Chris Hemsworth, le surfeur et la baleine
L'acteur australien délaisse le marteau de Thor pour le harpon et la chasse à la baleine dans Au cœur de l'océan.
- Publié le 13-12-2015 à 18h08
- Mis à jour le 13-12-2015 à 18h09

L'acteur australien délaisse le marteau de Thor pour le harpon et la chasse à la baleine dans Au cœur de l'océan. Des adaptations de Moby Dick, célèbre roman signé Herman Melville, on en recense des centaines. Avec Au cœur de l'océan à l'affiche, une de plus nous direz-vous ? Pas vraiment. Ron Howard, le réalisateur a préféré revenir à la source même du drame.
D'emblée, ce drame marin nous harponne. À la barre de cette production qui secoue, on trouve le monsieur Muscle du cinéma, à savoir Chris Hemsworth alias Owen Chase. L'acteur australien qui incarne d'habitude le super-héros Thor est plus convaincant dans le maniement du harpon que du marteau !
Est-il vrai que le script vous a été donné par Ron Howard après Rush ?
"Oui ! Je ne savais pas d'ailleurs que cette histoire de Moby Dick était basée sur des événements qui se sont vraiment déroulés. Ce que j'ai trouvé vraiment fascinant, c'est l'angle qu'a pris Ron ! Il s'est inspiré de vrais témoignages. Il n'a pas voulu se contenter de montrer un combat entre un homme et une force de la nature. Non, il voulait que nous comprenions dans cette grande aventure maritime les raisons qui poussent ces hommes à chasser les baleines. Ces braves ne tuaient pas pour le plaisir de tuer mais pour des raisons purement économiques. Pour faire vivre leur famille. Ron voulait montrer également la résilience chez ces hommes endurcis. Comment ils arrivent à survivre en ces monstrueuses circonstances. Du coup, Au cœur de l'océan a été un vrai challenge physique. Il y a beaucoup de montées d'adrénaline dans ce film. Je pense que les gens vont adorer car on les transporte bien plus loin qu'une production avec des effets spéciaux. On leur fait partager une aventure épique et réfrigérante tout en restant assis dans leur fauteuil bien chaud !"
Vous avez fondu énormément dans cette production. Vous êtes très loin du physique de super-héros que vous arborez dans Thor…
"Oui ! Prendre du muscle, du poids, ce n'est pas difficile car j'ai la charpente, la structure osseuse pour ça. Par contre, perdre des kilos comme je l'ai fait pour ce film, c'est une autre paire de manche. Il était essentiel pour crédibiliser l'histoire que j'en passe par là. Je dois dire que de tous les films que j'ai tournés, c'est celui qui a été le plus exigeant physiquement. Le fait de montrer Owen Chase très amaigri apporte beaucoup. C'est très bénéfique si vous voulez déclencher auprès du public de la compassion pour ce personnage. Pour susciter des émotions. Concrètement, il y a eu des jours sur le set où l'on me nourrissait bien et puis il y en a d'autres - et notamment pour cette scène - où je n'absorbais pas plus de 500 calories au quotidien ! L'effet a été immédiat. D'autant que parallèlement à ça, mes journées de tournage s'étaient intensifiées. Je devais dormir moins et travailler plus. Bref, j'étais exténué comme je ne l'ai jamais été auparavant. Et pas seulement physiquement. Moralement aussi. Toutes mes forces, toute mon énergie avaient été comme aspirées."
Avez-vous le pied marin ?
"Je suis australien. J'aime le surf et j'ai une relation très spéciale, très intime, très filiale avec l'eau et l'océan. Grâce au surf, j'ai pu développer un sens de l'équilibre assez fort mais en ce qui concerne le tournage de Au cœur de l'océan, parfois je n'en ratissais pas large. Vous savez, je n'ai pas grandi sur un bateau. J'ai pêché un petit peu sur le set. D'ailleurs, si je me souviens bien, rien que de regarder le bouchon de ma ligne flotter, ça me filait le mal de mer ! Du coup, Ron me disait : Ne t'inquiète pas ! Tu as fait du surf ! Tu devrais trouver l'équilibre ! Et moi, je lui répondais avec les yeux dans le brouillard Yeah Yeah ! Ça va aller. Je n'avais pas le choix. Fort heureusement, je n'étais pas le seul à ne pas avoir les yeux en face des trous. Les deux ou trois premières semaines du tournage, 70 % des techniciens et du cast sur le bateau n'avaient qu'une envie : aller rendre ! Pour ma part, j'avais pris très tôt mes précautions. Je m'étais gavé de comprimés pour ne plus avoir le mal de mer. J'ai toujours regardé la ligne d'horizon ! Cela étant, une fois à terre et de retour chez moi, il m'a fallu un sacré temps pour me réadapter avec la terre ferme ! Je titubais dans mon salon ou en sortant de mon lit !"
Dans le film, est-ce vraiment vous que l'on voit grimper en haut du mât ?
