Le CHU de Liège et l'hôpital de la Citadelle se regroupent
Pour faire face aux défis présents et à venir.
- Publié le 10-10-2022 à 08h00
- Mis à jour le 10-10-2022 à 10h38

Fin septembre, Sylvianne Portugaels, directrice générale de l'hôpital de la Citadelle, et Marc De Paoli, administrateur délégué du CHU de Liège, exprimaient leur volonté de faire converger leurs forces dans les newsletters internes des institutions. Ils nous expliquent plus en détail leur vision pour les deux hôpitaux de 11 000 travailleurs au total et 1,3 milliard de chiffre d'affaires.
Quelle est la situation financière de vos hôpitaux respectifs ?
S.P. : "On sait que l'on va être lourdement impactés par la crise énergétique parce qu'on est de gros consommateurs d'énergie. Pour exemple, au niveau de la Citadelle, en 2021, les coûts de gaz et d'électricité étaient de 3 millions d'euros ; en 2022, ce sera 5 millions ; et 2023, 15 millions. Il y a aussi l'indexation des salaires, une hausse de 20 % au niveau des travaux, du matériel médical, des denrées alimentaires…"
M.D.P : "Au CHU, on va avoir une augmentation de 10 millions d'euros d'énergie pour 2022. On craint plus pour 2023. Et toutes les fournitures augmentent aussi. Si on caricature, un hôpital est un hôtel dans lequel on fait des soins. On a les mêmes difficultés, que ce soit l'alimentation, le personnel, l'entretien, les réparations…"
Qu'avez-vous déjà mis en place pour réduire votre facture énergétique ?
S.P. : "On fait des campagnes d'économie d'énergie dans les bureaux administratifs en réduisant la température à 19° et un néon sur deux fonctionne. On va aussi essayer de mettre le personnel en télétravail deux jours par semaine. Dans les unités de soins, on garde au minimum 22°. On a réduit l'éclairage dans le parking. On dispose aussi de l'équivalent d'un terrain de football de panneaux photovoltaïques sur nos toits qui produit 1 à 2 % de nos besoins en énergie. On voudrait aussi placer des panneaux sur nos façades. Mais tout ça ne compensera pas nos surcoûts."
M.D.P : "Au CHU, on est en train de construire des parkings, auxquels on va ajouter jusqu'à 10 000 m2 de panneaux photovoltaïques, ce qui représente plus de deux terrains de foot, permettant de couvrir entre 3 et 5 % de la consommation annuelle."
Quand et comment est né votre projet de groupement hospitalier ?
S.P. : "Depuis février. On a constitué des groupes de travail (RH, finance, technique, logistique, sécurité, informatique, achat…) pour que les équipes travaillent sur les points de convergence de notre rapprochement. Nos équipes ont plein d'idées."
M.D.P : "On a une triple raréfaction de moyens : soignants, médecins, financiers. Pour ces trois raisons, on n'a plus les moyens de faire du 'tout partout' pour ce qui est rare et complexe. On ne peut plus multiplier les sites où on fait les mêmes spécialités très pointues ; cela demande du matériel coûteux, des personnes spécialisées plus rares, ce qui crée de la concurrence. Ajoutez à cela la loi sur les réseaux hospitaliers de Maggie De Block, et à présent l'arrêté royal de Frank Vandenbroucke qui précise que certaines missions suprarégionales ne pourront plus être réalisées que dans un seul hôpital par réseau. On a donc décidé, après avis des conseils médicaux, en partenariat avec le doyen de la faculté de médecine, de réunir cinq groupes de travail médicaux sur les cinq domaines suprarégionaux où le CHU et la Citadelle ont cette même spécialité : pédiatrie au sens large (maladies rares, greffes…), gynécologie, chirurgie cardiaque et cardiologie interventionnelle, neurologie, et trauma center. Ils doivent rentrer leur rapport pour fin novembre. Celui-ci sera soumis aux conseils médicaux et conseils d'administration en décembre. De là, on verra quel accord on peut trouver et si on peut partir dans un groupement hospitalier."
La crise énergétique a accéléré votre démarche ?
S.P. : "C'est un plan médical ambitieux qui initie notre démarche. La situation économique nous met dans l'urgence. On veut continuer à assurer des soins de qualité au meilleur coût, surtout en tant qu'institution publique. On sait que si on ne le fait pas, ce sera dommageable pour tout le monde. Cette démarche est un triple win. Un win pour le patient, car on va toujours lui assurer des soins de qualité à des tarifs raisonnables, car on ne veut pas ajouter de suppléments. Un win pour les collaborateurs, car on veut leur assurer leur avenir et qu'ils puissent continuer à œuvrer. Et enfin un win pour les institutions."
M.D.P : "À l'instar d'autres hôpitaux comme à Bruxelles, ou dans le Hainaut, l'objectif est de faire un groupement hospitalier public, universitaire, visant toujours l'excellence, avec l'approche universitaire d'enseignement, de recherche et de formation, et une mobilité des soignants en fonction de la pathologie traitée. Pour illustrer, c'est comme un contrat de mariage dans lequel on définit ce qu'on met en commun ou non. On va ainsi mutualiser tout ce qui est administratif, informatique, cybersécurité, logistique pour être plus efficients. Un hôpital, même public, est une entreprise, il peut faire faillite."
Qu'est-ce qui va changer pour le personnel ou le patient ?
S.P. : "Il n'y aura pas de suppression d'emploi, chacun garde son statut actuel. Un nouveau statut sera créé pour les nouveaux entrants. En revanche, tout départ naturel ne sera pas remplacé. En matière d'investissement, on n'en fera plus qu'un sur une spécialité. Pour les projets de rénovation, on termine ce qui est en cours. Pour le reste, un met un temps d'arrêt car le plan médical va sûrement modifier notre plan d'investissement. Il y a une réflexion commune pour l'avenir des sites de Château Rouge, vieillissant, qui doit être démoli, et Brull. On avance sur l'idée d'une mutualisation des polycliniques locales."
M.D.P : "Chaque hôpital gardera ses soins de base, mais on se partagera les spécialités. Les groupes de travail doivent déterminer sur quel site il serait plus opportun de faire telle spécialité, en fonction de l'expertise historique et des moyens déjà réalisés."
Doit-on s'attendre à un changement de nom ?
S.P. : "C'est encore trop tôt pour en parler. S'il y a un accord fin d'année, on se donne l'année 2023 pour écrire le groupement, le 'contrat de mariage'. Et ce contrat évoluera dans le temps. À l'avenir, plus rien ne se décidera sans informer ou demander l'avis du partenaire. Au final, c'est un retour à l'initial, à l'hôpital de Bavière, avant que le CPAS monte à la Citadelle et que l'université s'implante au Sart Tilman, avec des postes à la clé. On cherche des ingénieurs, informaticiens, techniciens hautement qualifiés, ouvriers…"