Pendant ce temps, un accord conclu sur le nucléaire: "Mais c'est un accord tardif qui va coûter entre 400 et 500 millions de plus qu'il y a trois ans"
Engie et le gouvernement fédéral sont enfin sur la même longueur d'onde. Une bonne nouvelle mais quid des impacts concrets pour les citoyens ?

- Publié le 29-06-2023 à 18h08

L'actualité politique mouvementée des dernières heures a mis l'information quelque peu au second plan mais il s'agit pourtant d'une bonne nouvelle : Engie et le gouvernement ont enfin conclu un accord intermédiaire sur la prolongation des réacteurs nucléaires Tihange 3 et Doel 4 pour dix ans. Si tout n'est pas encore signé et validé, il s'agit tout de même d'une avancée majeure qui permettrait de sécuriser l'approvisionnement en électricité du pays pour les années à venir.
Et alors que les différents acteurs du dossier se congratulent, on s'est demandé quels allaient être les impacts (positifs, négatifs) concrets pour les consommateurs. On pense à l'approvisionnement des ménages mais aussi et surtout aux prix de l'énergie. Car la crise énergétique est toujours dans toutes les mémoires. "L'accord ne va pas changer grand-chose à l'heure actuelle pour les citoyens mais les nouvelles sont plutôt bonnes dans l'ensemble, convient Damien Ernst, professeur à l'Université de Liège et suiveur attentif du dossier. Si cet accord n'était pas intervenu, on aurait eu un gros souci d'approvisionnement après 2025. On écarte donc ce problème même s'il reste encore une incertitude sur la période qui va de fin 2025 à fin 2026, entre l'arrêt de certaines centrales et la remise en activité d'autres."
Dans la communication du gouvernement, on se veut pourtant rassurant. "L'élément le plus neuf de Phoenix de juin 2023 concerne la sécurité d'approvisionnement : alors que l'accord de principe de janvier 2023 parlait encore de la disponibilité de Doel 4 et de Tihange 3 en novembre 2026, c'est désormais le Flex-LTO qui devient le scénario privilégié, c'est-à-dire : que tout sera mis en œuvre pour que les deux centrales soient disponibles en novembre 2025", lit-on.
"L'accord que nous avons négocié est un bon accord pour tous les Belges : nous apportons des certitudes sur le coût des déchets nucléaires et sur l'approvisionnement de notre pays", a, pour sa part, commenté la ministre de l'Énergie, Tinne Van der Straeten (Groen).
On évoque aussi la somme de quinze milliards d'euros qui doit revenir à l'État belge pour la gestion des déchets nucléaires. "C'est une belle somme, avec une marge de sécurité pour l'État, estime Damien Ernst. Il faut maintenant en faire bon usage; ce qui n'est pas le point fort du gouvernement belge en général…"
"La sécurité d'approvisionnement va empêcher une envolée des prix et une tension sur les marchés, c'est positif"
Des questions se posent également sur l'évolution des prix de l'énergie. "La sécurité d'approvisionnement va empêcher une envolée des prix et une tension sur les marchés; c'est positif", poursuit-il.
On apprend également que Phoenix "contient également l'accord relatif à la rémunération qu'Engie recevra pour l'exploitation de Doel 4 et Tihange 3 ("modèle économique"). Les principes de base sont que l'État belge et Engie supporteront chacun 50 % des coûts d'investissement du LTO et que l'investissement sera soutenu par un contrat bilatéral : si le prix du marché est inférieur au strike price, la différence doit être comblée par l'État belge ; si le prix du marché est supérieur au strike price, les bénéfices excédentaires reviennent entièrement à l'État belge."
L'État belge n'a donc pas fait une très bonne affaire, selon lui. "Ce strike price devrait tourner, selon mes sources, autour de 85 € du mégawattheure. Si on avait conclu cet accord il y a trois ans, le prix aurait été de 55 € du mégawattheure. Sachant que les deux centrales en produisent quatorze millions par an, on peut dire que cet accord tardif fait perdre à l'État entre 400 et 500 millions d'euros par an…"
De l'argent qu'il faudra financer, d'une manière ou d'une autre. "Si le prochain gouvernement est intelligent, il renégociera tout de suite l'accord pour une prolongation de vingt ans, avec un strike price plus bas", conclut-il.
L'accord définitif est, lui, attendu pour la fin du mois de juillet 2023 avec des échéances supplémentaires prévues pour la fin de l'année et le printemps 2024 au niveau européen.