Altavista, Napster, Kazaa, Caramail, My Space, MSN Messenger et bientôt iTunes : le fort bien garni cimetière des pionniers du Web
- Publié le 04-06-2019 à 17h18
- Mis à jour le 04-06-2019 à 17h46

Depuis l'avènement de la Toile, nombre de projets et d'entreprises ont été des géants avant de disparaître corps et âme. Aujourd'hui, seuls leurs noms évoquent encore - parfois - un âge d'or désormais révolu. C'était écrit dans les étoiles, les jours d'iTunes étaient comptés depuis un bon moment. Apple le savait et a mis fin au suspens ce lundi en annonçant que sa plateforme prenait sa retraite. Les services qu'elle assurait depuis le début des années 2000 seront désormais dévolus à trois applications distinctes dédiées respectivement à la musique, aux podcasts et à la télévision. À l'heure où le streaming est devenu la norme pour écouter de la musique et de plus en plus regarder la télévision, l'outil était dépassé. Il ne va survivre sous ce nom que pour les utilisateurs de Windows mais sans plus être mis à jour.
Avec la disparition d'iTunes, c'est un chapitre de l'histoire de la musique qui se referme. Mais aussi une page qui se tourne dans le domaine de l'informatique. C'est un des derniers dinosaures qui disparaît et rejoint un cimetière déjà bien garni où reposent de nombreux autres géants du Web. On y trouve pêle-mêle des mammouths comme les portails Lycos, AOL, Compuserve, Infonie ou Wannadoo, des navigateurs comme Netscape, etc. Tous ont connu leur heure de gloire avant de disparaître - ou presque - dans l'anonymat le plus complet.
Napster, le grand méchant loup
Au crépuscule des années 90, le mp3 n'est pas encore l'incarnation du piratage qui a bouleversé l'industrie du disque. En ces temps reculés - plus de vingt ans à l'échelle de l'informatique, c'est une éternité -, la plupart des connexions Internet se traînaient encore lamentablement avec des modems poussant des "cris" de bêtes qu'on égorge en guise de signal de fonctionnement. Tout a changé avec l'arrivée progressive des lignes à haute vitesse connectées en permanence qui deviendront l'ADSL que nous connaissons aujourd'hui. C'est avec elles qu'est né le P2P (peer-to-peer) qui permet à des ordinateurs individuels de se connecter entre eux pour s'échanger des fichiers, notamment musicaux.

Entre autre créé par Sean Parker qui participa aussi à l'élaboration de Facebook, Napster a été un pionnier de ces services d'un nouveau genre. En quelques semaines seulement, il est devenu la bête noire de l'industrie musicale, accusé de violer sans vergogne les droits d'auteurs. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, la justice l'a contraint de mettre la clé sous le paillasson. C'était en juillet 2011 alors qu'il avait attiré quelque 80 millions d'utilisateurs.
L'année suivante, la marque Napster a été rachetée pour devenir une plateforme de vente de musique en ligne. Mais c'était sans compter sur le succès d'iTunes qui a remporté la mise au profit d'Apple. De rachat en rachat, Napster est finalement devenu un service de streaming audio en 2011. Il a cependant toutes les peines du monde à percer face aux cadors que sont les Spotify, Deezer, Apple Music et consorts, même s'il enregistre un petit succès aux États-Unis.
eDonkey, eMule, Kazaa & Co
Napster rapidement neutralisé, les utilisateurs de la Toile se sont tournés vers d'autres outils P2P pour télécharger, illégalement ou pas, leurs fichiers. Créé en 2000, eDonkey s'est rapidement taillé une solide réputation dans cet exercice. À nouveau, bien trop aux yeux de l'industrie musicale. En 2006, la Recording Industry Association of America est parvenue à museler le logiciel et à fermer son réseau. Même sentence dès l'année suivante en France où de nombreux serveurs ont été réduits au silence. En attendant, eMule, un autre service du genre, s'était aussi invité dans la danse avec un succès indéniable, à l'instar de Kazaa.

