Sorties ciné de la semaine: découvrez toutes nos critiques
Comme chaque semaine, nos experts décryptent les nouvelles arrivées dans les salles obscures. Au programme notamment ce mercredi: François Damiens qui interprète un cowboy désespéré à la recherche de sa fille radicalisée.
- Publié le 08-12-2015 à 20h45
- Mis à jour le 09-12-2015 à 06h23

Comme chaque semaine, nos experts décryptent les nouvelles arrivées dans les salles obscures. Au programme notamment ce mercredi: François Damiens qui interprète un cowboy désespéré à la recherche de sa fille radicalisée.
Les Cowboys: un autre regard sur l'actu
Les cowboys : la quête désespérée d'un père français dont la fille s'est radicalisée. RÉSUMÉ Un dimanche comme un autre pour Alain. Avec sa famille, il parade en tenue de cow-boy avec ses amis, fait du cheval et chante de la musique country. Le bonheur. Tout simple. Qui vire au cauchemar. Sa fille, Kelly, disparaît ce jour-là. D'abord convaincu qu'il s'agit d'un enlèvement, Alain doit se résoudre à l'inacceptable : elle s'est radicalisée et a embrassé la cause de son petit ami, un islamiste radical.
3 étoiles sur 5
NOTRE AVIS Difficile de coller plus à l'actualité. Par le biais d'une famille française ordinaire, qui ne note aucun changement dans le comportement de sa fille jusqu'à ce qu'elle coupe complètement les ponts pour vivre selon un mode de vie diamétralement différent, ce drame nous renvoie directement vers les témoignages des familles de terroristes. Est-il possible de ne pas se rendre compte de l'évolution de son enfant ? Peut-on accepter que sa fille vive selon des préceptes si différents même si elle ne commet rien de répréhensible ? Comment vivre avec une telle remise en cause de ses propres valeurs ?
Les questions affluent tout au long de la recherche désespérée d'un père qui en devient fou. Mais aussi, et c'est là tout l'intérêt du film, lorsque cette quête est poursuivie par son fils en Afghanistan. Lui aussi perd pied et cela l'obligera à s'occuper en France une Afghane dont il a tué le mari et qui est vouée à une mort certaine si elle ne s'exile pas. De la sorte, on assiste à l'adaptation, difficile, dans l'autre sens. Et cela enrichit la réflexion.
Révélateur d'une époque, plutôt subtil malgré quelques longueurs et répétitions, Les cowboys prône la nuance et la tentative de compréhension face aux discours de plus en plus durs. Le tout, sans imposer un point de vue. Un film intéressant, donc, qui nourrit le débat.
Les cowboys - Drame - Réalisé par Thomas Bidegain - Avec François Damiens, Finnegan Oldfield - Durée 1 h 45
Un + Une = Zéro
Claude Lelouch se caricature lui-même dans cette romance philosophique creuse.
RÉSUMÉ Impossible de résumer ce film fourre-tout, qui fait vivre à un compositeur de musique incapable de prendre quoi que ce soit au sérieux (surtout pas l'amour) et la femme d'un ambassadeur en quête de spiritualité une version indienne de Roméo et Juliette. Claude Lelouch insiste tellement là-dessus qu'on suppose que c'était son but, car de notre point de vue, ça ressemble autant à l'histoire de Shakespeare qu'à la collection Arlequin inspirée par Exploration du Monde.
0 étoile sur 5
NOTRE AVIS Après l'épouvantable Salaud, on t'aime avec Johnny, Claude Lelouch mise sur Jean Dujardin pour donner du corps à ce compositeur de musiques de film arrogant, égoïste, "collectionneur passionné de femmes", qui trouve la nouvelle vague indienne "un peu chiante et bête" et considère qu'une histoire d'amour est réussie quand "on ne s'emmerde pas l'un l'autre". Un artiste insupportable, qui rit tout le temps (on ne sait d'ailleurs pas pourquoi) et accompagne la femme de l'ambassadeur dans sa quête de spiritualité tout en se moquant ouvertement de ses croyances.
Hélas, le cinéaste de 78 ans oublie totalement de le diriger, (sauf pour le transformer en clone de Belmondo). Ou de lui confier un scénario. À charge pour lui de faire bonne figure entre deux phrases définitives sur ses thèmes sempiternels : les femmes ("Une femme, c'est un mec réussi" ou "Il faut toujours mettre les femmes en avant"… alors que Claude Lelouch fait l'inverse dans le titre de son film), l'amour ("J'ai un peu trouvé mon moi avec des nichons" ou "Je suis amoureux de l'amour"), l'art ("Mon agent, c'est le hasard, mon talent, c'est la chance" tandis que le réalisateur filme son alter ego indien dont la caméra ne cesse de tournoyer) ou la vie (en citant Marcel Aymé : "Les meilleurs souvenirs sont ceux qu'on a oubliés").
Seules les images de cartes postales d'Inde apportent un peu de plaisir dans ce débat philosophique creux agrémenté de "questions que personne ne se pose : pourquoi parle-t-on de la vitesse de la lumière et pas de l'obscurité ? Quand le boomerang se retourne et pourquoi ?" Transformés en symboles hyperbavards, les personnages sont dépouillés de leur humanité pour devenir des machines à citations sans âme, sans charme, qui évoquent leur vie comme si elle ne les concernait pas. Finalement, c'est Elsa Zylberstein qui résume le mieux cette bluette soporifique : "En dehors des questions que personne ne se pose, tout est chiant."
Un + une - Romance - Réalisé par Claude Lelouch - Avec Jean Dujardin, Elsa Zylberstein, Alice Pol, Christophe Lambert - Durée 1 h 53
Moby Dick révisité par Ron Howard
Une légende effrayante entoure la disparition du baleinier Essex dans le Pacifique en 1820. Il aurait été coulé par une baleine blanche gigantesque. Près de 30 ans plus tard, craignant de ne plus pouvoir écrire s'il ne romance pas cette histoire qui l'obsède, le romancier Herman Melville convainc péniblement le dernier survivant de lui raconter ce qui s'est réellement passé.
3 étoiles sur 5
NOTRE AVIS Ron Howard continue d'alterner l'excellent (Rush, Frost/Nixon, Apollo 13) et le divertissement standardisé hollywoodien. Au cœur de l'océan entre plutôt dans la seconde catégorie. La construction classique se révèle efficace, les images de baleines sont magnifiques, les catastrophes provoquées par les immenses mammifères impressionnants, la référence littéraire à Moby Dick plutôt subtile, mais tout est cousu de fil blanc dans cette traque. Le conflit sans suspense entre le capitaine et son premier officier ne fait que tirer inutilement en longueur un film assez pauvre en rebondissements. Il faut donc attendre la dernière demi-heure pour enfin plonger avec plaisir Au cœur de l'océan.
Au coeur de l'océan - Aventure - Réalisé par Ron Howard - Avec Chris Hemsworth, Benjamin Walker, Cillian Murphy, Brendan Gleeson - Durée 2 h 02