Vie privée, harcèlement, surveillance… pourquoi les lunettes connectées commencent à inquiéter les autorités!
Une évolution technologique qui soulève de nouvelles inquiétudes en matière de respect de la vie privée.
- Publié le 28-05-2026 à 14h14

Longtemps perçues comme un gadget futuriste, les lunettes connectées s'installent progressivement dans le quotidien. Plus discrètes, plus performantes et désormais accessibles au grand public, elles permettent de filmer, photographier, enregistrer des conversations ou encore interagir avec des outils d'intelligence artificielle sans même sortir un smartphone de sa poche. Une évolution technologique qui soulève de nouvelles inquiétudes en matière de respect de la vie privée.
Face à cette démocratisation rapide, Vanessa Matz, ministre de l'Action et de la Modernisation publiques en charge du Numérique et de la Protection de la vie privée, appelle à une prise de conscience collective. "Ce n'est pas parce qu'une technologie permet de filmer tout le monde, partout, tout le temps, que cela devient socialement acceptable", avertit-elle.
Des avancées mais aussi des risques
Pour la ministre, ces dispositifs peuvent représenter une réelle avancée dans certains usages, notamment pour les personnes malvoyantes ou dans des contextes professionnels spécifiques. Mais leur banalisation dans l'espace public pose aussi des questions essentielles de consentement, de sécurité et de surveillance invisible.
"Filmer son assiette au restaurant avec ses lunettes connectées n'est pas illégal. Filmer un inconnu dans un vestiaire l'est. La différence est essentielle : la technologie ne suspend ni les règles de droit ni le respect dû aux autres", insiste Vanessa Matz.
Risques pour les femmes
Dans les transports, les cafés, les rues commerçantes ou encore les salles de sport, de nombreux citoyens redoutent désormais d'être filmés ou identifiés à leur insu. La ministre attire également l'attention sur les risques spécifiques pour les femmes, déjà confrontées à des formes de harcèlement numérique. "Les lunettes connectées ne peuvent pas devenir un nouvel outil d'intimidation, de surveillance ou de harcèlement", souligne-t-elle.
Vanessa Matz rappelle toutefois qu'il n'existe pas de vide juridique. Le droit belge et européen encadre déjà plusieurs usages via le RGPD, le droit à l'image, le Code pénal et le futur AI Act européen. L'enregistrement de conversations privées, la diffusion d'images sans consentement ou encore certaines formes d'identification biométrique dans l'espace public peuvent être strictement limités, voire interdits.
Au-delà du cadre légal, la ministre plaide pour des comportements responsables. Elle recommande notamment d'informer les personnes lorsqu'un enregistrement est en cours, d'éviter l'utilisation de ces dispositifs dans des lieux sensibles et de ne jamais désactiver les signaux lumineux indiquant qu'une captation est active.
Des campagnes de sensibilisation devraient également être encouragées afin d'informer les citoyens sur leurs droits et sur les usages responsables de ces nouvelles technologies.
Enfin, Vanessa Matz souhaite porter le débat à l'échelle européenne. Elle a contacté le Comité européen de la protection des données afin d'ouvrir une réflexion sur les risques liés aux lunettes connectées et aux futures technologies capables d'identifier automatiquement des personnes dans l'espace public. "Notre responsabilité est d'anticiper les dérives, pas seulement d'y répondre lorsqu'elles sont déjà installées", conclut-elle.