Malgré les saisies de serveurs qui n'ont jamais cessé - le plus gros, Razorback 2, ayant été neutralisé en Belgique en 2006 - la plateforme a continué de prospérer jusqu'au début des années 2010, époque à laquelle elle a été supplantée par les sites de téléchargement du type Megaupload et l'avènement des clients Torrents.
MySpace, le précurseur des réseaux sociaux
Il fut un temps où MySpace paraissait capable de faire la pluie et le beau temps pour les chanteurs et autres musiciens. Ceux-ci y partageaient une partie de leur musique à l'heure où l'industrie du disque subissait les coups du piratage XXL, où le secteur ne savait plus où donner de la tête, perdu entre la révolution iTunes et des chiffres d'affaires en déroute. Deux ans après son lancement en 2003, la plateforme a été rachetée près de 600 millions de dollars par le groupe de Ruppert Murdoch. Elle pointe alors parmi les 5 sites les plus consultés du monde !

Mais cet âge d'or va rapidement s'estomper. À partir de 2009, MySpace n'a plus été en mesure de concurrencer des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter devenus les rois du secteur. Deux ans plus tard, le service est vendu pour moins de… 60 millions de dollars. Depuis, il n'est plus que l'ombre de lui-même. Il a bien tenté de se réinventer mais même avec l'aide de Justin Bieber, il végète. Dernièrement, il a même annoncé avoir perdu 12 années de données de ses clients. Le signe d'une fin imminente ?
Caramail, MSN Messenger et Skyblog : le web social d'avant Facebook
Sans doute faut-il avoir été un jeune ado ou jeune adulte vers la fin des années 90/début des années 2000 pour avoir connu CaraMail. Pourtant, le père du "chat" et de la discussion de groupe (salons) en webfrancophonie, c'était lui ! Passé de mains en mains (et notamment entre celles de Lycos), la plate-forme recensait 28 millions de comptes à son plus haut, vers 2003. Entre choix stratégiques douteux et avaries techniques, le portail mourra de sa petite mort en 2009.

Pondu par Microsoft, MSN Messenger (devenu en cours de route Windows Live Messenger) était encore d'un autre acabit : ce "chat" géant planétaire, né en 1999 et débranché en 2013, aura, à son sommet, vu "clavarder" 330 millions d'abonnés actifs !

Enfin, comment ne pas citer l'essor fou, dans les premières années du deuxième millénaire, de la plateforme Skyblog.com ? Proposée par la radio française Skyrock, elle permettait à chaque internaute de créer son blog, son espace perso en ligne, gratuitement. Devenu depuis Skyrock.com, le portail, qui a tenté de muter en réseau social plus complet, vivote toujours. Mais il est de moins en moins mis à jour...
AltaVista, le roi des moteurs de recherche... avant Google
Les moins de 30 ans l'ignorent sans doute mais il y avait une vie avant Google. Tous ceux qui avaient la chance d'avoir un ordinateur et une connexion Internet pendant la seconde moitié des années 90 n'avaient qu'un nom à la bouche lorsqu'il s'agissait de faire une recherche sur la Toile : AltaVista. Créé en décembre 1995, il a été le premier moteur de recherche capable d'indexer rapidement une bonne partie des pages présentes sur le Web mais également des fichiers multimédias comme du son, de la vidéo et des images.

Lors de sa période de gloire, AltaVista mettait en œuvre 20 serveurs totalisant un espace de 500 Go capables de répondre à plus de 13 millions de requêtes par jour. Des caractéristiques colossales pour l'époque qui ne pesèrent cependant pas bien lourd face à Google qui, deux ans seulement après sa création en septembre 98, est devenu le premier à indexer plus d'un milliard de pages et règne depuis sans partage sur la recherche Internet avec pas moins de 3,3 milliards de visites quotidiennes.
En totale perdition dès l'avènement du nouveau millénaire, AltaVista a été racheté par Yahoo en 2003. Il lui faudra encore une dizaine d'années avant de rejoindre le cimetière des services informatiques le 8 juillet 2013, lui aussi dans l'anonymat le plus complet.