"Anderlecht dépérit, il faut faire quelque chose" : trois ans après Good Move, le chantier de la chaussée de Mons remet Cureghem en ébullition
Chaussée de Mons à Cureghem, le chantier de réaménagement suscite de vives oppositions. Reportage dans ce quartier où le bruit des pelleteuses résonnera jusqu'en 2028.

- Publié le 18-11-2025 à 18h00
- Mis à jour le 18-11-2025 à 18h05

"Du 17 novembre 2025 au 30 avril 2028." Chaussée de Mons à Cureghem, les panneaux ont été placés au niveau du square Albert 1er. De l'autre côté du canal, au rond-point, les appareils de chantier ont commencé leur travail avenue Raymond Vander Bruggen. Depuis Aumale, les voitures sont au pas. "Attention travaux routiers, paissement (sic) difficile", avertit un panneau.

"C'est déjà le bordel", déplore Gulsun. "Ce lundi, il a fallu 1h30 pour faire Zaventem-Anderlecht ! En temps normal, c'est déjà le foutoir de 15 h à 19 h entre Cureghem et la gare du Midi. Ça va empirer la situation."

Ce lundi, les autorités régionales ont pour rappel lancé un vaste chantier sur le tronçon cureghemois de la chaussée de Mons. Au programme : rénovation des squares Albert 1er et Vandervelde, mise à sens unique de tronçons, création de pistes cyclables, pérennisation du rond-point et création d'espaces verts. Un projet qui fait réagir bon nombre d'habitants.
"Sur les photos, ça a l'air bien", ne cache pas Youri. "Mais il y a souvent une différence entre les photos et la réalité, entre la théorie et la pratique. Et puis trois ans, c'est trop long !" Dans son garage, Mohamed déplore principalement la mise en sens unique d'une partie de la chaussée de Mons. "Une chaussée, une avenue… Cela doit rester à double sens. C'est fait pour ça : il faut que ça circule. Un sens unique va causer beaucoup d'embouteillages. Des pistes cyclables ? On n'est pas contre. Mais regardez les trottoirs. Ils sont assez grands pour en intégrer une."

"Les gens ne roulent pas en voiture pour le plaisir"
Autre point de crispation : la suppression de places de stationnement. "Beaucoup de gens viennent en voiture. Ce n'est pas bon pour nous", soupire le gérant d'un night-shop.
Karim a grandi dans le quartier. Alerté des travaux, il est venu voir l'ampleur. "Tout se fait de manière trop brutale. C'est un projet réalisé sans concertation, un projet juste pour les cyclistes mais sans équilibre pour les piétons et les automobilistes. Sacrifier autant de stationnements, ils ne se rendent pas compte. Les gens ne roulent pas en voiture pour le plaisir de rouler."
Comparaison est faite avec le plan de circulation Good Move, mis en place à Cureghem en 2022 avant d'être finalement abandonné à la suite d'une virulente fronde de riverains. Comme en 2022, une nouvelle cabale est prévue au conseil communal, ce 20 novembre, pour contester ce que les opposants appellent "Good Move 2". "On sera là pour protester", assure Zyad, ami de Karim.
"Ils disent qu'il n'y a pas d'argent…"
Pour plusieurs Anderlechtois, la question des priorités se pose. "Avec ce budget, on ferait mieux de mettre des éducateurs dans les rues." Alexis vit dans le quartier depuis 56 ans. "Ils disent qu'il n'y a pas d'argent, pas de gouvernement… Alors pourquoi ces travaux ? C'est incompréhensible", pointe-t-il, en évoquant une dégradation du quartier. "Avant, c'était commerçant. Maintenant, c'est l'insécurité."

Gulsun abonde : "Anderlecht dépérit. La rue Wayez, c'était une rue Neuve avant. Tout ça, c'est fini. Il n'y a plus de savoir-vivre." Pour elle, ce projet a au moins le mérite de faire bouger les choses. "Il faut faire quelque chose."
Patrick, à la tête du magasin de chaussures bien connu Wayez Shoes, partage cet avis. "La situation est si mauvaise pour l'instant. Ça ne peut qu'améliorer les choses."