Procès Falzone : "Vous avez fait de votre véhicule une arme de destruction massive"
D'autres avocats des parties civiles plaident en faveur de l'intention d'homicide et de la non-assistance à personne en danger.
- Publié le 29-05-2026 à 13h01

Après Me D'Agristina et avant Me Mayence, d'autres avocats des parties civiles ont pris la parole vendredi devant la cour d'assises dans le cadre du procès de Paolo et Antonino Falzone.
Me Philippe Roosens a notamment donné lecture d'une lettre poignante évoquant "le plus grand des petits carnavals", celui de Strépy-Bracquegnies, devenu en quelques instants "le carnaval de l'horreur".
Tout avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices : les retrouvailles entre amis, les gâteaux italiens, les verres de prosecco, les rires, les taquineries, les premiers pas de danse et le traditionnel ramassage des Gilles.
Puis le cortège s'engage dans la rue des Canadiens. L'ambiance est légère. On rit, on se taquine… avant que tout ne bascule. "Et puis le silence, les cris, les blessés, les morts, les pleurs, les appels à l'aide, l'espoir, l'inquiétude, la peur et enfin l'horreur", peut-on lire dans cette lettre.
Ce texte a été rédigé par Antonio Gava, gille et échevin de la Ville de La Louvière, l'un des cinq clients de l'avocat. Il l'a écrit au cours d'une nouvelle nuit blanche, hanté par les événements du 20 mars 2022. Pour lui, cette journée restera "le pire jour de sa vie après le décès de son frère".
L'importance du ramassage
L'avocat, lui-même gille à La Louvière, a rappelé l'importance symbolique du ramassage dans le cadre du carnaval. "En une fraction de seconde, le son des clarinettes a laissé place à celui des sirènes. La fête a basculé dans l'horreur à cause de la folie meurtrière de Paolo Falzone. Non, il ne s'agit pas d'un banal accident", a-t-il lancé.
Me Roosens a également insisté sur la passion de l'accusé pour la vitesse. Selon lui, Paolo Falzone avait fait modifier son véhicule non pas pour réduire sa consommation de carburant, mais pour en augmenter les performances.
Les procès-verbaux, les témoignages des voisins ou encore les avertissements de son père n'auraient eu aucun effet. "Paolo Falzone n'a tenu compte de rien", a affirmé l'avocat.
Il a notamment rappelé qu'au matin des faits, l'accusé s'était filmé au volant dans la rue des Canadiens. "Le son est poussé au maximum. Il est impossible d'entendre un bruit extérieur, comme celui d'une grosse caisse. Il conduit d'une seule main et accélère dans une agglomération équipée de chicanes", a-t-il souligné.
Conséquence prévisible
S'appuyant sur les conclusions de l'expertise automobile, Me Roosens a estimé que l'absence de freinage et la poursuite de la course du véhicule au milieu de la foule constituent "une nouvelle preuve de son intention de tuer".

"Le décès de plusieurs personnes était une conséquence prévisible de son comportement dans le cours normal des événements. Il a même continué à accélérer alors qu'il savait qu'un gille se trouvait sur le capot de sa voiture", a plaidé l'avocat.
Enfin, il a rappelé que la vitesse était limitée à 50 km/h dans la rue des Canadiens, une limitation affichée sur le pare-brise du véhicule. Selon l'expertise, Paolo Falzone circulait à 174 km/h.
Pour Me Roosens, "l'absence de signalisation et d'encadrement du cortège est un faux débat". S'adressant à l'accusé, il a conclu : "Vous avez fait de votre véhicule une arme de destruction massive."
L'avocat a également demandé à la cour de retenir la culpabilité d'Antonino Falzone du chef de non-assistance à personne en danger, déclarant qu'il n'avait rien fait pour aider les victimes. Il indique que la vidéo, de sept minutes avant l'arrivée de la police, le démontre. "La théorie de la sidération n'est pas crédible, l'expert de la défense n'a pas visionné la vidéo".
Il sera toujours 5h05
Me Valentine Liénard a ensuite pris la parole pour défendre plusieurs autres rescapés du drame, épargnés physiquement mais profondément marqués sur le plan psychologique. L'avocate montoise dit avoir été bouleversée par les récits de celles et ceux qui se trouvaient au cœur de cette scène d'horreur. "Pour certains, il sera toujours 5h05, ce 20 mars 2022", résume-t-elle.
Ses clients se sont constitués parties civiles pour les faits de tentative de meurtre. Pour l'avocate, les éléments du dossier ne laissent guère de place au doute. "Il avait déjà mis la vie d'autrui en danger en roulant à des vitesses excessives, tant sur de petites routes qu'en agglomération", souligne-t-elle.

Ce matin-là, Paolo Falzone circule à 110 km/h dans une zone de chantier limitée à 30 km/h. Il multiplie les appels de phare pour signaler son arrivée, avant de traverser Maurage à vive allure. Après avoir raté une première vidéo, il s'arrête, enclenche le mode sport de son véhicule et lance un nouvel enregistrement, celui qui capturera l'impact.
"Sur ces images, il ne ralentit pas à l'approche d'un passage pour piétons. Au contraire, il enfonce sa pédale d'accélérateur à 100 %. Le cortège est pourtant parfaitement visible. Il adopte un comportement meurtrier", insiste Me Liénard.
Enfin, elle aussi insiste sur le fait que Paolo Falzone avait été mis en garde.
