iTunes, le coup de génie d'Apple… pas épargné par les flops
iTunes est mort, vive iTunes !
- Publié le 08-06-2019 à 18h13
- Mis à jour le 08-06-2019 à 18h19

Clap de fin pour le service de téléchargement. Il tire sa révérence, non sans avoir révolutionné notre façon de consommer la musique et avoir permis à la marque de se faire une place dans le secteur. iTunes est mort, vive iTunes ! Après 18 ans de services, la plateforme de téléchargement d'Apple tire sa révérence. La marque à la pomme l'a enterrée lors de la WWDC, sa conférence annuelle des développeurs qui s'est tenue ce lundi 3 juin. iTunes a été dépecé pour désormais exister en trois applis distinctes : Apple Music, Podcasts et Apple TV. Lancé en 2001, le logiciel voulu par Steve Jobs avait pour but d'accompagner le développement de l'iPod lancé au même moment. En réalité, il a surtout permis à la firme de Cupertino de mettre un pied dans l'industrie musicale alors que celle-ci voyait ses ventes de disques s'écrouler sous les coups du téléchargement illégal.
Si iTunes s'est révélé être une véritable révolution dès sa création, cela faisait déjà des années qu'il se montrait dépassé et que sa fin semblait inéluctable. "Techniquement, il pose problème depuis longtemps, il est très lourd et demande beaucoup de mises à jour, c'est assez pénible pour les utilisateurs. En plus de la musique, il rassemblait également des vidéos, des applications et des jeux vidéo. Il devenait ingérable d'avoir un logiciel à télécharger pour avoir accès à ces données", explique Sophian Fanen, auteur du livre Boulevard du Stream (2017). Et si l'annonce de cette mise à mort annoncée a tardé, c'est notamment parce que "les utilisateurs d'Apple sont un peu conservateurs et résistants aux changements. Apple a réalisé que pour être plus compétitif dans le milieu de la musique, il doit se spécialiser davantage. Ce à quoi répond la nouvelle application Apple Music", nous fait remarquer le spécialiste américain de l'industrie musicale, Mark Mulligan.
Grâce à son interface élégante et facile d'utilisation, iTunes a offert pendant tout un temps un lieu agréable pour les utilisateurs où ceux-ci pouvaient acheter des titres ou des albums, construire des playlists et découvrir de nouveaux artistes. Le logiciel était à l'époque la seule proposition crédible d'offre légale pour la musique face aux sites comme Naspter ou Limewire qui pratiquaient le peer-to-peer, permettant l'échange des fichiers entre internautes. "Avant, on manipulait des fichiers. mp3 qu'il fallait retrouver sur son ordinateur, avec iTunes on s'est mis à manipuler des chansons", indique Sophian Fanen. Couplé à l'iPod, Apple a créé un écosystème efficace en terme d'ergonomie et de marketing.
Une économie du titre
Les mp3, les sites illégaux de téléchargement et iTunes ont profondément modifié notre manière de consommer de la musique. "Sur Napster, la plupart des internautes téléchargeaient des chansons, les tubes du moment, les trois titres qu'ils voulaient d'un certain groupe", assure le co-fondateur du média français Les Jours, qui assure que Steve Jobs en avait bien conscience. "Quand il a négocié avec les maisons de disque, il a insisté pour qu'iTunes puisse vendre des fichiers isolés. Au début, elles ne voulaient que vendre des albums entiers".
La suite lui a donné raison étant donné que les chansons isolées, vendues pour 0,99 cents, se sont énormément vendues. Un mode de consommation que persiste toujours aujourd'hui avec le streaming et son économie du titre. Plus le temps pour de longs albums, on sélectionne et on pioche quelques titres qui nous intéressent. Pour le journaliste, iTunes "a été un révélateur de cette écoute extrêmement différente que par le passé".
En 2008, Apple était le plus gros vendeur de musique aux États-Unis. Dix ans plus tard, par contre, le téléchargement ne représente plus que 11 % du chiffre d'affaires de l'industrie musicale. En Belgique, il passe même sous la barre de 10 %. Le streaming, lui, s'offre une marge de progression inouïe et atteint les 75 % outre-Atlantique pour ce premier trimestre de 2019.
Le streaming a ringardisé le téléchargement. D'une écoute à l'achat, on est passé à une écoute à la demande. Spotify, Deezer, Tidal, mais aussi Apple Music sont les plateformes d'écoute de musique les plus plébiscitées. Acheter des titres à la pièce est devenu obsolète. Pour Sophian Fanen, iTunes était une parenthèse nécessaire à la bascule du monde de la musique vers la dématérialisation. "On n'aurait pas pu passer directement du CD ou du mp3 directement vers le streaming, il a fallu passer par cette phase de téléchargement légal et illégal". Et ces plateformes de streaming doivent beaucoup à iTunes selon l'américain Mark Mulligan : "Elles s'en sont beaucoup inspirées, notamment concernant leur aspect et la manière dont le contenu est agencé et programmé".
Si iTunes ne risque pas de tellement nous manquer, le logiciel imaginé par Steve Jobs aura notamment permis à l'industrie musicale de sortir la tête hors de l'eau et d'anticiper l'ère du tout numérique.

Pas de succès sans flops
Au cours de sa vingtaine d'année d'existence, la plateforme d'Apple a aussi connu des ratés monstrueux.
Si iTunes a servi de bouée de sauvetage à l'époque où l'industrie musicale était en pleine crise, le logiciel a aussi connu certains moments moins glorieux. Retour sur les quelques-uns des ratés d'Apple épinglés par le magazine Rolling Stone.
Le cadeau qui fait pschiiiiiit
En 2004, à l'occasion du Super Bowl, Pepsi et Apple s'associent le temps d'une publicité quelque peu confuse mettant en scène des adolescents poursuivis pour téléchargement illégal qui déclarent qu'ils n'arrêteront pas tout en buvant du Pepsi. Le tout s'accompagne d'une reprise de la chanson "I Fought The Law" par Green Day. À cette occasion, Apple propose d'offrir gratuitement 100 millions de chansons via iTunes. Les codes de celles-ci étaient placés dans les bouchons de la boisson gazeuse. Ces bouteilles spéciales distribuées en quantité limitée n'ont pas fait recette. Seulement cinq millions de titres ont été téléchargés.
Ping, plouf…
Annoncé comme le concurrent de MySpace, le réseau social consacré à la musique, iTunes Ping a connu une courte existence. Deux ans seulement. Lancé en 2010, Ping permettait de partager ses goûts musicaux avec ses amis, de donner des avis sur des albums et de suivre l'actualité des artistes. Ce projet a été élu comme l'un des plus grands flops technologique de cette année-là par CNN et le magazine Business Insider.
L'indésirable U2
Tout le monde se souvient encore du jour où l'on s'est retrouvé avec un album entier de U2 dans sa bibliothèque iTunes sans rien avoir demandé. En 2014, pour la sortie de Songs Of Innocence, Apple et le groupe irlandais lancent une grande opération marketing aux méthodes de distribution contestables. Valeur : 100 millions de dollars. 500 millions d'utilisateurs se sont vus imposer cet opus du jour au lendemain. "C'est excitant et c'est une leçon d'humilité de penser que des gens qui ne connaissent pas U2 ou écoutent du rock pourraient écouter ça", avait déclaré à l'époque Bono. Beaucoup d'utilisateurs ont plutôt perçu cette initiative comme une intrusion dans leur vie privée.