"Où êtes-vous ?": le maraîcher Olivier Henneaux, de Tournay (Neufchâteau), se retrouvant avec des invendus, lance un coup de gueule aux citoyens
Les citoyens veulent-ils réellement manger plus sainement ? C'est en tout cas la question que se pose l'éleveur de moutons et maraîcher Olivier Henneaux.
- Publié le 22-07-2026 à 08h13

L'éleveur de moutons et maraîcher Olivier Henneaux, qui gère le site agro-écologique de Roiveau à Tournay (Neufchâteau), vient de pousser un vif coup de gueule sur ses réseaux sociaux. Ses produits sains et bios ne sont pas la priorité des citoyens alors qu'ils respectent pourtant leurs souhaits.
Si Olivier Henneaux exploite un verger dans lequel il cultive des légumes depuis quatre ans, il lui a fallu moins de temps que ça pour dresser un triste constat.
"Vous êtes nombreux à marquer votre désaccord sur l'utilisation de pesticides, peut-on lire d'abord sur ses réseaux sociaux. Vous marquez votre mécontentement lorsque des agriculteurs passent devant chez vous avec des charrois de plus en plus gros. Vous vous rassemblez en collectif contre des demandes de permis d'environnement ou de construction de bâtiments agricoles de plus en plus grands. Vous militez pour des fermes familiales à tailles humaines. Vous voulez des aliments sains et locaux. Mais je constate bien malheureusement que rien ne se passe comme vous le voudriez…"
Il continue, faisant part de son expérience personnelle: "Je bosse 12 à 14 heures par jour et croyez-moi, ce n'est pas facile par le climat actuel. J'irai jusqu'à penser que la chaleur vous dispense de vous nourrir ? Où êtes-vous bordel ? Trois jours que je n'ai pas eu de demande pour mes légumes ! Ils répondent pourtant à l'ensemble de vos requêtes ! Peut-être est-ce parce que je n'ai pas de surface commerciale climatisée ?"
Des légumes invendus
Contacté par nos soins, le maraîcher explique qu'il cultive pour une capacité de vingt ménages environ qui se situent à proximité de l'exploitation. "Depuis que j'ai commencé, je n'ai que des encouragements, affirme-t-il. Mais je m'étonne de me retrouver avec des légumes que je ne vends pas alors que les gens clament haut et fort qu'ils ont envie d'une agriculture plus vertueuse. Mais quand on leur propose quelque chose de correct, à savoir des fruits et légumes certifiés BIO, ils ne viennent pas."
Passionné, Olivier Henneaux raconte vouloir offrir aux citoyens des produits plus propres, d'une part pour leur santé mais aussi pour créer du lien social. "Mais cela fait plusieurs mois voire années que le constat est là. La demande en produits sains croît, mais la demande auprès des petits producteurs, elle, n'évolue pas. D'ailleurs, les premières réactions que j'ai eues viennent de petits producteurs, qui ne sont pas forcément dans le même secteur que moi, mais qui ont les mêmes idéologies. Je me demande alors, que mangent les gens ?"
"Désherber à la main sous 35° est plus contraignant"
Il reprend: "Nous allons droit à la catastrophe au niveau climat, et pas rien qu'avec les vagues de chaleur que l'on a connues récemment. Et même si les gens ne veulent pas en arriver là, ils continuent à acheter des produits en grandes surfaces, contre qui je n'ai rien, mais qui empoisonnent la population. Moi, je ne vends aucun produit transformé."
Quant aux vagues de chaleur en question, il explique que les contraintes qui y sont liées sont les mêmes pour les exploitations bio ou non. "Mais en agro-écologie, on travaille plus manuellement, avec moins de mécanisation. Être accroupi pour arracher les mauvaises herbes à la main sous 35 degrés est plus contraignant que de pulvériser avec la climatisation dans un tracteur. Et avec la chaleur, je m'y rends très tôt et très tard dans la journée. Nos sols en agro-écologie se dessèchent beaucoup moins car les sols sont très humifères et tout est fait pour maintenir une vie microbienne. Et ce qui demande le plus de boulot à cette saison, ce sont aussi les moutons qui ont besoin de plus d'eau et de plus de surveillance. Ce sont les adaptations du métier. Tout ce que je fais dans mon exploitation n'est peut-être pas la solution unique mais c'en est une pour arriver à ce que la planète ne nous pète pas à la figure. Il faut moins de formations intellectuelles pour faire de l'agro-écologie que pour faire une mauvaise agriculture. Et le métier serait plus difficile que je l'accepterais encore. Mais je m'inquiète pour la santé des gens et j'ai envie de leur offrir un autre avenir."
"Manger moins mais manger mieux"
À la question de savoir ce qu'il a envie de dire à la population pour mieux se nourrir, il explique que selon certaines études, la différence de nutriments et de vitamines entre les produits bios et ceux qui ne le sont pas s'élève à 80%.
"Je travaille 7 jours sur 7 et je mettrais tout en œuvre pour fournir des produits propres aux citoyens. Et puis, on peut très bien manger moins mais manger mieux", termine-t-il. La Petite Foire, le rendez-vous alternatif à la Foire de Libramont, qui se tiendra les 25 et 26 juillet à nouveau sur le site de Roiveau, aura d'ailleurs pour thème "L'agroécologie est paysanne", une agroécologie qui constitue un véritable projet de société.
