4 entrepreneuses créent Fil et Fringue, "une sorte de ceinture alimentaire mais pour le textile", à Liège
L'idée est de constituer un réseau d'acteurs inspirés par la mode responsable, éthique, durable et locale, pour inviter les Liégeois à repenser leur manière de consommer, en luttant contre la fast fashion.
- Publié le 13-05-2024 à 08h30

L'heure est à la réjouissance pour Adeline, Cynthia, Sandrine et Viviane, les quatre femmes derrière le projet "Fil et Fringues", une ASBL créée en mars dernier. Ces 5 entrepreneuses, "réunies autour de ce projet par un concours de circonstances", ont un objectif commun : "fédérer les acteurs liégeois inspirés par la mode responsable, éthique et durable". "Fil et Fringue, c'est une sorte de ceinture alimentaire, mais pour textile", explique Sandrine, professeure d'histoire de la mode à l'Helmo et créatrice de Slow31, une boutique de troc de vêtements.
L'idée est de fédérer les créateurs, les vendeurs, les recycleurs défendeurs d'une mode écologique, loin des méfaits de la surconsommation. "Ce qu'on veut, c'est que le citoyen retrouve l'amour du vêtement qui, même s'il est un peu plus cher car il est produit en Europe, par exemple, est porté et valorisé", confie Adeline, cofondatrice de WeCo Store.

En effet, acheter local, en mode comme en nourriture, ça a un prix… "mais se vêtir de manière éthique, c'est un investissement", insiste-t-elle. Le tout est de savoir comment s'y prendre.."Soit on économise pour s'acheter une pièce qui ne s'abîmera pas avec le temps, soit on répare une veste avant de la jeter, on peut aussi entretenir son vêtement avec des produits davantage adaptés à celui-ci ; les techniques sont variées et doivent être multipliées pour repenser notre manière de consommer", détaille Adeline.
Pour ce faire, plusieurs dispositifs existent : la méthode du "BISOU", d'abord, qui invite le consommateur à s'interroger sur son besoin d'acheter, l'utilité de son achat, mais aussi l'origine de ce dernier. Aussi, la méthode du "Cost per wear" (ou "Coût par usage"), qui consiste à calculer le prix réel d'un vêtement. "Si j'achète un t-shirt de bonne qualité, fabriqué dans un bon coton durable, je peux le porter durant plusieurs années, parfois jusqu'à une fois par semaine, explique Sandrine. Par contre, si j'achète un t-shirt dans une grande enseigne, certes moins coûteux mais de qualité médiocre, je le porterai bien moins longtemps et il s'usera plus rapidement".
Dans le premier cas, on calcule que Sandrine a payé 40 euros, mais qu'elle porte le vêtement une fois par semaine pendant au moins un an. Son t-shirt lui a donc coûté 40 (euros) divisé par 52 (jours), soit 77 centimes. Dans le second cas, son t-shirt, qu'elle portera "10 fois avant qu'il ne s'abîme", lui a coûté 10 (euros) divisé par 10 (jours), soit 1 euro. Sur le long terme, "choisir l'éthique, c'est rentable".

À noter qu'il est également possible de réparer un vêtement, mais aussi de le troquer, de l'échanger, ou même de le louer. "Il faut commencer à se demander si acheter une robe de cocktail que l'on ne portera qu'une seule fois est judicieux", déclare Viviane, qui souhaite faire prendre conscience "du travail et des personnes derrière un vêtement".
Pour une juste rémunération des couturières belges".
C'est d'ailleurs dans ce but que Fil et Fringue envisage de fixer des barèmes pour la "juste rémunération des couturières belges", entre autres. "D'un point de vue société, comme d'un point de vue santé, la slow fashion est essentielle, conclut-elle. Que l'on avale des pesticides ou que l'on porte des vêtements couverts de teintures toxiques, le résultat est le même.
Ainsi, pour mettre en lumière les initiatives locales défenseuses d'une mode "porteuse de sens", l'ASBL organise sa soirée de lancement, le 25 mai à Jacadi. L'occasion pour créateurs, vendeurs, entrepreneurs ou "consom'acteurs" de "rendre le monde de la mode meilleur".
