Après 23 mois de douleur pour la famille, le procès de l'assassinat de Dion s'ouvre ce mardi : "j'attends chaque jour que mon fils frappe à la porte"
Le jeune homme avait été tué en avril 2022 à Molenbeek. La cour d'Assises se penche sur ce dossier ce mardi.

- Publié le 05-03-2024 à 07h00

Le 18 avril 2022, la vie de Arsim, Nermina, Esma et Emma a basculé. Dion, l'aîné des trois enfants, était assassiné froidement alors qu'il était assis dans une voiture, elle-même stationnée dans la rue Dubois-Thorn à Molenbeek. Ce mardi, c'est le début du procès à la Cour d'Assises de Nivelles, la justice bruxelloise étant débordée, elle a délocalisé. Un procès qui se tiendra donc à 35 kilomètres du domicile familial, avec 45 places dans le public. Un obstacle de plus pour certains qui ont fait le déplacement depuis le Kosovo pour soutenir Arsim, Nermina et leurs filles.
Dans la famille Jashanica, la tristesse ne s'est pas estompée. La colère et l'appréhension de la décision de la Cour d'Assises se sont cependant invitées au sein de la famille installée en Belgique depuis le début du siècle, et dont les trois enfants sont nés sur le sol belge. "On n'a pas encore toute la vérité sur ce qu'il s'est passé. Tant que ce ne sera pas le cas, il nous sera impossible de vivre, de dormir, de manger sans Dion", lâche Nermina, la maman. "On a confiance en nos avocats et en la justice, ajoute Arsim, le papa. On espère que la justice belge va faire son travail."

Fusillades et silence
Entre septembre 2021 et avril 2022, neuf fusillades ont éclaté à Molenbeek. De quoi rappeler l'actualité de ces dernières semaines à Bruxelles. Quand un échange de tirs connaît une issue fatale, il fait les gros titres de la presse, mais la souffrance de la famille endeuillée se drape souvent dans le silence, et jamais sans conséquence. Pour eux, suivre les infos est devenu insupportable. "J'attends chaque jour que mon fils frappe à la porte, qu'il me demande ce qu'il y a à manger et comment il peut m'aider." L'émoi des premiers jours passés, l'aide et l'accompagnement aussi bien de l'État (via l'accompagnement des victimes), professionnel (en incapacité de travail, le contrat de Nermina a été cassé et elle est désormais sur la mutuelle) ou des proches a diminué. Les deux sœurs de Dion, elles, ont soit subi du harcèlement à l'école ou doivent rendre des travaux importants alors qu'elles seront appelées cette semaine à témoigner.
"Ce samedi, un cortège de mariage passait sous ma fenêtre, raconte la mère du foyer en pleurs. Je ne conduirai jamais Dion à son mariage." Bloqué par l'émotion, Arsim ne parvient pas toujours à trouver les mots justes. Alors, il demande à son téléphone de traduire pour lui. "Pourquoi ma famille doit-elle venir au malheur et non à la joie du monde ?" Face à ses émotions qui le dépassent, le père de famille s'est emporté lors des échanges de conclusions. À ce titre, il a passé 24 heures dans une cellule du commissariat de la rue Royale, à Bruxelles.
Une peine irréparable
Le procès qui s'ouvre ce mardi ne suffira jamais à réparer la peine qui s'est installée dans la famille de Dion. Mais elle attend qu'il leur amène des réponses à des "pourquoi". "Chaque seconde, Dion est dans mon esprit. Pourquoi je reste debout jusqu'à cinq ou six heures du matin ? Pourquoi les versions que nous recevons divergent ? Pourquoi ces deux hommes continueront à vivre, voir leur famille, et pas mon fils ?"