand ça arrive, on ne le fait pas n'importe comment. On leur laisse toujours le numéro de l'urgence sociale qui oeuvre aussi pour ces gens-là."
© La Dernière Heure 2007
