Procès Falzone : De l'enfant roi au Dieu autoproclamé de la route… L'avocate Marguerite le Hodey dresse un portait peu flatteur de Paolo

L'enfant roi est devenu un adulte frustré, odieux avec les autres. Seul lui comptait…

Civil party lawyer Marguerite Le Hodey pictured during the trial of P. and A. Falzone, at the Court of Appeal of Mons, on Tuesday 02 June 2026. The trial of the two men concerns the 2022 tragedy in Strepy-Bracquegnies, where a car plowed into a carnival parade around 5:00. Six people died at the scene, and a seventh months later in the hospital. P. Falzone is charged with seven murder and 81 attempted murder. A. Falzone with failure to render aid to a person in danger. This is the fifth week of this extraordinary trial, the pleadings started. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR
Me Marguerite Le Hodey a présenté un portrait noir de l’accusé. . BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR ©Belgaimage

Mardi, dans sa plaidoirie, Me Marguerite le Hodey est revenue sur ce sentiment de culpabilité qui a traversé tout le procès. Celui des voisins, témoins impuissants de la conduite insensée de Paolo Falzone ; celui des secouristes confrontés à l'horreur ; celui, enfin, des victimes elles-mêmes. S'appuyant sur les nombreux témoignages entendus à l'audience, l'avocate a dressé un portrait particulièrement sombre de l'accusé.

"L'enfant roi" : c'est ainsi que Me le Hodey décrit Paolo Falzone, l'homme qui, le 20 mars 2022, a mortellement fauché le cortège carnavalesque de la rue des Canadiens. Les conclusions des experts occupent une place centrale dans cette analyse : elles dépeignent un individu superficiel, autocentré, peu empathique, animé d'un profond culte de lui-même.

L'auto, ce phallus en acier

La voiture, selon l'avocate, est bien davantage qu'un simple moyen de transport. Un objet qui, pour certains, confère l'illusion de la toute-puissance et transforme son conducteur en Dieu autoproclamé de la route. "Ce qui compte pour lui est d'aller vite et de le montrer sur les réseaux sociaux". L'apparence avant tout. L'image. Le regard des autres. À ses yeux, ceux qui roulent dans une voiture ordinaire ne seraient que des "clochards". Gare à ceux qui croisent sa route : bougez-vous, Paolo arrive.

Procès Falzone : "Nous n'avons pas choisi la route de la BMW, contrairement aux accusés qui ont choisi de monter dans la BMW"

L'avocate décrit également un homme habité par la frustration, "qui a besoin de sa voiture pour exprimer sa surpuissance". Dix-huit années de conduite, vingt-quatre notices ouvertes par la police : un parcours jalonné d'avertissements. Les voisins racontent leur peur, les signalements répétés, les alertes ignorées. "Un jour, tu tueras quelqu'un", lui aurait même lancé son père. Une affirmation que ce dernier a contestée à l'audience. Reste le poids du remords porté par certains témoins, comme ce voisin qui regrette aujourd'hui de ne pas avoir donné "une claque éducative à Paolo".

Odieux avec les femmes

Selon Me le Hodey, cette volonté de domination s'exprimait également dans ses relations avec les femmes. Possessif, jaloux, menaçant : autant de qualificatifs revenus avec insistance au fil des témoignages. Paolo Falzone offrirait ainsi l'image d'un homme incapable d'accepter le rejet, d'un mâle alpha blessé dans son orgueil lorsqu'il est éconduit. Après les ruptures viendraient les menaces, puis le harcèlement. "Toutes ces femmes ne se connaissent pas mais elles décrivent toutes le même mécanisme".

L'avocate revient ensuite sur la soirée du 19 mars. Paolo Falzone et Antonino se rendent dans une discothèque montoise. Un choix qui ne serait pas anodin. "L'objectif est d'amener une fille dans sa belle voiture." L'objectif est atteint. Il rencontre une jeune femme qui apprécie la vitesse. Au volant, il ne choisit pas le chemin le plus direct. Il multiplie les accélérations. La scène est filmée. Lorsqu'il la raccompagne, il tente encore de la convaincre de rentrer avec lui "pour assouvir ses besoins".

Mais la jeune femme refuse. Paolo Falzone essuie ce que l'avocate qualifie de "râteau", un échec qui "n'a pas dû lui faire plaisir". Or, selon les experts, il ne sait pas gérer la frustration. Celle-ci peut alors se muer en impulsivité, en agressivité, voire en menaces.

Les réseaux, GTA

Vient ensuite le besoin d'impressionner, de se mettre en scène. Les réseaux sociaux deviennent le théâtre de cette quête permanente de reconnaissance. Il veut publier une story. Il échoue. "C'est dommage de rater une story quand on se sent si puissant". Alors il recommence. Cette fois, il enclenche le mode sport. "C'est aux autres à se dégager de la route." Dans cette logique de toute-puissance, l'avocate pousse le raisonnement jusqu'à l'extrême : "Foncer dans la foule serait une belle story, comme dans GTA, le jeu vidéo sorti alors qu'il avait neuf ans".

Pour Me le Hodey, les mensonges de l'accusé trouvent leur origine dans une réalité bien plus difficile à avouer : "ce qui s'est passé dans sa tête est inavouable". Ce matin-là, estime-t-elle, le sentiment de surpuissance a tout emporté sur son passage. "Alors qu'il peut changer le cours des choses, il ne fait rien. Bouge du chemin, j'arrive".

Puis survient l'irréparable.

Il percute la foule. Il ne freine pas.

Selon les témoins, il accélère même.

"À aucun moment, vous ne vous inquiétez des gens laissés sur votre chemin", conclut Me Le Hodey.

Pur produit de notre société

Paolo Falzone apparaît comme le produit de plusieurs travers contemporains : l'enfant-roi à qui on répond oui à tout et qui devient un homme frustré par l'échec, l'omniprésence des réseaux sociaux, l'immersion précoce dans des mondes virtuels parfois violents et l'influence de certaines productions musicales dont les messages et les codes peuvent contribuer à normaliser cette violence.

Le 20 mars 2022, ce cocktail explosif a croisé la route de gens normaux, de gens qui ont des valeurs, de gens qui étaient heureux de se retrouver après le confinement.

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