La policière appât a déjà attrapé 51 harceleurs : "À chaque opération, la tenue est validée par le magistrat compétent"
Elle est habillée en civil et alerte les policiers qui la suivent lorsqu'elle est victime de paroles ou comportements déplacés.
- Publié le 09-05-2022 à 07h36
- Mis à jour le 09-05-2022 à 09h22

Le 15 janvier dernier, une jeune femme a été agressée à Liège, après avoir refusé de partager son compte Instagram avec un inconnu.
C'est notamment pour lutter contre le fléau du harcèlement en rue que la police de Liège a mis en place un dispositif de policières "appâts". Celui-ci consiste à utiliser une policière en civil pour verbaliser les comportements sexistes en rue. "Elles sont quatre à tourner chacune à leur tour, lors d'opérations qui s'organisent en moyenne une semaine par mois même s'il y en a plus en été qu'en hiver bien sûr", décrit Benoît Ferrière, responsable presse de la police de Liège. Le principe est le suivant : une policière, suivie discrètement de ses collègues, se promène en civil et dès qu'elle fait l'objet de propos ou gestes sexistes, les autres policiers, reliés à la policière via oreillettes, interviennent pour verbaliser.
L'heure est à un premier bilan. Cinquante et un P.-V. ont été dressés à ce stade. "Ce dispositif a, de surcroît, un effet dissuasif. Derrière chaque femme, on sait que pourrait se cacher une policière."
Les cas de figure récurrents renvoient aux lieux connus de rassemblements : "Les écarts émergent plus de groupes que d'individus isolés. Des jeunes réunis dans un parc public, par exemple. Cela va de techniques de séduction typiques sans agression (NdlR : "Mademoiselle, t'es vraiment belle") à des circonstances où on harangue bien plus lourdement. Parfois, un des membres se lève et commence à suivre la personne. En octobre dernier, il y a eu main sur l'épaule d'une jeune fille qui venait manger une pizza dans le Carré avec des amis", poursuit Benoît Ferrière. " Mais il n'y a pas que les jeunes. En fait, les auteurs peuvent avoir entre 16 et 60 ans. Des groupes d'hommes qui invectivent, insultent. Le Ravel ou le quai de Meuse sont d'autres exemples de rassemblements qui peuvent déborder."
Le parquet de Liège a approuvé ce dispositif. Il valait mieux. Il en allait de sa légalité. On sait ainsi que d'autres dispositifs appâts dans les villes ont été confrontés à des soucis juridiques. On pense ici aux voitures ou vélos appâts placés dans des lieux stratégiques par la police et censés arrêter des voleurs en action. Pour aboutir à ses fins, la police ne peut, en aucun cas, inciter au délit.
"Ici, c'est juridiquement bétonné. À chaque opération, la tenue est validée par le magistrat compétent. La policière en civil se promène 'vêtue correctement et pas de manière aguicheuse'. Plutôt en pantalon donc", décrit le responsable presse.
Dans ces conditions, le parquet suit, pas de classement sans suite. "Cela va de peines alternatives à des amendes en cas de récidive. Bien sûr, tout dépendra de la gravité du délit, aussi."
Le dispositif liégeois fait des émules. Gand, Bruxelles-Nord et Namur ont embrayé. "Les Français s'y intéressent également. La semaine prochaine, M6 suivra une policière appât pour son émission 66 Minutes."