Dites... casual games

Erik Machielsen

On a gardé la dénomination anglaise pour désigner les casual games, jeux destinés aux joueurs occasionnels

BRUXELLES Les joueurs occasionnels composent la majorité silencieuse d'un public que Satoru Iwata, président de Nintendo, s'est fait fort, il y a déjà trois ans, de convaincre avec la DS d'abord et la Wii ensuite. Dans les deux cas, c'est grâce à la manière de jouer que le pari a été gagné.

Si les premières années, les jeux vidéo, par l'austérité de leurs règles imposaient une simplicité d'emploi qui leur valu l'adhésion des enfants, leur évolution, et celle de leur public a compliqué les choses, larguant ceux qui n'avaient pas suivi le mouvement. Car si ces derniers pouvaient s'extasier devant un réalisme qui n'a cessé de croître, le passage du joystick de l'Atari 2600 (un manche et un bouton) au joypad à croix directionnelle, boutons et touches compliquait singulièrement les choses.

Alors que tout un chacun avait pu s'éclater à Space Invaders ou guider Pac-Man dans ses labyrinthes, les jeux de combat comme Double Dragon puis Street Fighter II nécessitaient une gymnastique des doigts qui a créé une élite : celle des hard core gamers . Avec eux, les combos , les combinaisons des coups qui se succèdent, pouvaient prendre leur essor.

L'élite pour tous

Cette élite s'est crée au détriment des jeux qui avaient imposé la console : la Game Boy , par exemple, se serait-elle imposée aussi vite sans le Tetris qui l'accompagnait ? Les jeux ont aussi commencé à s'allonger, permettant au joueur de s'immerger dans un univers dont les décors variaient au fur et à mesure qu'il progressait.

Le jeu purement récréatif aurait-il perdu du galon ? De fait, il a toujours été là avec la réussite, ce bête jeu de cartes virtuel vers lequel les largués que nous évoquions plus haut allaient lorsqu'ils voulaient tuer le temps ou décompresser entre deux tâches. Ces petits jeux, intégrés dans le système d'exploitation des PC, qui viennent toujours à point quand on s'ennuie.

Plus récemment, quand la navigation sur Internet s'est démocratisée et que de plus en plus de foyers s'en était équipé, on a constaté que les sites qui proposaient des jeux style poker, mah-jong programmés en langage flash (également utilisé pour les jeux sur GSM) comptaient parmi les plus visités.

C'est d'ailleurs pour ceux-là que l'expression de casual game a été créée.

Le jeu est un plaisir et doit le rester

La technologie évoluant, le jeu vidéo a donc tendu vers plus de réalisme. Mais on tournait en rond. C'était beau, mais bon, à part ça ? Le plaisir du jeu, son instantanéité, son approche intuitive, où étaient-ils ? C'est donc là qu'arrive Nintendo et sa manière de jouer autrement, intuitivement.

Soyons honnêtes : si la Wii et sa Wiimote ont relevé avec éclat le défi, il faudrait peut-être rappeler que le principe de détection de mouvements s'était déjà manifesté, et avec beaucoup de réussite aussi, avec l'EyeToy , la caméra/accessoire de la PS2 qui permettait, une fois le DVD du jeu mis dans la console de ne plus gérer un jeu qu'avec des gestes.

Mais la Wiimote a cela de bien, qu'elle est malgré tout un objet. Psychologiquement, ça compte lorsqu'on l'assimile à un club de golf, à une raquette de tennis, à une épée. Et de plus, les grands gestes qu'elle induit en font aussi un outil qui permet de se dépenser physiquement.

Quant à la DS, c'est pareil : le stylet permet de pointer, de dessiner, de jouer plus instinctivement. Nintendogs et ses chiens qu'on peut caresser ou shampouiner ont fait mouche : les femmes ont adhéré. Mais ce sont les test brefs, quotidiens et rigolos du Dr. Kawashima qui renforcent la notion de casual games . Le jeu, contrairement à ce qu'en disent les détracteurs n'a pas la prétention de rendre plus intelligent, mais simplement d'entretenir le cerveau, comme on le fait d'un muscle.

Son succès a poussé deux éditeurs importants, Ubisoft et Electronic Arts, a créé des cellules dédiées au développement de jeux tous publics. Après nous avoir gratifié d'un Jam Sessions (qui permet de simuler une guitare et même de composer des morceaux), une série My coach , qui sortira dans les prochains jours, couvre l'apprentissage du vocabulaire de la santé. Tous respectent, grosso modo le cahier de charge qui définit la quintessence du casual game parfait : rapides à jouer, une compréhension immédiate (pas besoin de lire le mode d'emploi), des niveaux brefs, un plaisir immédiat, utilisables par tous : enfants, famille, femmes, gens âgés, une approche instinctive (pas besoin d'assimiler des mécanismes compliqués), des défis simples. Et, si possible, un petit prix. Ça aide.



© La Dernière Heure 2007

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