Après la hausse durant les années Covid, le secteur du jouet plombé par les crises: "Les enfants se détournent des jouets traditionnels"
Après avoir profité de la crise du Covid, le niveau de vente est en chute libre.
- Publié le 25-01-2024 à 16h25

Après La Grande Récré, déclarée en faillite en 2018, les déboires de Maxi Toys en 2020 ou, plus récemment, les difficultés rencontrées par Dreamland, c'est au tour de Fun de traverser la tempête.
Depuis lundi, un grand déstockage est en cours pour tenter de dégager les fonds nécessaires au versement des salaires des employés.
Les "années Covid" ont fait grimper les ventes dans le secteur du jouet, mais ces deux dernières années sont particulièrement difficiles. "Durant la crise du Covid, la vente de jeux de société, de puzzles ou de jeux de jardin et de piscines gonflables a dopé le marché. Il fallait bien que les familles confinées trouvent des occupations pour les enfants", indique Marc Dhooge, président de la Fédération belge du jouet.
Aujourd'hui, cette demande a fortement baissé. "Le mois de décembre a été très bon dans la plupart des enseignes, mais il est loin de rattraper les autres mois de l'année, où les ventes sont nettement moins bonnes. Après la période du Covid, on est revenus aux niveaux de 2019, mais ce n'est pas suffisant car les salaires et les charges ont fortement augmenté."
Si Fun est en difficulté, c'est aussi parce que "ce ne sont pas des vendeurs de jouets, mais des actionnaires qui sont à la barre. Si les résultats ne sont pas au rendez-vous ou que les bonus ne sont pas à la hauteur, ils demandent des comptes."
La concurrence d'Internet est aussi pointée du doigt par Marc Dhooge. "Et pourtant, l'écart de prix entre les pure players et les magasins physique a été résorbés. La crise du Covid a aussi poussé les enseignes à investir le secteur, mais cela ne suffit pas à rattraper les ventes. On voit aussi que, depuis la crise de l'énergie, il y a un manque de fréquentation dans les magasins. Et ce n'est pas faute de temps pour les parents car on constate qu'il y a de plus en plus de temps partiel ou de congés parentaux. On ne s'explique pas cette baisse de fréquentation. Que font les gens quand ils ne travaillent pas ? Ce n'est pas spécifique au secteur du jouet car nous avons les mêmes échos du côté des boutiques de textile."
Autre facteur : la montée en puissance du jeu vidéo. "On voit que, dès l'âge de 7 ans, les enfants jouent sur des smartphones ou des consoles de jeux. Ils se détournent alors des jouets traditionnels."
Seuls les magasins spécialisés semblent encore tirer leur épingle du jeu. "Les petits indépendants savent plus facilement réagir. Du côté des grandes chaînes, il y a probablement un problème d'organisation. Il y a quelques années, les chaînes passaient commande une fois par an. Elles n'ont peut-être pas su s'organiser pour faire face à l'évolution du marché. Ou en tout cas pas à temps. Aujourd'hui, il est impératif de faire moins de stock et de trouver des solutions pour se réapprovisionner si nécessaire. C'est étonnant de voir qu'une chaîne comme Fun, qui fait partie d'un grand groupe avec d'autres enseignes comme Gifi ou Trafic, n'a pas su adapter son modèle."
Les collectors ont toujours la cote
Quant aux jeux vidéos, s'ils grignotent des parts de marché au secteur du jouet, la vente physique souffre de plus en plus de la dématérialisation du jeu. "Que ce soit Sony ou Nintendo, une boutique en ligne accessible depuis la console permet de télécharger les jeux sans avoir à sortir de chez soi. Pour nous, c'est clairement une forme de concurrence avec laquelle nous avons de plus en plus de mal à résister", indique Arnaud, vendeur dans une boutique de jeux vidéos à Bruxelles. "Heureusement, il y a encore le côté collector pour certaines versions des consoles et les produits dérivés qui nous permettent de tenir le coup. L'occasion aussi est un bon créneau car celui qui achète un jeu dématérialisé ne sait pas le revendre."
Dans les boutiques spécialisées en mangas, on remarque également ce même engouement pour les objets de collection. "C'est le cas pour les cartes Pokemon et les figurines, qui attirent un public différent. Certains jouent avec les cartes, mais d'autres les collectionnent et certaines cartes rares valent parfois des fortunes. C'est un secteur à part, tout comme les licences Marvel et autre. Cela attire toujours, mais ce ne sont pas forcément des enfants."
Tout comme pour les jeux de société, qui attirent un public plus âgé. Le secteur des jeux et jouets n'est pas totalement mort, mais les grandes chaînes doivent se réinventer pour traverser les crises.