À Tintigny, la fusion n'a pas fait de vagues : Jacky Clausse est contre une nouvelle fusion, Bernard Cozier estime que cela a été bénéfique
Cinquante ans après la fusion des communes qui a redessiné les cartes, Jacky Clausse et Bernard Cozier se souviennent de la fusion de Tintigny. Une fusion qui ne s'est pas jouée sur des barricades.

- Publié le 26-10-2026 à 06h00

Dans son bureau où s'entassent d'innombrables papiers, livres et objets insolites, Jacky Clausse nous reçoit avec un regard avisé sur l'histoire de son village. Membre fondateur du cercle d'histoire locale de Tintigny fondé en 1989, cet homme de 76 ans a derrière lui un parcours singulier : 35 ans comme cuisinier, suivis de 15 années en tant qu'archiviste communal.
Alors que l'on célèbre le demi-siècle de la grande réorganisation administrative, l'ancien archiviste jette pour nous un coup d'œil sur le passage aux quatre anciennes entités (NDLR : Tintigny, Bellefontaine, Saint-Vincent et Rossignol) réunies sous la même bannière.
Une transition sans vagues
Contrairement à d'autres localités ardennaises ou gaumaises où le changement a suscité de vives levées de boucliers, le climat est resté plutôt paisible à Tintigny. "Cela n'a pas été très chaud à vrai dire", se rappelle Jacky Clausse. "Ici, cela n'a pas fait de vagues. C'était accepté, il le fallait, nous n'avions pas le choix."
Dans ses mémoires, Joseph Michel, le ministre de l'Intérieur de l'époque et "père de la fusion", confirmait cette relative sérénité en notant que le bourgmestre de Tintigny, M. Féry, n'avait eu aucune peine à faire voter l'assentiment unanime au plan, le projet conservant Tintigny comme centre administratif.
"On disait qu'on allait faire des économies et au final on a triplé le personnel communal", nuance aujourd'hui le passionné d'histoire. À ses yeux, la promesse de simplifications s'est vite heurtée à la réalité : de petits services autrefois très accessibles sont devenus plus complexes, ce qui obligeât les habitants de Rossignol ou Lahage à se déplacer systématiquement jusqu'à Tintigny.
"Cela a énormément simplifié la gestion"
Bernard Cozier était secrétaire communal à Rossignol à l'époque de la fusion. Il ne partage pas la même opinion que Jacky Clausse concernant les bénéfices apportés."J'avais de l'appréhension à l'époque. Les habitants de Rossignol ne se tournaient pas vers Tintigny ou Bellefontaine, mais s'orientaient plutôt vers Marbehan et Les Bulles. L'annonce de cette fusion avec Tintigny nous a donc surpris. Avec le recul, je pense pourtant que c'était une excellente chose. Le partage des équipements et du personnel a simplifié énormément la gestion", précise-t-il.
Le casse-tête politique de 1976
Les débats d'avant-fusion sont restés calmes, mais le scrutin communal de 1976 a réservé un scénario rocambolesque. Quatre listes s'affrontaient : le PSC mené par Germaine Langlois (liste 2), la liste "Fusion des communes" emmenée par le socialiste Louis Froidcourt (liste 11), l'"Union des communes" guidée par Léon Féry (liste 12), et une liste à candidat unique portée par Paul Lambert (liste 13).
Léon Féry remporte le scrutin, mais gravement malade, il décède l'année suivante sans avoir pu exercer la charge de bourgmestre. Une alliance inédite se forme alors entre catholiques et socialistes (listes 2 et 11).
Lucien Lallemand, qui aurait dû reprendre le mayorat, préfère passer son tour et cède la place à l'ancienne bourgmestre de Saint-Vincent, Germaine Langlois. Tintigny voit ainsi s'installer la première (NDLR : et jusqu'à ce jour unique) femme bourgmestre de son histoire fusionnée.
Un scepticisme intact face aux futures fusions
À l'heure où germent de nouvelles propositions de rapprochement avec Étalle, voire Habay, Jacky Clausse reste profondément dubitatif. "Fera-t-on des économies avec cela ? J'en doute. On nous construit des maisons de village dans chaque localité, ou encore ceci ou cela… Je ne vois pas ce que cela va amener comme économie, au contraire."
"Nous sommes tous tombés dans l'anonymat"
Au-delà de la gestion administrative, c'est aussi le visage humain des villages qui s'est trouvé altéré selon lui : "À part que nous sommes tous tombés dans l'anonymat… Les gens ne se connaissent plus dans le village. Je ne vois rien de positif dans ces fusions."
Selon lui, la vie villageoise poursuit son cours, mais les promesses d'économies de 1977 résonnent encore, un demi-siècle plus tard, comme de douces illusions.
De son côté, Bernard Cozier estime qu'une nouvelle vague de fusion apporterait de bonnes choses."L'idée de nouvelles fusions ne me choque pas du tout. Je serais même favorable à un rapprochement avec Étalle, ou éventuellement Étalle et Habay. S'il fallait choisir, je pencherais plutôt pour Étalle. Habay est déjà une entité très importante, alors qu'Étalle formerait un ensemble bien plus cohérent avec Tintigny."