"Yep ! Je me revois tourner cette scène et me dire une fois en haut : Whaaaaouh, c'est vraiment cool ! Je ne suis pas sujet au vertige et le fait d'être dans le vide ne me pose aucun problème. Quand vous êtes tout là-haut, vous vous sentez vraiment le roi du monde ! J'ai toujours aimé les challenges. Me mesurer avec la nature. Surfer, plonger ou sauter du haut d'une falaise pour me retrouver dans une rivière à fort courant, cela booste mon adrénaline, me procure un immense sentiment de liberté et surtout, cela me rappelle que je suis ô combien vivant !"
Et des baleines, en avez-vous rencontré beaucoup dans votre vie ?
"J'ai grandi au bord de mer et comme je fais du surf, des dauphins et des baleines, j'en ai vu un nombre incalculable ! Ce sont d'ailleurs parmi les plus beaux moments de ma vie ! De ma maison en Autralie, quand je suis sur ma terrasse, j'adore observer ce grand spectacle de la nature. Je vois en moyenne une baleine par jour me faire son show ! Généralement, elles sortent de l'eau et retombent puissamment en provoquant derrière elles beaucoup d'écume. Quand j'ai acheté cette maison, les gens m'avaient dit : Vous verrez, quotidiennement des baleines viendront chez vous. Honnêtement, je pensais que c'était du vent. J'avais tort !"
Et où vivez-vous, sans indiscrétion ?
"Dans la province du Northern New South Wales en Australie. C'est une réserve marine. Vous n'avez pas le droit de pêcher. Du coup, il y a du poisson en abondance. Le seul point noir dans la région, c'est l'omniprésence des requins !"
Depuis que vous vous êtes mesuré à une baleine, certes virtuelle, vous n'avez pas envie d'être leur protecteur ?
"Avec plaisir ! Vous savez, je n'ai pas eu besoin de tourner ce film pour devenir un ambassadeur de la nature. J'ai toujours eu en effet un immense respect, pour ne pas dire une passion, pour ce qu'elle représente ! J'ai aussi conscience de ce que nous faisons endurer à notre planète ! Bref, si Au cœur de l'océan peut servir la cause des baleines, je serai le plus heureux des hommes ! Ce que j'aime dans ce film, c'est qu'il nous fait comprendre, à nous, les hommes, qu'il y a parfois des choses dans notre monde qui nous dépassent et que nous ne pouvons pas toujours contrôler !"
L'Australie est devenue depuis qu'elle a cessé la chasse à la baleine - en 1978 si je ne m'abuse - le leader mondial de sa protection. Quelle est votre contribution personnelle pour notre planète ?
"Je fais partie de ces gens qui pensent que l'éducation est la priorité numéro un ! Forcer, légiférer cela peut sembler efficace à première vue, mais dans la durée, cela ne rime à rien car chasser le naturel, il revient toujours au galop. Vous ne pouvez pas d'un coup de baguette magique changer des siècles d'habitude en terme de consommation et de gaspillage ! Prenez un truc tout bête. Beaucoup de personnes se disent en quittant une pièce : Cela ne sert à rien d'éteindre la lumière. Ce n'est pas ça qui fera la différence ou pèsera dans la balance . Et c'est justement là qu'il faut expliquer et encore expliquer que si tout le monde fonctionne comme ça, nous n'avancerons pas. Le problème de notre civilisation, c'est que nous ne sommes pas suffisamment éduqués sur les effets à long terme de nos gestes !"
Êtes-vous pessimiste quant au futur de cette planète ?
"J'essaye de ne pas l'être même si des drames écologiques récents nous pousseraient plutôt à être pessimistes ! Ce n'est un secret pour personne, notre environnement a changé ces dernières années. On ne peut plus faire la sourde oreille. On ne peut plus dire : Ce n'est pas pour aujourd'hui ! Nous avons encore le temps ! Non, hélas, non ! Des ajustements dans notre façon de consommer sont nécessaires. Pas demain."
Owen Chase, votre personnage dans Au cœur de l'océan, est un meneur d'hommes né ! Pensez-vous être fait du même bois que lui ?
"Vous savez, quand vous avez trois enfants en bas âge, vous n'êtes plus trop sûr de rien ! Ce sont ces petits chenapans qui, pour le moment, contrôlent la vie de mon épouse et la mienne. À part ça, quand j'étais plus jeune, j'étais capitaine d'une équipe de foot. Est-ce que cela fait de moi pour autant un leader, franchement, je ne pense pas. Ces pêcheurs de baleines partaient parfois des années avant de revenir au bercail."
Vous avez pratiqué pas mal de jobs avant de devenir une star. Quel est celui qui vous a le plus marqué ?
"Travailler dans une ferme ! L'horticulture, j'ai toujours aimé ça ! J'ai planté des arbres, semer des graines, creuser des trous, des sillons, dans la province de Victoria. L'un des lieux les plus beaux d'Australie. C'est bien simple, on se croyait dans un film à grand spectacle tant la nature était insolemment belle ! C'était comme un film qui se serait déroulé il y a cent ans car nous n'utilisions que de simples outils et jamais d'engrais chimiques ! J'avais pour partenaires des montagnes en face de moi et le soir, le gars qui tenait cette ferme, me racontait toute sorte d'histoires. Mon envie de faire du cinéma me vient peut-être de là !"