Code Rouge : la mémoire des révoltes de 1991
Le rappeur Code Rouge sort un nouveau titre "Mes Mots Molotov". Un parallèle entre les mouvements de révolte à Forest en mai 1991 et la situation 30 ans plus tard. Rencontre avec l'artiste bruxellois.
- Publié le 02-01-2022 à 12h24
- Mis à jour le 20-01-2022 à 17h02

L'idée est venue lorsqu'il préparait une exposition sur les 30 ans des émeutes de 91 avec le collectif d'artistes Artistory. "On travaillait avec quelqu'un de l'université de Gand, et il m'a dit "Dans quoi tu es bon ? Qu'est-ce que tu fais de mieux ?" Je lui ai dit que je rappais. Ça a commencé comme ça." Sur une instrumentale menée par le piano, Code Rouge pose alors les mots sur la situation dans les quartiers "paupérisés" de Bruxelles. Il fait dialoguer les images d'archives avec des portraits contemporains et s'inquiète : "Certains quartiers sont sur le fil du rasoir."
"Depuis 91 il y a eu du bon et du moins bon"
Code rouge, Najib Chairi de son vrai nom, a 7 ans en 1991. Il vit alors sur la place Saint-Denis à Forest. "Je me souviens de la télévision et des mouvements dans la rue." Devenu éducateur par la suite, il a été aux premières loges pour observer les changements de son quartier et de celui de Saint-Antoine qui avait vu se dérouler les émeutes.
"Avant ces événements, c'était un quartier soudé, tout le monde dans la même situation." Le rappeur salue les initiatives qui ont suivi mais pointe aussi quelques dérives. "Tout le monde voulait son association ensuite, cela à créer de la concurrence et au final et des inégalités." Même s'il ne blâme pas les ASBL, étant lui-même dans ce milieu, il observe une certaine "routinisation" de leurs pratiques "On délaisse parfois les publics difficiles alors que ce sont eux qu'il faut soutenir. Le rôle d'intermédiaire entre population et institutions ne fonctionne plus non plus."
"En politique le plus radical l'emporte"
Selon l'artiste, 91 est aussi l'année d'entrée dans le monde politique du Vlaams Blok. "Cette année-là, ils ont fait leur premier bon résultat électoral. Aujourd'hui c'est un des premiers partis de Flandre." Code rouge dénonce alors la montée des discours et des politiques sécuritaires : "Même la gauche qui devrait être plus sociale a repris ce discours." Interrogé sur la violence policière qu'il évoque dans ses textes, Code Rouge nous affirme que cela reste un sujet présent sur beaucoup de lèvres. "Certains vous diront qu'il y en a plus, d'autres qu'il y en a moins, mais tout le monde y pense."
Contextes différents, étincelles identiques
Code Rouge discute alors dans son morceau de cet héritage de 91 avec le spectre des questionnements sur l'identité et l'intégration. "Il y a une frustration. Cette frustration peut faire que l'on devient violent avec son voisin même s'il n'y est pour rien. Nous, avec le collectif Artistory, on a transformé la frustration en moteur pour nous réapproprier notre histoire et mettre nos mots dessus."
Aujourd'hui habitant Ganshoren, Najib garde toujours un lien avec ses quartiers d'enfance. "On a des amis, la famille. Malgré tout ce contexte, on y retrouve toujours une ambiance chaleureuse." Le rappeur fait d'ailleurs le choix de mettre en avant "l'amour" et la "tendresse'' au cœur de son refrain.