Bientôt des films en vitesse accélérée pour la génération Z au cinéma?
Des expériences de "speed watching", populaire auprès des plus jeunes sur les plateformes de streaming ou les réseaux sociaux, ont déjà été menées.

- Publié le 28-05-2026 à 08h41
- Mis à jour le 28-05-2026 à 08h42

Comment attirer de nouveau en masse les spectateurs, et surtout les plus jeunes, vers les salles de cinéma ? Voilà la question que tout le monde se pose dans le monde du 7e art. Seuls les blockbusters remplissent encore les salles, mais ils coûtent cher et entraînent donc aussi de grands risques financiers.
Les films d'auteur, eux, attirent un public stable, qui présente néanmoins l'inconvénient d'être plutôt restreint. Plus inquiétant : les suites monopolisent les premières places du box-office mondial, de telle sorte que le serpent cinématographique a de plus en plus tendance à se mordre la queue et à tourner en rond.
Dans ces conditions, la tentation est grande de se pencher vers les innovations. Jusqu'à présent, la 3D, le ScreenX, la 4D ou l'Imax n'ont pas apporté de solution miracle à la désaffection des écrans blancs.
D'autres expériences sont menées sur le confort (des sièges club ou des lits à la place des fauteuils, par exemple) et parfois même sur base d'idées pour le moins étonnantes. Ainsi, les Rendez-vous Québec Cinéma (RVQC), s'inspirant des habitudes de la génération Z, a proposé la diffusion du film Amour apocalypse en "speed watching", à une vitesse une fois et demie supérieure à la normale. De 100 minutes, le film est donc passé à environ une heure.
La Gen Z biberonnée au "speed watching"
Pour les moins de 36 ans, le "speed watching" constitue une pratique déjà très courante sur les réseaux sociaux, notamment pour écouter ses messages vocaux, mais aussi pour visionner des vidéos sur Youtube ou des longs métrages sur Netflix. De quoi créer de solides coutumes de visionnage.
"La façon dont les films sont consommés change et il est essentiel pour nous de mieux comprendre comment les nouvelles générations interagissent avec les films, a expliqué Laura Rohard, la directrice du festival. À travers l'expérience absurde d'une projection de film en vitesse accélérée, nous souhaitons montrer l'impact de nos nouvelles habitudes et ouvrir le dialogue."
Clairement, la génération Z, désormais la mieux représentée dans les salles, se retrouve en ligne de mire. "Notre culture les touche, il faut juste les rejoindre, explique Anne Émond, la réalisatrice du film. Bien sûr, je ne crois pas que les films soient faits pour être vus en vitesse accélérée. Ce n'est pas une pratique que je comprends. La pluie de commentaires que je reçois depuis quelques jours, qu'ils soient emballés, dubitatifs ou fâchés, m'indique que le sujet intéresse et provoque."
Une dernière remarque très importante : une partie du public visé se montre "emballée". Dès lors, peut-on envisager une telle offre dans nos cinémas à l'avenir ? "Cela ne fait pas partie de nos projets actuellement, explique Anneleen Van Troos, l'attachée de presse du groupe Kinepolis. La Gen Z est celle qui va le plus au cinéma, donc on voit bien qu'on arrive à l'attirer avec les films à vitesse normale. De toute façon, on n'a pas le droit de faire cela sans l'accord des cinéastes et des producteurs."
La porte est fermée pour le moment mais…
Même son de cloche du côté d'UGC. "À ce stade, le 'speed watching' ne fait absolument pas partie des pistes que nous envisageons chez UGC, explique Bruno Plantin-Carrenard, le General Manager du groupe. Le cinéma repose par essence sur une expérience pensée par les créateurs — rythme, montage, respiration narrative — qui participe pleinement de l'émotion et de l'immersion. Accélérer les œuvres reviendrait, selon nous, à en altérer profondément le sens et la qualité.
Nous observons effectivement l'évolution des usages, notamment chez les jeunes publics, habitués à consommer des contenus de manière fragmentée ou accélérée sur les plateformes. Pour autant, notre conviction est que la salle de cinéma doit justement incarner une expérience différenciante : un temps dédié, collectif, et respectueux de l'intention artistique.
C'est dans cette logique que nous concentrons nos efforts sur d'autres leviers d'attractivité : événements en salle, formats courts en complément des séances, programmation thématique ou encore expériences collectives renforcées. L'enjeu n'est pas d'adapter le cinéma aux usages digitaux existants, mais de réaffirmer ce qui fait sa singularité.
Nous suivrons bien sûr avec attention les expérimentations menées à l'international, mais avec une ligne claire : préserver l'intégrité de l'œuvre et la promesse unique de la salle."
Personne n'envisage, évidemment, de généraliser cette accélération. Mais avec la perte de public biberonné aux grandes vitesses sur les plateformes de streaming, qui sait si, dans un avenir pas si lointain, le 7e art ne proposera pas cette alternative complémentaire aux cinéphiles ? D'autant que commercialement, cela autorise plus de projections par jour. La porte est fermée pour le moment, mais peut-être pas à double tour…