A Marche, Simon Gronowski, rescapé de la Shoah, a rencontré les élèves de l'institut Saint-Roch
Visite émouvante ce mardi à Marche. Rescapé de la Shoah, Simon Gronowski est venu à la rencontre des élèves de l'Institut Saint-Roch.
- Publié le 10-09-2026 à 08h15

Ce mardi à l'Institut Saint-Roch de Marche-en-Famenne, les élèves de rhéto ont rencontré Simon Gronowski, rescapé de la Shoah. À bientôt 95 ans, le survivant continue de raconter son histoire avec une urgence particulière alors que l'extrême droite progresse en Europe.
"Vous êtes maintenant tous des témoins", explique Simon aux élèves, leur confiant à son tour la responsabilité de faire vivre cette mémoire. Le rescapé n'est pas venu seulement raconter son histoire. Il est venu leur transmettre une responsabilité, celle de se souvenir.
Pour Isabelle Dupont, directrice de l'établissement, cette rencontre est un moment particulièrement important. "Nous avons tous vécu cette histoire au travers de nos manuels scolaires. Les rhétos, vous êtes en plein dedans, c'est ce que vous vivez pour l'instant", leur a-t-elle rappelé avant de les inviter à accueillir ce témoignage "avec beaucoup de respect et d'empathie."
À 11 ans, Simon Gronowski est déporté avec sa mère dans le vingtième convoi au départ de la caserne Dossin, à destination d'Auschwitz.
Le 19 avril 1943, trois jeunes résistants attaquent le train. Sa mère profite de l'ouverture d'un wagon pour faire descendre son fils et lui ordonner de sauter. Simon obéit. Elle, elle ne sautera pas. Sa mère et sa sœur seront toutes les deux tuées dans les chambres à gaz dès leur arrivée au camp de concentration.
"Si j'avais su que ma mère ne sauterait pas, je ne l'aurais pas fait, confie-t-il aux élèves.Si j'ai sauté du train, c'est parce que j'ai obéi à ma mère."
Derrière le récit historique, c'est aussi celui d'un enfant qui a perdu les siens et qui, devenu adulte, a choisi de continuer à vivre. Avocat, pianiste de jazz, père et grand-père, le survivant explique avoir longtemps gardé le silence après la guerre: "Il ne faut pas vivre pour le passé. Il ne faut jamais oublier, mais il est important de vivre pour le présent et l'avenir."
Quand les urnes ravivent les inquiétudes
Si cette rencontre a un sens particulier aujourd'hui, c'est aussi parce que Simon Gronowski ne sépare pas le devoir de mémoire de l'actualité. "Vous devez connaître les crimes du passé", explique-t-il aux élèves, avant d'évoquer la progression de l'extrême droite en Europe.
Le timing est effectivement particulier puisque deux jours avant sa venue à Marche, l'AfD, parti d'extrême droite allemand, a remporté les élections régionales en Saxe-Anhalt avec près de 44% des suffrages. Un résultat historique qui relance les inquiétudes autour de la progression de l'extrême droite en Europe.
"Il existe un danger, estime-t-il. Tout cela est dangereux et il faut combattre l'extrême droite."
Mais son message dépasse les frontières et les partis. Il rappelle que "les juifs n'ont pas le monopole de la douleur" et que ces crimes ont également frappé les personnes handicapées, les homosexuels et bien d'autres.
À l'heure où les derniers témoins directs de la Shoah disparaissent peu à peu, les élèves de Saint-Roch repartent avec plus qu'un récit, ils repartent avec une parole qu'ils devront, à leur tour faire vivre.