Jean-Michel De Waele, professeur en science politique: "Une vraie culture sportive fait défaut"
Le professeur Jean-Michel Dewaele applaudit aux bons résultats des Belges mais ne croit pas qu'il s'agisse d'une lame de fond.
- Publié le 27-03-2021 à 19h50

Jean-Michel De Waele, professeur en science politique à l'Université libre de Bruxelles, porte un regard "prudent" sur l'état du sport en Belgique.
Après s'être étonné qu'en ces temps anxiogènes, les médias n'aient pas cru devoir donner plus d'ampleur que cela aux bons résultats de nos sportifs et sportives, notamment aux championnats d'Europe d'athlétisme, à Torun, début mars, et s'être quelque peu désolé du fait que la crise sanitaire empêche le public de manifester sa joie ("regardez l'exemple des supporters de l'Union Saint-Gilloise qui n'ont pu fêter l'accession de leur club à l'élite du football"), il nous fait part de sa perplexité à propos des "exploits" de nos représentants.
"Prenez l'exemple du football. La formation des jeunes s'est sans doute améliorée ces deux dernières décennies sous nos latitudes mais la plupart des Diables ont éclaté à l'étranger et y ont connu l'essentiel de leur progression. Si les footballeurs belges sont premiers au ranking international, cela n'est pas dû à une politique de professionnalisation des clubs belges."
Cela dit, M. Dewaele se réjouit de la multiculturalité de la société belge. Elle facilite, selon lui, l'adaptation des jeunes sportifs et leur réussite à l'étranger, où ils ont bonne presse et où ils s'épanouissent comme ils ne pourraient sans doute pas le faire en Belgique, faute d'une formation de qualité et de bonnes infrastructures.
À ses yeux, la réussite de stars comme Justine Henin, Kim Clijsters ou Jean-Michel Saive a plutôt résulté d'un heureux hasard que d'une politique concertée et rien n'aurait changé depuis.
Sauf en hockey, reconnaît le professeur, qui souligne les mérites de la Fédération et des joueurs et joueuses. "Mais attention", tempère-t-il, "la réussite programmée des Red Lions tient au fait qu'ils évoluent dans un milieu social privilégié, qui a fait l'université, sait comment approcher les sponsors, etc. En outre, le hockey demeure un sport de niche, où il est sans doute plus aisé de glaner des médailles que sur 100 mètres en athlétisme ou en natation."
Ce qui inquiète, par ailleurs, Jean-Michel Dewaele, c'est le fait que nos jeunes sont souvent intéressés par les exploits de champions étrangers. "Où est l'enracinement là-dedans ?", s'interroge-t-il.
Plus grave encore selon lui, l'absence de culture sportive et une gestion politique erratique du sport, confiée à plusieurs entités différentes, sans grands moyens ni ambitions, et soumise, comme d'autres domaines, à des tensions communautaires récurrentes. "La plupart des instances dirigeantes sont en outre extrêmement conservatrices",
observe-t-il,
"et elles mènent certains combats, comme la lutte contre le racisme ou le harcèlement sexuel, avec retard et souvent trop mollement." Et d'épingler aussi des infrastructures et des équipements désuets voire inexistants. "Pour en sortir, il faudrait une mutualisation des moyens mais la propension à tout régionaliser voire localiser n'y aide pas…"
Un renouveau du sport belge, vraiment ?
Notre interlocuteur reconnaît que les Belges (surtout dans les milieux aisés) font davantage de sport qu'il y a vingt ans mais il estime qu'il n'existe pas de vraie culture sportive dans notre pays. Il y a aussi trop d'obstacles financiers ou politiques pour faire de la Belgique une grande nation de sport, juge-t-il.
Il est donc trop tôt, selon lui, pour parler d'un renouveau du sport belge, "qui performe surtout dans des disciplines disposant de structures professionnelles et de moyens financiers importants."
"Nous connaîtrons encore de bons moments grâce aux sportifs et sportives belges mais je ne suis pas plus optimiste que cela s'agissant de l'installation durable du sport national au plus haut niveau, sauf peut-être en hockey", conclut-il.
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