Le procès sur l'assassinat de Dion, à Molenbeek, s'est ouvert dans un climat de tension "jamais vu en cour d'assises"
Un jeune homme de 20 ans a été assassiné le 18 avril 2022 à Molenbeek. Le dossier s'ouvre ce mardi à la Cour d'Assises, au tribunal de Nivelles.

- Publié le 05-03-2024 à 17h11
- Mis à jour le 05-03-2024 à 18h06

Dans quelles circonstances exactement Dion Jashanica, un jeune Bruxellois de 20 ans au moment des faits, a-t-il été assassiné ? Le procès s'est ouvert ce mardi à la cour d'assises, délocalisée de Bruxelles à Nivelles. Sur le banc des accusés : Abdellah Ben Abdeslam et Mohamed Amin Benamar, deux autres Bruxellois de 27 ans. Le premier est accusé d'avoir tiré sur le jeune homme et est inculpé de la charge d'homicide. Le second, sous bracelet et assigné à résidence, comparaît comme présumé complice.
Le soir 18 avril 2022, quelques minutes avant le coucher du soleil, Ben Abdeslam revient chez lui après être allé chercher son enfant. À bord de sa voiture, il s'arrête en bas des tours molenbeekoises dites "Beekkant" pour prendre des nouvelles de son cousin, qui se trouve souvent dans le coin, affirme-t-il. Là, le prévenu explique qu'il y a un quiproquo, et que les jeunes du quartier le prennent pour quelqu'un d'autre avec qui il y a eu un différend. Le ton monte. Ben Abdeslam sort de sa voiture et se saisit d'un cric qui se trouve dans son coffre. "On me l'enlève vite des mains, j'ai été mis à terre et on m'a donné plusieurs coups", raconte-t-il. Il avance aussi s'être fait voler de nombreux objets.
"Quelqu'un va mourir ce soir"
L'arcade ouverte, l'oeil tuméfié, le père de famille assure alors revenir plus tard dans la soirée. "Quelqu'un va mourir ce soir", promet-il en reprenant la route, toujours avec son fils sur la banquette arrière. Il rentre le déposer chez sa femme et c'est là que les versions commencent à diverger. Certains disent qu'il en aurait profité pour se saisir d'un couteau. Ben Abdeslam, lui, dit qu'il était déjà dans sa voiture, car bien utile en période de barbecue pour le ramadan.
De retour sur le lieu de l'altercation, la tension monte encore d'un cran. Quand les jeunes aperçoivent Ben Abdeslam revenir avec un couteau, ils prennent la fuite. L'inculpé reconnaît alors Dion, "c'est le dernier qui m'a porté un coup quand j'étais au sol", et se met à lui courir après sans arriver à le rattraper. Il reprend la voiture qu'il va garer dans le quartier où il a grandi, près de la rue Brunfaut.
C'est là que celui qui comparaît comme complice, Mohamed Amin Benamar, apparaît. Ben Abdeslam le décrit comme "une connnaissance", qu'il a vu passer en voiture. "Je l'appelle sur Snapchat pour lui demander qu'il me ramène à la maison."
Un "coup perdu" lors d'une bagarre sur une banquette
Là encore, le récit raconté ce mardi sera probablement présenté autrement par la partie civile ce mercredi après-midi. Ce mardi, seuls les accusés se sont expliqués, comme prévu à l'agenda. "Dans la rue Dubois-Thorn (qui mène vers les tours Beekkant, NdlR), Benamar devait ramener une carte de banque à sa femme qui habite là." C'est en tournant dans la rue qu'il affirme reconnaître Dion à l'arrière d'une Nissan Note. À travers la fenêtre, il lui intime de s'arrêter, monte à l'arrière, côté conducteur. Une bagarre éclate. Pendant ce temps-là, Mohamed Amin Benamar reprend la route, seul dans sa voiture.
Quelques secondes plus tard, Ben Abdeslam s'extraît de la Nissan en courant. Il veut rejoindre Benamar, ce dernier avait initialement pris la fuite, mais bloqué par une autre voiture dans un sens unique deux rues plus loin, il est rattrapé par Ben Abdeslam. À ce moment-là, Dion est déjà mort. L'inculpé explique que le défunt jeune belgo-albanais avait sorti l'arme de son dos et que, dans la bagarre sur la banquette arrière, un coup est parti.
Audience sous tension
D'où venait cette arme ? À qui appartenait-elle ? On ne le saura peut-être jamais, elle a été jetée dans le canal quelques minutes après le faits. Mais les experts estiment qu'il est "peu probable voire impossible" que Dion qui l'ait brandie.
Après cela, les deux hommes désormais inculpés se sont battus dans un parking, Benamar reprochant à Ben Abdeslam d'avoir "foutu sa vie en l'air". Ce dernier, après avoir appris que la famille de Dion et la police étaient à ses trousses, a pris un taxi non délcaré pour Paris, avant de filer sur Marseille avec des papiers qui n'étaient pas les siens et puis Marbella, d'où il comptait se rendre au Maroc. Il reviendra finalement sur Bruxelles le premier juin, où il sera arrêté.
Ainsi se termine une première journée d'audiences, sous une tension "jamais observée dans une cour d'assises", notait la présidente. Celle-ci a fait plusieurs remarques disciplinaires au père de Dion et fait exclure un jeune homme qui s'était emporté après que Ben Abdeslam ait déclaré :"même moi je suis mort ce jour-là".