Aéroport de Charleroi : même sans taxe communale, Ryanair s'en va "et les Carolos n'auront ni le beurre, ni l'argent du beurre" regrette Dermine
L'augmentation de la taxe fédérale de 5 à 7€ fait supprimer 5 avions à la compagnie Ryanair, l'équivalent de 2 millions de passagers. Une tragédie en 3 actes dont les Carolos sont le dindon de la farce.

- Publié le 22-07-2026 à 14h31
- Mis à jour le 22-07-2026 à 16h27

Ce qui devient "la saga des taxes à l'aéroport de Charleroi" est en réalité une tragédie en trois actes.
Acte I. La Ville de Charleroi, ayant besoin d'argent, veut lever une taxe communale de 3€ par passager sur le dos de l'aéroport Brussels South Charleroi Airport, qui a réalisé des bénéfices records en 2023 et 2024. Une façon pour l'exécutif communal de compenser, pour près de 15 millions d'euros dont la moitié sur le dos de l'investisseur privé italien et l'autre moitié sur celui de la Région wallonne, les subsides coupés ou diminués par MR-Engagés au niveau régional. Mais le gouvernement wallon décide de casser le règlement, obligeant Charleroi à prendre ces 13 millions dans ses derniers bas de laine, laissant les comptes en banque de la Ville à zéro pour 2027.
Acte II. Le gouvernement fédéral prévoit d'augmenter la taxe d'embarquement, déjà passée de 2 à 5€ par billet, à 10€. Ryanair s'indigne, l'aéroport s'indigne : avec cette taxe, plus celle de Charleroi, BSCA risque de mourir. Finalement, après négociation avec la Wallonie, Bart De Wever accepte de n'augmenter la taxe qu'à 7€, au lieu des 10€ prévus. La Wallonie et l'aéroport poussent un "ouf" de soulagement.
Acte III. Ryanair, la compagnie low-cost qui fait décoller l'immense majorité des vols depuis le tarmac de Gosselies, menaçait de dé-baser des avions de Charleroi, agitant la menace de faire perdre ainsi non seulement des contrats de maintenance d'avions à l'aéroport, mais aussi des vols depuis et vers Charleroi le matin et le soir. La raison : la taxe envisagée à Charleroi serait finalement retombée sur eux, et la taxe fédérale fait augmenter le prix de billet ou réduire la marge de la compagnie qui rogne déjà partout où elle peut – y compris sur le droit du travail – pour proposer ses prix chocs. Après l'annulation de la taxe communale de Charleroi et l'augmentation contenue à 7€ au lieu de 10 pour la taxe fédérale, Ryanair vient d'annoncer mettre ses menaces à exécution : 5 avions vont quitter l'aéroport de Charleroi, 2 millions de passagers environ (à Zaventem mais surtout et principalement à Charleroi). "Il est absurde que le gouvernement fédéral ait décidé d'augmenter la taxe aéronautique de la Belgique de 250 % à partir de janvier 2027", tout particulièrement lorsque des pays concurrents de l'UE comme la Suède, la Hongrie, la Slovaquie ou l'Albanie, "suppriment les taxes aéronautiques pour stimuler le trafic, le tourisme et l'emploi", a fustigé le CEO de la compagnie aérienne irlandaise, Eddie Wilson.
Et on en est là aujourd'hui : "Le constat est amer. Les Wallons, et les Carolos en particulier, sont une nouvelle fois les victimes d'une décision fédérale qui pénalise avant tout leur économie. Cette taxe aura un impact bien plus lourd sur Charleroi que sur Zaventem, alors même que les recettes partiront au fédéral. Les nuisances restent chez nous, les pertes d'activité et les emplois menacés aussi, mais les recettes fiscales, elles, s'en vont à Bruxelles. Les Carolos n'auront ni le beurre, ni l'argent du beurre" a réagi Thomas Dermine, bourgmestre PS de Charleroi, depuis l'étranger. "Quand la taxe communale a été annulée, nous pensions pouvoir compter sur un Gouvernement wallon déterminé à défendre les intérêts économiques de Charleroi. À force de vouloir préserver les équilibres de la coalition Arizona et de ne jamais contrarier la N-VA, le MR et Les Engagés finissent par sacrifier les intérêts économiques wallons. Les grands discours sur la défense de Charleroi ne suffisent plus."
Dans une réaction à Belga, Adrien Dolimont, ministre-président MR de la Wallonie, a indiqué que cette sortie de Ryanair "démontre une fois de plus la nécessité pour cet aéroport de se diversifier au niveau de ses compagnies aériennes". Concernant le dé-basage de 5 avions par Ryanair, "leur décision leur appartient", a-t-il dit. "Être gestionnaire et responsable, c'est trouver le juste équilibre. Du côté du gouvernement wallon, on a obtenu un tax-cut de 30 millions d'euros sur l'aéroport de Charleroi : 15 millions d'euros de taxes communales et autant de taxes fédérales. Dire que nous pourrons encore aller plus loin serait irréaliste dans le contexte global. Nous avons fait le maximum au niveau du gouvernement wallon, notamment grâce à une excellente coordination avec le fédéral, il faut que chacun prenne la mesure de l'effort."
L'impact local de la décision de Ryanair sur l'aéroport de Charleroi sera de 150 emplois directs et 1100 indirects qui vont être perdus, selon les prévisions de l'aéroport de Charleroi fin 2025.