Suppression des Provinces: Coralie Bonnet, présidente du Collège: "Je fais quoi avec ça, moi, Luxembourgeoise qui n'ai pas de grande ville?"
"Mais qu'y a-t-il derrière ces déclarations ?" Les propos du gouvernement wallon lors de la présentation de la trajectoire budgétaire pour les trois prochaines années ont ébranlé la présidente du Collège provincial, Coralie Bonnet (Les Engagés), qui se dit peu rassurée et même très inquiète.
- Publié le 23-10-2026 à 06h33

Lors de sa présentation de budget, le gouvernement a confirmé la disparition des provinces à l'horizon 2031 et le transfert progressif de leurs compétences vers d'autres niveaux de pouvoir dès 2027. Coralie Bonnet n'a, dit-elle, toujours aucune indication officielle sur les intentions du gouvernement ni sur la méthode envisagée. "Je me pose mille questions sur les moyens et les services, sur la liste des compétences prioritaires pour le territoire à la suite de la note que nous avons envoyée à la demande du gouvernement. Nous n'avons reçu aucun retour. Quel est le suivi de tout ça ?" Ses collègues du Collège, Marie-Eve Hannard (Les Engagés), Stéphan De Mul (PS) et Dominique Gillard (MR) se posent les mêmes questions.
"Que souhaite la Région comme effort supplémentaire ?"
Les interrogations sont multiples, les inquiétudes tout autant. "On entend parler des efforts budgétaires qui nous sont demandés, poursuit-elle. Or, nous en faisons beaucoup depuis longtemps. Nous avons rationalisé les missions. Nous nous sommes concertés avec les intercommunales et les secteurs associatifs pour éviter les doublons. Nous avons travaillé pour que le territoire soit le plus efficace possible, avec une seule zone de secours, une intercommunale de soins de santé, une intercommunale de gestion des déchets, une intercommunale de développement économique, une télévision locale… Que souhaite la Région comme effort supplémentaire en vue d'une diminution des compétences de l'entité provinciale ou supracommunale ?"
Le gouvernement wallon semble se diriger vers la suppression des provinces à la majorité des deux tiers. "S'il n'y a plus de fiscalité directe provinciale, quels seront les moyens et quelles garanties auront les communes et les citoyens de pouvoir continuer à bénéficier des services actuellement rendus par la Province ?", se demande Coralie Bonnet. Elle donne un exemple : "À partir du moment où le gouvernement wallon dit : "On a réglé le financement de la zone de secours, c'est la Province qui reprend les charges." Et demain, s'il n'y a plus de province ?"
Des vases communicants entre les Provinces et les grandes villes ?
Les socialistes sont plus qu'approchés, presque démarchés, afin que certains députés régionaux se rallient à la majorité lors du vote, de façon à obtenir la majorité des deux tiers. Le gouvernement ne s'en cache pas. Presque un marchandage.
"Que les grandes villes (NDLR : parmi lesquelles plusieurs sont dirigées par des socialistes) aient besoin de moyens financiers en Wallonie n'est pas un scoop. Il ressort des déclarations de ces derniers temps que le gouvernement établit un parallèle entre les moyens nécessaires pour refinancer ces grandes villes et ceux à trouver grâce à la rationalisation des missions provinciales", poursuit Coralie Bonnet.
Une phrase prononcée par le gouvernement au sujet du budget interpelle la présidente du Collège : "Aujourd'hui, les provinces assument les mêmes besoins que ceux que les grandes villes assument déjà. Les provinces avaient un sens de proximité il y a 200 ans, mais ce n'est plus d'actualité."
Est-ce à dire que les grandes villes ont besoin de moyens et que les moyens se trouvent dans les institutions provinciales ?
Dans des propos tenus à nos confrères du Soir, le ministre Desquesnes confirme : "Les grandes villes ont un problème de centralité et, dans les zones rurales, il y a un problème de supra-communalité, un besoin d'être soutenu sous des ensembles plus grands. Les moyens et les recettes provinciaux doivent être réalloués pour couvrir ces enjeux."
"Je fais quoi avec ça, moi, Luxembourgeoise qui n'ai pas de grande ville ? lance l'ancienne échevine bastognarde. La supracommunalité va-t-elle être assumée par les centralités que constituent les grandes villes dans les autres provinces ? Et chez nous ? L'ULg a clairement indiqué, dans son étude publiée il y a quelque temps, que c'était la Province qui remplissait le rôle de centralité pour mutualiser les services destinés aux communes."
Quelle fiscalité s'il n'y a plus de Province ?
"Plus globalement, quels sont les mécanismes qui se cachent derrière ces déclarations ? Est-il certain que, dans le cas de la suppression de la fiscalité provinciale, les moyens resteraient dans la fiscalité communale au Luxembourg ?", se demande la doyenne du Collège luxembourgeois.
Dans notre province, les communes ont fait savoir qu'elles étaient en phase avec ce qui se fait actuellement et qu'elles en étaient satisfaites. "Nous sommes très avancés en matière de supracommunalité. Aujourd'hui, plus personne n'évoque cette conférence d'élus locaux. S'est-elle perdue en route ? Ce serait important de préparer avec les communes les services qui resteraient dans cette entité. Mais ce qu'on entend, c'est que, théoriquement, tout pourrait être repris à un autre niveau, avec la menace que les moyens soient mis en balance avec ceux des grandes villes", analyse-t-elle.
Les présidents des Collèges wallons vont rencontrer le ministre
Dans leurs délibérations respectives, les communes luxembourgeoises ont plébiscité la santé et la sécurité, à savoir Vivalia et la zone de secours. "Comment peut-on garantir durablement les services dans ces deux secteurs où la Province est majoritaire ? Quelles garanties les communes ont-elles que les services rendus et mutualisés, qu'elles apprécient, seront toujours assurés ?"
Le Collège déplore le flou absolu qui règne à quelques mois des premiers transferts de missions vers d'autres entités.
Les présidents de collège rencontreront le ministre des Pouvoirs locaux, François Desquesnes, début novembre. Les échanges risquent d'être longs.