Ce producteur belge a fait tourner Charles Aznavour dans le monde entier
Le producteur belge Bernard Olivier a fait tourner Aznavour dans le monde entier
- Publié le 02-10-2018 à 09h49
- Mis à jour le 02-10-2018 à 09h50

Le producteur belge Bernard Olivier a fait tourner Aznavour dans le monde entier Il y a près de trente ans, un jeune producteur belge et son associé frappaient à la porte de Charles Aznavour, qui confiait à ces deux novices la production de ses concerts internationaux. Retour sur ces folles années de tournées avec Bernard Olivier, dont la société Les Deux Belges Productions doit beaucoup à la carrière du grand Charles.
Comment avez-vous fait la rencontre de Charles Aznavour ?
"Mon associé et moi n'avions pas d'expérience, mais nous sommes tout de même allés frapper à sa porte, et il nous a donné notre chance. Son spectacle est le premier que nous ayons produit, il y a plus de 25 ans. C'est Charles qui nous a mis le pied à l'étrier, avant de nous emmener faire le tour du monde à ses côtés. Nous sommes allés au Japon, aux États-Unis, en Russie, en Amérique du Sud… Littéralement partout. La scène a toujours été son énergie, ce qui le maintenait en vie. Jusqu'à la toute fin de sa vie, il s'est nourri de la rencontre de l'autre, l'amour du public et la découverte de nouveaux horizons."
Comment expliquer ce fabuleux succès international ?
"Je me souviens très bien de l'une de ses dernières dates à New York. Lors de la réception qui suivait le spectacle, on pouvait croiser Liza Minnelli, Robert De Niro, Bono… On pense toujours que Charles attirait les publics francophone et arménien, et c'est vrai, mais son audience allait bien au-delà. Énormément d'artistes, de chanteurs et d'acteurs assistaient à ses concerts. Il incarnait parfaitement cette chanson française capable de dépasser les frontières, et je pense que c'est entre autres lié au fait qu'il tournait partout et tout le temps. Avec le temps, tout le monde connaissait Charles, quel que soit le pays visité."
Humainement, quels souvenirs gardez-vous de lui ?
"Je dirais que c'est quelqu'un dont il fallait gagner la confiance. Il n'était pas facile au premier abord, mais une fois que vous aviez fait vos preuves, vous étiez considéré comme un membre de la famille. C'est sans doute dû à son parcours. Il a vécu tellement de choses, rencontré tellement de gens, qu'il se protégeait énormément. Pour le reste, je le décrirais comme une personne incroyablement impliquée, toujours dotée d'un avis, d'une envie de débattre, d'une véritable curiosité, jusqu'à aujourd'hui. Charles était d'ailleurs persuadé qu'il vivrait jusqu'à 120 ans. Malheureusement, ce ne sera pas le cas."
Vous gardez un souvenir en particulier ?
"Il y en a énormément, mais je me souviens d'un moment inoubliable, à New York. Je prenais l'ascenseur avec Charles, Bono et ma petite fille à qui Bono a commencé à chanter du Aznavour dans un français plus qu'approximatif. Elle était trop jeune pour s'en souvenir, mais moi, ça restera gravé dans ma mémoire."
Il a été le propriétaire de Jacques Brel
Avant d'être connu, Aznavour gagnait très bien sa vie en écrivant des chansons pour les autres. Il a investi en achetant des appartements qu'il relouait. Notamment, au 18, rue de la Bruyère, à un jeune danseur, Jacques Vernon, qui sera l'oncle de Valérie Kaprisky.
Aznavour se produit toujours sur scène. Dans les cabarets. Dans ce petit monde, en 1954, il fait la connaissance d'un jeune Belge, Jacques Brel, qui ne gagne pas de quoi se loger. "J'en ai parlé à Jacques Vernon et j'ai dit à Brel : 'tu vas dormir là.' C'était la cohabitation d'un Jacques catholique et extrêmement prude (qui s'est libéré par la suite) et d'un autre Jacques, juif, athée et… homosexuel. Brel en avait peur ! Comme il chantait la nuit, il s'arrangeait pour rentrer, le matin, aux heures où l'autre était habillé et prêt à se rendre au travail. Cette situation m'amusait à la folie. Je devais toujours lui dire : 'N'aie pas peur ! Il ne va rien te faire !'"