Les deux semaines de familiarisation avant d'entrer "pour du vrai" à la crèche visent le bien-être des bébés et des petits enfants
La réforme des milieux d'accueil de la petite enfance, qui doit aboutir en 2025, est en cours. Elle veut améliorer la qualité et l'accessibilité des crèches, subsidiées ou non. Exemple : l'acclimatation préalable des (tout) petits à leur nouvel environnement.
- Publié le 22-09-2023 à 12h16

Des centaines de parents se sont retrouvés Gros Jean comme devant au cours de l'été parce que la crèche de leur enfant, étranglée par l'explosion des coûts (notamment énergétiques), avait mis la clé sous le paillasson. Les fermetures touchent surtout les crèches privées. Un dispositif d'urgence a été mis à la disposition de ces structures et une cellule d'aide a aidé les familles concernées à trouver une nouvelle solution pour leur petit bout. Alors que l'offre de places en milieu d'accueil reste largement insuffisante et que les jeunes parents galèrent toujours pour dénicher une accueillante ou une crèche avec une place disponible.
Ces mauvaises nouvelles s'inscrivent dans une phase de transition importante pour le secteur de la petite enfance : la mise en œuvre de la réforme Milac (pour milieux d'accueil), votée en 2019, qui implique une nouvelle organisation, à la fois pour l'Office de la naissance et de l'enfance (ONE) et les pouvoirs organisateurs des milieux d'accueil. Les milieux d'accueil qui existaient avant le 1er janvier 2020 ont jusqu'en 2025 pour s'y conformer.
Rappelons que cette réforme vise avant tout à accroître la qualité des crèches, dans l'intérêt des enfants et des familles.
Une période cruciale
Exemple : l'acclimatation du (tout) petit enfant avant d'intégrer son nouvel environnement. La réglementation adoptée il y a 4 ans par le gouvernement francophone a officialisé la nécessité d'une période d'habituation, cruciale pour le bien-être de l'enfant, des parents et des professionnels. L'article 12 de l'arrêté du 2 mai 2019 précise ainsi que le pouvoir organisateur de chaque milieu d'accueil doit prévoir "une période de familiarisation au cours de laquelle chaque enfant est accueilli […], progressivement avec et sans ses parents, en vue de faciliter la transition" entre le milieu de vie et la crèche.
Si le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles n'a pas fixé de durée précise, le modèle de contrat que propose l'ONE en application de cette réglementation prévoit des balises organisationnelles de ces moments de rencontre, scindés, idéalement, en minimum cinq périodes au cours desquelles une maman ou un papa est présent et, ensuite, minimum cinq périodes sans le parent.
Un modèle déjà largement généralisé
En clair, l'adaptation en crèche, "un temps nécessaire" préalable à l'entrée en milieu d'accueil, s'étale sur deux semaines, selon l'Office de la naissance et de l'enfance. Parfois plus, en fonction des besoins de certains enfants.
Ces deux semaines de familiarisation sont-elles obligatoires ? Dans les milieux collectifs d'accueil de la petite enfance, subventionnés par l'ONE (qui représentent les trois quarts de l'offre d'accueil des tout-petits en Fédération Wallonie-Bruxelles), les contrats d'accueil doivent le prévoir pour être validés. C'est donc une manière de contraindre les crèches subsidiées de se conformer à ces règles. "Mais ces modèles y sont déjà utilisés depuis très longtemps", précise-t-on au cabinet de Bénédicte Linard (Écolo), ministre francophone de l'Enfance. Cette familiarisation d'une durée de deux semaines y est déjà largement généralisée.
Objectif : uniformiser les pratiques
"On vise à étendre ce modèle dans les milieux d'accueil non subventionnés pour uniformiser les pratiques", précise-t-on au cabinet Linard. Par le passé, on a pu constater des périodes de familiarisation trop courtes, entraînant de vraies difficultés au moment où l'enfant entrait "pour du vrai" à la crèche.
Ces crèches privées (qui ne reçoivent pas de subsides mais doivent être agréées par l'ONE) représentent environ un quart des places collectives d'accueil pour les petits francophones.
Sachant que la participation financière demandée aux parents y est en général plus élevée pour les milieux d'accueil non subventionnés, on trouve une part plus importante de crèches privées dans les zones économiquement plus aisées. Aux deux extrêmes, on trouve le Brabant wallon (42 % de places non subventionnées) et le Hainaut (13 %), montrent les derniers indicateurs (disponibles au 1er septembre 2023) de l'Iweps, l'Institut scientifique wallon de statistique.